Tensions entre Anne Hidalgo et les Verts : Julien Bayou étrille un "flagrant délit de mensonge"

Tensions entre Anne Hidalgo et les Verts : Julien Bayou étrille un "flagrant délit de mensonge"
Anne Hidalgo, la maire PS de Paris.

, publié le lundi 23 novembre 2020 à 20h02

Julien Bayou, secrétaire national d'EELV, a accusé Anne Hidalgo de "mentir" en "insinuant" que les Verts se seraient abstenus lors d'un vote à propos d'un hommage à Samuel Paty.

Ça chauffe entre Anne Hidalgo et les écologistes. La tension devient maximale entre la maire PS de Paris et les Verts, au moment où se pose la question d'une éventuelle candidature d'union à la présidentielle de 2022, sur fond de polémique autour d'un hommage à Samuel Paty.


Quatre jours plus tôt, les élus écologistes au Conseil de Paris, membres de la majorité d'Anne Hidalgo, approuvaient un voeu pour nommer un lieu de la capitale du nom de Samuel Paty, tout en déplorant, règlement pour la dénomination des lieux à l'appui, que la décision soit prise si tôt après la décapitation du professeur.

Revenant sur ce vote - parasité par ailleurs par un problème technique -, la maire de Paris a évoqué samedi 21 novembre sur BFMTV une "abstention", qu'elle juge "choquant(e)".

Puis de souligner qu'elle ne pourrait adhérer à EELV, même si elle est "profondément écologiste", "car il y a ce rapport à la République qui fait qu'il y a du travail à faire chez eux pour être beaucoup plus clairs" sur ce terrain.

La remarque a fait l'effet d'une bombe. Le secrétaire national d'EELV Julien Bayou a réclamé ce lundi 23 novembre "des excuses" après cette "insulte", accusant Anne Hidalgo de "mentir" en "insinuant" que les Verts se seraient abstenus. "Il n'y a aucune ambiguïté sur la République pour les écologistes", a-t-il insisté sur RFI.

Sur Twitter, Julien Bayou a remercié Nicolas Bonnet Oulaldj et les communistes "pour ce soutien face à ce flagrant délit de mensonge de la part d'Anne Hidalgo sur le vote des écolos POUR le vœu Samuel Paty", a-t-il écrit ce lundi.



Un climat déjà tendu

Une brusque remontée de température en ce début de deuxième mandat de la maire de Paris qui intervient après, déjà, des tensions avec ses alliés écologistes à l'été lors de l'affaire Christophe Girard, dont la démission avait été réclamée par les écologistes Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu.

Fatoumata Koné, présidente du groupe écologiste au Conseil de Paris, appelle désormais Anne Hidalgo à en tirer les conséquences : "Si elle souhaite qu'il n'y ait plus d'écologistes dans sa majorité, il faut qu'elle le clarifie", a affirmé l'élue EELV ce lundi sur BFMTV, en faisant remarquer que les Verts, avec 24 conseillers, ont un rôle "charnière" au Conseil de Paris. L'entourage d'Anne Hidalgo maintient auprès de l'AFP qu'il y a eu "ambiguïté" dans leur position et assure que la maire n'a fait que répéter sur BFMTV ce qu'elle avait pu leur faire remarquer au moment du vote mardi.

Mais on joue aussi l'apaisement. "Rien n'est irréconciliable", assure-t-on, alors qu'Anne Hidalgo devait rencontrer Fatoumata Koné lundi après-midi. Les relations avec les écologistes "ont évolué, ça ne se passe pas mal", même s'il faut encore "progresser" dans ce travail en commun.

Anne Hidalgo : objectif 2022 ?

Au-delà du périmètre parisien, l'épisode entérine toutefois un hiatus entre socialistes et écologistes qui se présenteront aux régionales en Ile-de-France en 2021 en ordre dispersé, avec d'un côté Julien Bayou, conseiller régional EELV, et de l'autre Audrey Pulvar, adjointe à la mairie de Paris à la tête d'une plate-forme de gauche pour ce scrutin.

L'épisode interroge aussi sur la stratégie d'Anne Hidalgo, qui pose régulièrement des jalons en vue de la présidentielle de 2022. Avec le maire EELV de Grenoble Eric Piolle et l'ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg, son nom est régulièrement cité parmi ceux qui pourraient s'attaquer au pari de rassembler écologistes et gauche en mal d'incarnation après ses dernières cuisantes défaites.

"Je prendrai ma part" à l'élection présidentielle, a encore souligné Anne Hidalgo samedi dans la même interview, en craignant un "crash démocratique" avec les candidatures déclarées pour l'heure, celles de Marine Le Pen (RN) et Jean-Luc Mélenchon (LFI) face à Emmanuel Macron.

L'entourage d'Anne Hidalgo réfute, lui, que l'épisode puisse constituer un caillou dans sa chaussure : elle a simplement rappelé "les valeurs de la République auxquelles elle est extrêmement attachée".

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