Triangulaire à risque pour Martine Aubry, talonnée par ses ex-alliés écologistes

Triangulaire à risque pour Martine Aubry, talonnée par ses ex-alliés écologistes
La maire socialiste de Lille Martine Aubry en discussion à la sortie du bureau de vote le 15 Mars 2020 a Lille.
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, publié le jeudi 18 juin 2020 à 18h30

Décrochera-t-elle un quatrième mandat ? Si elle reste favorite, la maire socialiste de Lille Martine Aubry affronte un second tour plus risqué que prévu, talonnée par ses anciens alliés écologistes dans une triangulaire avec LREM.

A 69 ans, Mme Aubry, à la tête de ce bastion historique du PS depuis 2001, a "pris son risque", selon l'expression d'un proche, en retournant au combat seule, le 28 juin, sans ses partenaires habituels de deuxième manche.

Troisième protagoniste de la bataille, son ancienne directrice de cabinet, Violette Spillebout, passée en 2017 dans le camp macroniste, ne représente pas une menace pour la maire sortante. Si elle a mené une campagne dynamique, elle a d'ailleurs déjà repris son poste de cadre dirigeante à la SNCF.

Jamais depuis qu'elle dirige le beffroi nordiste Mme Aubry n'avait été en posture aussi délicate et le danger vient donc bien de son toujours adjoint dans la majorité sortante, Stéphane Baly, 47 ans, chef de file des Verts.

Arrivée en tête le 15 mars avec 29,8% des voix, celle qui a succédé à Pierre Mauroy a en effet été talonnée par les écologistes, à 5,5 points derrière.

"On a l'épée dans les reins", convient-on dans le camp socialiste. "Mais on a les moyens d'inverser la vapeur", veut-on également croire.

Après sa réélection en 2014, la maire avait assuré qu'elle ne se représenterait plus. Elle admet d'ailleurs avoir "beaucoup hésité" avant de finalement briguer cet ultime mandat. "Probablement le moins assuré" pour elle, analyse Pierre Mathiot, directeur de Sciences Po Lille.

Depuis la reprise de la campagne après le confinement, socialistes et Verts se rejettent mutuellement la responsabilité de l'échec des négociations.

Alors que Martine Aubry avait lancé un appel à "unir les énergies" avant la clôture des listes le 2 juin, EELV, fort de son bon score, aurait prétendu à un nombre de sièges équivalent à celui du PS. Inacceptable pour la maire, qui déplore que ses ex-alliés aient désormais "une vision assez caricaturale de la société et ne s'intéressent qu'aux gens qui vont bien".

"Nous étions prêts à faire des compromis", rétorque Stéphane Baly, prédisant à Mme Aubry "un naufrage en solitaire". "Nous étions ses derniers amis, elle n'a plus autour d'elle qu'un carré de fidèles aveuglés."

- L'abstention, clef du second tour -

Même son de cloche de la part de Violette Spillebout qui décrit son ancienne patronne comme "dogmatique" et "autoritaire". "Au lieu d'être la maire qui ouvre, elle a choisi de se renforcer dans son sectarisme de gauche", renchérit le maire-ministre de Tourcoing Gérald Darmanin, récemment venu soutenir la candidate du parti présidentiel.

La troisième candidate (17,53 %) mène toutefois elle aussi campagne seule après avoir claqué la porte au nez de l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy, Marc-Philippe Daubresse (LR, 8,25%). Qui, vexé, a appelé ses électeurs à "s'abstenir" ou à "faire barrage à Mme Spillebout".

Et plusieurs de ses colistiers, dont l'actuel chef de l'opposition municipale, Thierry Pauchet, ont même appelé jeudi à voter Aubry en mettant en garde la droite contre une victoire des Verts, qualifiés de "fous furieux".

La France insoumise (8,85%) reste, pour l'heure, officiellement neutre.

Récemment réconcilié avec la maire, l'autre figure lilloise du PS, l'ex-ministre Patrick Kanner entend lui mettre les bouchées doubles jusqu'au 28 juin pour "aider Martine". "Je la soutiens à 200%, avec toute la famille socialiste derrière", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'une des clefs du second tour sera l'abstention. "Elle a été massive partout le 15 mars (67,4%) mais encore plus dans les quartiers populaires, historiquement socialistes et +aubrystes+", explique Pierre Mathiot. Le PS avait "fait moins de 10% aux européennes", rappelle-t-il, "Aubry a fait plus que tripler le score sur son nom. Mais cela peut-il suffire ?" 

Pour Rémi Lefebvre, professeur de science politique à Lille, sa longévité est à la fois "une force" avec "son image nationale très forte" et une "faiblesse", notamment au vu de l'"aspiration au renouvellement au niveau local".

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