"Tu vas la fermer!": fin de séance tendue à l'Assemblée nationale sur la réintégration des soignants non-vaccinés

"Tu vas la fermer!": fin de séance tendue à l'Assemblée nationale sur la réintégration des soignants non-vaccinés
L'Assemblée nationale, le 24 novembre 2022.

publié le vendredi 25 novembre 2022 à 07h49

Alors que les députés devaient s’exprimer sur la réintégration des soignants non-vaccinés contre le Covid-19, les oppositions estimant que le gouvernement a joué la montre pour empêcher que le texte puisse être mis au vote, jusqu'au débordement de l'élu ultra-marin Olivier Serva, qui a provoqué une suspension de séance.

La "niche parlementaire" réservée à La France insoumise à tourné au vinaigre jeudi soir 24 novembre. Cette séance lors de laquelle un groupe d'opposition peut fixer l'ordre du jour, et qui doit s'achever quoi qu'il arrive à minuit, sans possibilité de poursuivre les débats en cas d'examen inachevé d'un texte, s'est en effet terminée sur les invectives du député de Guadeloupe Olivier Serva, furieux contre la majorité qui a tout fait pour empêcher la tenue d'un vote sensible sur la réintégration des soignants non-vaccinés contre le Covid-19. 



Un texte qui n'aurait "probablement jamais dû être examiné" lors de cette journée réservée à LFI, souligne le site de LCP, mais que les Insoumis ont eu le temps de présenter après avoir retiré la veille au soir le texte sur la commission d'enquête sur les "Uber files" et SMIC à 1.600 euros et dans la journée le médiatique texte sur l'interdiction de la corrida, Aymeric Caron s'emportant contre les centaines d'amendements "d'obstruction".

Porté par Caroline Fiat, ce texte prévoit de réintégrer les soignants non-vaccinés, à condition qu'ils respectent un protocole strict, et soient en mesure de présenter, tous les jours, un test négatif, rendu gratuit par cette proposition de loi. 

Une mesure rendue d'autant plus nécessaire, selon la députée LFI, par la pénurie de personnels dans les services médicaux et qui reçu le soutien des députés ultra-marins des différents bancs de l'Assemblée, la vaccination contre le Covid-19 étant particulièrement faible dans leurs territoires. 

"Vous salissez la démocratie avec vos bassesses"

Mais le camp présidentiel a compromis la tenue du vote sur ce texte, que les oppositions semblaient en mesure de pouvoir faire adopter, à coups de demandes de suspensions de séances, de rappels aux règlements et de dépôts d'amendements en rafale, provoquant de fortes tensions dans l'hémicycle. 

"Vous utilisez des subterfuges petits, comme vos idéaux, vous salissez la démocratie avec vos bassesses, vous êtes minoritaires, acceptez-le", a alors lancé aux élus de la majorité Olivier Serva (groupe LIOT). "Tu vas la fermer!", a-t-il ensuite lancé  à l'adresse de députés Renaissance qui l'interpellaient pendant son intervention. "Non, ce n’est pas possible. Monsieur Serva, c’est une invective. Chers collègues, on ne peut pas en venir aux invectives de cette manière-là", a alors aussitôt réagi la présidente de séance, Naïma Moutchou (députée Horizons et apparentés du Val-d’Oise), avant de suspendre la séance. 

Les députés ultra-marins sont ensuite venus dire leur colère devant la presse, face au "mépris du gouvernement" à l'égard de la situation des établissements de santé dans leurs territoires. "Chez nous, ceux qui ont un schéma vaccinal complet, c'est moins de 20%", a lancé l'un d'entre eux. "Des gens sont en train de mourir chez nous sur des brancards, nous n'acceptons (pas) que les députés de La République en marche (précédent nom de Renaissance, ndlr) avec leurs sourires narquois ou que M. Véran avec son arrogance légendaire viennent nous mépriser", a tempêté le député de Martinique Jean-Philippe Nilor (LFI).

"Ligne rouge"

"Vous devriez avoir honte!", a également lâché à l'adresse des macronistes Olivier Marleix, le chef de file du groupe LR, dont des députés étaient favorables au texte de LFI, tout comme le groupe RN. La cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot a de son côté estimé que l'exécutif avait "franchi une ligne rouge", en prenant part "à l'obstruction" lors de la "niche parlementaire" des Insoumis.

Le coup d'éclat d'Olivier Serva n'a pas été le seul a mettre de l'ambiance au Palais-Bourbon. Lors des nombreuses suspensions de séance, des éclats de voix entre députés étaient audibles dans les couloirs de l'Assemblée. Dépêché dans l'hémicycle, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a évoqué un "niveau de tension jamais vu en douze ans au Parlement". 

"Quel signal voulons-nous donner à ceux qui étaient là en première ligne, qui se sont vaccinés?", a dit le ministre de la Santé, François Braun. Dans les hôpitaux, les soignants vaccinés disent que "si nous réintégrons les non-vaccinés, ce sont eux qui partent". M. Braun avait indiqué dimanche qu'il se prononcerait sur la réintégration ou non des soignants non vaccinés lorsqu'il aura reçu les avis de la Haute autorité de santé et du Comité consultatif national d'éthique.


 

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