Tribune de militaires : Marine Le Pen renouvelle son soutien, Florence Parly demande des sanctions

Tribune de militaires : Marine Le Pen renouvelle son soutien, Florence Parly demande des sanctions
La ministre des Armées Florence Parly, le 20 avril 2021.

publié le mardi 27 avril 2021 à 11h15

Cinq jours après la parution d'une tribune signée par des militaires dénonçant le "délitement" de la patrie, la ministre des Armées a estimé qu'il s'agissait d'"une insulte jetée à la figure de milliers de militaires". Pour la présidente du Rassemblement national, "le gouvernement met beaucoup de fermeté à l'égard" des militaires signataires et moins "à l'égard de la criminalité et de la délinquance qui pourrit l'existence de nos compatriotes".

"Pour un retour de l'honneur de nos gouvernants." Dans cette tribune publiée dans Valeurs Actuelles le 21 avril, soit 60 ans jour pour jour après le putsch d'Alger, "une vingtaine de généraux, une centaine de hauts gradés et plus d'un millier d'autres militaires" appellent le président Emmanuel Macron à défendre le patriotisme.

Ils dénoncent le "délitement" qui frappe selon eux la patrie et se disent "disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation". Si "le laxisme continue à se répandre", cela rendra nécessaire "l'intervention de nos camarades d'active", écrivent-ils.

Après avoir fustigé dimanche une "tribune irresponsable", la ministre des Armées Florence Parly a demandé des sanctions contre les signataires. "Les militaires ont évidemment le droit d'avoir des opinions, mais il existe un devoir de réserve", souligne la ministre. "Pour les militaires qui ont enfreint le devoir de réserve, des sanctions sont prévues. (...) S'il y a des militaires actifs parmi les signataires, j'ai demandé au chef d'état major d'appliquer les règles qui sont prévues dans le statut des militaires, c'est-à-dire des sanctions", a-t-elle indiqué sur franceinfo lundi 26 avril.



Pour les militaires retraités signataires, également "astreints à un devoir de réserve", des sanctions sont également possibles, a-t-elle ajouté. Elle a notamment rappelé le cas du général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère et également signataire de la tribune, qui avait été radié en 2016 des cadres de l'armée pour avoir participé à une manifestation interdite contre les migrants à Calais.

Pour Florence Parly, cette tribune "est une insulte qui est jetée à la figure de milliers de militaires". "L'immense majorité des militaires, j'aurais dit la totalité jusqu'à ce week-end, défend des valeurs républicaines, assure la protection des Français et la défense de la France conformément aux principes de neutralité et de loyauté qui fait partie et qui est au cœur de leur statut", a insisté la ministre. 

"Les militaires sont des personnalités qui ont choisi d'abord et avant toute chose le service de la Nation et le service de leurs concitoyens. Ce sont des valeurs généreuses et courageuses et qui me semblent à l'opposé de ce que les thèses complotistes et conspirationnistes colportent", a-t-elle ajouté, appelant les militaires à ne pas "attiser les divisions qu'il ne faut pas nier, mais qu'il ne faut pas non plus exagérer et qu'il ne faut pas vouloir accroître".

La ministre a par ailleurs taclé la présidente du Rassemblement national et candidate à la présidentielle de 2022, Marine Le Pen, qui a invité les signataires de la tribune à "se joindre" à elle. "Il y a une chose qui est très claire, c'est que la dédiabolisation, comme elle dit, a des limites", a jugé Florence Parly. "Mme Le Pen n'est guidée que par son ambition personnelle, elle n'a pas vraiment d'ambition pour la France, si ce n'est de l'affaiblir et la diviser", a-t-elle poursuivi, ajoutant que la présidente du RN "ressemble bien plus à son père que ce qu'elle voudrait nous faire croire".

Marine Le Pen renouvelle son soutien aux militaires 

Une critique contre laquelle s'est défendue mardi Marine Le Pen, affirmant sur franceinfo qu'elle ne regrettait "absolument pas" son soutien aux militaires signataires de la tribune mais déplorait au contraire "la fermeté" du gouvernement à leur égard. "Ces militaires, ils savent très bien comment ça se passe quand les politiques ne font pas leur travail, ne font pas respecter la Constitution. A un moment donné, la situation est si grave qu'on en appelle à l'armée", a expliqué la présidente du RN qui estime qu'il n'est pas question de putsch. 

Ces militaires "viennent dire qu'il faut faire appliquer les lois" et "que la situation du pays est terriblement inquiétante (...). Les zones de non droit, la criminalité, la haine de soi, le refus du patriotisme par nos dirigeants sont des éléments de délitement de la Nation", a estimé la dirigeante d'extrême-droite. "Je leur réponds que je partage leur affliction, leur constat, et que ces problèmes se règlent par la politique et par un projet politique validé par les Français dans un cadre évidemment démocratique", a-t-elle ajouté.

Quand la ministre de la Défense menace de sanctions, elle "est dans son rôle", a estimé Marine Le Pen. "Elle rappelle que les militaires qui rompent le devoir de réserve peuvent avoir des sanctions. Les militaires le savent et malgré cela ils pensent que c'est leur devoir d'interpeller le peuple français sur la gravité de la situation", a-t-elle poursuivi, regrettant que "le gouvernement mette beaucoup de fermeté à leur égard". "On aimerait qu'il y ait autant de fermeté à l'égard de la criminalité et de la délinquance qui pourrit l'existence de nos compatriotes", a ajouté la patronne du RN.


Selon Marine Le Pen, Emmanuel Macron devrait d'ailleurs s'interroger "sur ce qui pousse des généraux à prendre ainsi la parole alors que leur tradition est un devoir de réserve". Et de mettre en avant le fait que certains politiques ont également évoqué le risque de guerre civile. L'ex-ministre de l'Intérieur "monsieur Collomb nous a expliqué en partant qu'en banlieue on était côte à côte et que demain on serait face à face", a souligné la patronne du RN. 

"Les ministres ne sont pas obligés de rentrer dans la roue de (Jean-Luc) Mélenchon", chef de file des Insoumis qui, selon elle, "met beaucoup plus d'énergie" à "taper sur les militaires" qu'à "taper sur les islamistes".  Jean-Luc Mélenchon et les parlementaires de LFI ont demandé lundi au procureur de Paris "d'engager des poursuites" contre les auteurs et diffuseurs de la tribune.

Quant à la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, qui évoquait un "quarteron de généraux en charentaises" pour parler des signataires de la tribune, Marine Le Pen répond que "quand on a autant pantouflé que Mme Pannier-Runacher, on évite de parler de charentaises". On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu", a-t-elle ajouté. 

Une tribune qui continue à faire réagir de toute part

De son côté, Nicolas Dupont Aignan, le président de Debout la France, a jugé la tribune "excellente", "très modérée". "Elle dit ce que tout le monde constate", a-t-il estimé sur Sud Radio. Il a jugé "effrayant qu'aujourd'hui toute prise de parole différente, qui ne rentre pas dans la doxa du gouvernement, des écolos bobos, des islamo-gauchistes, c'est factieux, c'est le coup d'Etat, le drame". "La guerre civile, c'est pas nous", a abondé sur RTL l'ancien secrétaire d'Etat ultraconservateur Philippe de Villiers, en s'inquiétant d'une "défrancisation galopante" et en appelant à "l'insurrection des consciences". Pour lui, "l'enjeu de la présidentielle sera oui ou non à une politique de civilisation".

Chez LR, l'eurodéputé Geoffroy Didier a estimé que cette tribune démontre l'"attente d'autorité dans notre pays". Mais il a dit "non, non et non", sur Radio J, à une prise de pouvoir des militaires. "Engager les militaires à faire de la politique, ce n'est pas une attitude d'Etat et je pense que Mme Le Pen a raté une occasion de montrer qu'elle avait pris une nouvelle dimension", a critiqué pour sa part l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin (ex-LR) sur LCI

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a dénoncé dans un tweet une "tribune suffisamment ambiguë pour que plane la menace séditieuse. L'extrême droite ne change pas. Elle se répète", a-t-il mis en garde, tandis que pour Karima Delli, tête de liste de l'union de la gauche et des écologistes pour les régionales dans les Hauts-de-France, cette "faute très lourde de Marine Le Pen" démontre qu'"en dépit de ce que veut faire croire le FN, ce parti ne partage pas les valeurs de la République".

 

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