Un 10e groupe politique, situé dans la majorité, se crée à l'Assemblée

Un 10e groupe politique, situé dans la majorité, se crée à l'Assemblée
Olivier Becht le 3 mars 2020 à l'Assemblée nationale

, publié le mardi 26 mai 2020 à 15h39

Et de dix: l'Assemblée nationale continue à se recomposer avec la création surprise mardi d'un nouveau groupe constitué de députés Agir et "marcheurs", qui se veulent un soutien à l'exécutif mais éloignent un peu plus le groupe LREM de la majorité absolue.

Sept députés macronistes rejoignent cette nouvelle formation, ce qui fait tomber les effectifs du groupe LREM à 281 membres. 

Il y a une semaine, le groupe de Gilles Le Gendre avait perdu sept autres membres, qui avaient constitué un neuvième groupe autour de Matthieu Orphelin et Paula Forteza, coûtant à LREM la majorité absolue (289 sièges) qu'il détenait seul jusqu'alors.

Le dixième groupe - nouveau record sous la Ve République - dénommé "Agir Ensemble", et dont l'esprit se veut "constructif", comprend 17 élus.

"Nous souhaitons soutenir l'action du président de la République" et être un "3e pilier de la majorité" avec LREM et MoDem, explique son président Olivier Becht (Agir). Son groupe compte une dizaine de députés Agir, jusqu'alors membres du groupe UDI-Agir présidé par Jean-Christophe Lagarde.

Son propre groupe "va gagner en force et en cohérence", a fait valoir sur LCP celui-ci également patron du parti UDI, épinglant ses anciens collègues pensant à leur "avenir personnel" sur fond de "rumeurs de remaniement" gouvernemental.

Le parti centriste Agir est lui présidé par le ministre de la Culture Franck Riester. Certaines sources parlementaires voient M. Riester, en quête d'un point de chute s'il sort du gouvernement, voire Edouard Philippe (ex-LR également) à la manoeuvre.

A la presse, les députés du nouveau groupe ont assuré n'être "pilotés par personne", réfutant toute "tactique politicienne". Ils ont mis en avant leur volonté de "faire bouger les lignes" au sein d'un groupe "agile", à "un moment clé" après la crise du coronavirus.

Devant les députés LREM en réunion en ligne, le chef du gouvernement a critiqué l'initiative: "Tout cela est littéralement dérisoire et les personnes qui s'occupent de ça n'ont pas compris ce qui se passait en ce moment", selon un participant. 

Une source gouvernementale souligne cependant que le nouveau groupe est "tout à fait loyal à la majorité", contrairement au 9e groupe, un "attelage hétéroclite, pas dans la majorité".

Dans les rangs des "marcheurs", certains ironisent: "il ne reste plus qu'à attendre le 11e...". 

Des légitimistes considèrent que Gilles Le Gendre est "évidemment" fragilisé par cette série de départs. Certains "espèrent" qu'il sera remplacé, plaidant pour "un acte fort".

Pour sa part, M. Le Gendre a concédé devant la presse: "Peut-être que c'est une ultime alerte qui va permettre de prendre conscience que la façon dont nous animons la sphère majoritaire n'est peut-être pas optimale".

Dans l'opposition, Damien Abad (LR) y voit "le symbole de la déliquescence de la majorité". Il plaide pour rehausser le seuil de création d'un groupe à 20 membres (et non 15) afin de ne pas "bloquer" l'Assemblée.

Même blâme d'une "macronie en confettis" et d'une IVe République "de retour" pour Jean-Luc Mélenchon (LFI). "Les négociations pour le vote des lois, des amendements, des petites et grandes choses vont occuper bien du monde", prédit-il dans une note. 

Côté communiste, André Chassaigne voit une "fragmentation" sans doute "révélatrice d'une forme de malaise général" dans la majorité, s'interrogeant sur des "courants sous-marins".

Pour Matthieu Orphelin, co-président du 9e groupe, cette multiplication des entités "obligera chacun à sortir des postures" et "peut être bénéfique pour la vitalité parlementaire".

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