"Travailler plus" après le confinement : la colère monte de tous bords

"Travailler plus" après le confinement : la colère monte de tous bords
Emmanuel Macron, le 7 avril 2020, à La Courneuve
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, publié le lundi 13 avril 2020 à 10h30

CORONAVIRUS - Plusieurs voix au sein du gouvernement et des organisations patronales ont évoqué la nécessité pour les travailleurs français de "mettre les bouchées doubles" au sortir de la crise du Covid-19, alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à prolonger le confinement en vigueur depuis un mois. A gauche comme à droite, cet appel suscite des réactions indignées.

"Qu'est ce qu'on veut là? On veut rendre fous les Français?".

La phrase n'est pas signée d'un élu insoumis, mais de l'ancien ministre de l'ère Sarkozy, Xavier Bertrand. L'ancien membre des gouvernements de François Fillon, aujourd'hui président des Hauts-de-France, s'est élevé dimanche 12 avril contre les déclarations émanant de l'exécutif et du Medef, qui martèlent la nécessité de devoir "travailler plus" après la crise sanitaire du coronavirus. "Nous devons à tout prix veiller à ne pas augmenter les injustices et les inégalités, qui sont non seulement une faute morale mais qui sont en plus un contresens économique pour ceux qui ne penseraient qu'à ces logiques d'efficacité économique", estime Xavier Bertrand.


Ces déclarations répondent notamment au patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, pour qui "il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire". Car "l'important, c'est de remettre la machine économique en marche et de reproduire de la richesse en masse, avance t-il.


Sa déclaration a été soutenue ce lundi 13 avril par le président délégué de l'organisation. "Ce qu'a dit Geoffroy Roux de Bézieux, c'est une évidence", affirme Patrick Martin sur franceinfo. "Il y a des entrepreneurs qui sont le dos au mur qui, croyez-moi, sont totalement angoissés. Ce n'est pas incongru de poser le débat de cette manière. Ça se fera de toute façon en concertation avec les syndicats", poursuit-il.

Côté syndicats, la CFDT a dénoncé des appels "indignes" et "indécents", par la voix de son secrétaire général Laurent Berger. "Aujourd'hui, les travailleurs, comme tout le monde, sont en train de payer le coût de cette crise. Ce n'est pas à eux de payer ensuite", a t-il déclaré à l'antenne de France 2. "La CFDT n'a pas la même attitude 'en off'", rétorque le président délégué du Medef.


Côté gouvernement, la tâche a été confiée à la secrétaire d'État à l'Économie, Agnès Pannier-Runacher, qui a également prévenu qu'"il faudra probablement travailler plus que nous ne l'avons fait avant" pour "rattraper" la perte d'activité induite par le confinement en cours depuis le 17 mars. "L'enjeu est de reprendre le travail plein pot", a-t-elle insisté sur franceinfo.

"Non, la priorité, ce sera de réduire les inégalités terribles qu'elle a aggravé", lui répond un de ses collègues de la majorité, Aurélien Taché. "Il est hors de question que ce soit les salariés qui paient la facture en sacrifiant leur RTT et jours de congés payés", estime quant à lui le chef de file des Républicains à l'Assemblée nationale, Damien Abad.


Selon des proches d'Emmanuel Macron, le chef de l'Etat devrait évoquer dans son allocution de lundi soir "une date de fin de confinement courant mai, au moins après le pont du 8-10 mai. Une date suffisamment lointaine pour qu'on comprenne qu'on pourra alors commencer un début de déconfinement partiel, mais extrêmement progressif". Il devrait ainsi opter pour une échéance "assez lointaine pour faire comprendre l'effort qui reste à faire, mais suffisamment proche pour esquisser la France d'après".
 

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