Tribune de "militaires": Castex dénonce une "manœuvre de l'extrême droite"

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Le ministre de l'Intérieur français Gérald Darmanin à l'Elysée à Paris, le 28 avril 2021
Le ministre de l'Intérieur français Gérald Darmanin à l'Elysée à Paris, le 28 avril 2021
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© AFP, GONZALO FUENTES, POOL
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publié le lundi 10 mai 2021 à 20h41

Jean Castex a qualifié de "manoeuvre politique" de "l'extrême droite" une nouvelle tribune de militaires en activité mais anonymes, soutenue par une partie de la droite et Marine Le Pen, qui alerte sur le risque d'une "guerre civile" en France.

Ce texte, publié dimanche soir sous forme de pétition par Valeurs Actuelles, paraît moins de trois semaines après la publication, dans le même hebdomadaire, d'une première tribune de généraux, dont certains sont menacés de sanctions. Ils dénonçaient le "délitement" de la France et se disaient prêts à "soutenir les politiques" qui œuvreraient contre.

Cette fois, ceux qui se présentent comme des militaires "récemment entrés dans la carrière" et dont certains ont "connu le feu ennemi" au Mali, en Afghanistan ou en Centrafrique, dénoncent ce qu'ils perçoivent comme "la guerre civile (qui) couve". Mais on ne connaît ni le nombre ni l'identité de ces militaires qui lancent un appel à "la survie" du pays.

"C'est une tribune politique d'extrême droite, appelons un chat un chat", s'est insurgé le Premier ministre Jean Castex dans les colonnes du Parisien, avant de critiquer l'anonymat des signataires. "Qu'ils s'affichent et qu'ils assument s'ils considèrent que l'essentiel est en jeu", a-t-il insisté, tout en exprimant sa "confiance dans l'Armée".

Il y a un "risque de guerre civile" qui "couve" dans le pays, a estimé pour sa part la candidate à l'Elysée et cheffe du Rassemblement national Marine Le Pen, en reprenant les mêmes termes que la deuxième tribune, et en invitant ses signataires à la rejoindre, comme pour la première tribune.

- "Apolitisme" -

Ces textes, assez proches de l'argumentaire développé par le RN, ont été accueillies froidement au sein de l'état-major des armées.

"Un rappel ferme sera fait par le commandement sur le respect du devoir de réserve" car "l'apolitisme fait notre crédibilité et la cohésion est ce qui fait notre force", a déclaré à l'AFP un haut gradé de l'état-major. "Les armées sont apolitiques et d'une fidélité absolue au Président élu (...). Si on a des états d'âme, il faut quitter l'armée en conscience".

La ministre des Armées Florence Parly a, elle, dénoncé "une grossière machination politique". Cette tribune "utilise toute la rhétorique, le vocabulaire, le ton, les références qui sont celles de l'extrême droite", a-t-elle déclaré sur BFMTV.

Pour le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, c'est une "grossière manœuvre" à l'approche des élections régionales et présidentielle, accusant les auteurs de "faire de la politique".

"Qui a intérêt à fragiliser l'institution militaire et à mélanger le militaire et le politique ? Le RN", a abondé Françoise Dumas, députée LREM et présidente de la commission de la Défense et des forces armées à l'Assemblée nationale.

- "Signal d'alarme" -

Ce nouveau texte dénonce notamment "le chaos et la violence" qui frappent le pays, les signataires appelant le président de la République, les ministres, parlementaires et officiers généraux à assurer la "survie du pays". 

"Si une guerre civile éclate, l'armée maintiendra l'ordre sur son propre sol, parce qu'on le lui demandera", insistent le ou les auteurs de cette tribune, qui avait recueilli vers 17H00 plus de 163.000 signatures.

Après la parution de la première tribune le 21 avril, Jean Castex avait déjà dénoncé une initiative "contraire à tous nos principes républicains" et accusé le RN de "récupération politique". 

Mais une partie de la droite a renouvelé lundi son soutien à la nouvelle tribune, dont le diagnostic est jugé "parfaitement exact", selon l'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy.

Il s'agit d'"un signal d'alarme sérieux", a estimé le député LR du Vaucluse Julien Aubert, précisant qu'"au lieu de chercher à sanctionner, il faut que le gouvernement tienne un discours de lucidité sur l'état du pays".

A gauche, l'ancien président socialiste François Hollande a questionné "la déontologie" de la tribune. "Comment peut-on laisser penser que l'armée aujourd'hui serait animée par de tels sentiments et par une volonté de mettre en cause les principes mêmes de la République ?" 

Quant au candidat de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, ces "militaires d'active qui veulent signer une tribune de manière anonyme" sont "factieux et lâches". Il a promis, s'il est élu en 2022, de "purger l'armée de ses membres factieux".

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