Syrie : le plan de Macron au Kurdistan

Syrie : le plan de Macron au Kurdistan

Après avoir pris Afrine (Syrie), les chars turcs avancent maintenant sur Mandbidj.

leparisien.fr, publié le samedi 31 mars 2018 à 08h46

La France veut à la fois conforter ses alliés kurdes - en première ligne contre Daech - dans le nord du pays... sans fâcher le président turc Erdogan. Une ligne de crête pas évidente.

Que va vraiment faire la France pour les Kurdes de Syrie attaqués par la Turquie d'Erdogan ? La question a donné lieu à un véritable pataquès diplomatique. Premier acte jeudi soir : une délégation arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), sortant d'une rencontre à l'Elysée avec Emmanuel Macron et ses conseillers militaires et diplomatiques, annonçait que la France était prête à leur apporter un soutien militaire contre l'offensive « Rameau d'olivier » de l'armée turque et ses supplétifs syriens, une milice composée de nombreux ex-jihadistes. Un coup de théâtre après des semaines de passivité face à une guerre qui a fait depuis janvier des centaines de morts et provoqué l'exode de plus de deux cent mille habitants de la ville d'Afrine au Kurdistan syrien, le Rojava.

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Deuxième acte vendredi matin : aucune « nouvelle opération militaire » n'est envisagée « dans le nord de la Syrie » annonce un communiqué de l'Elysée. Douche froide pour les Kurdes. Paris, insiste Khaled Issa, représentant du Rojava en France, s'était pourtant bien engagé à « renforcer son dispositif militaire », notamment à Manbidj, ville clé du Kurdistan où des forces américaines sont déjà présentes.

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« Nos amis kurdes ont exagéré ou surinterprété les propos du président » commentait froidement vendredi un diplomate. Résultat, la seule avancée concrète issue de la discrète rencontre à l'Elysée est la proposition d'Emmanuel Macron de mener une médiation entre Ankara et les Kurdes. Mais l'offre a été sèchement balayée par le président Erdogan qui tient les FDS pour des « terroristes » à l'égal du PKK, le parti séparatiste kurde de Turquie.

Oui ou non y aura-t-il des soldats français au Kurdistan syrien ? En réalité il y en a déjà : « plusieurs centaines d'hommes des forces spéciales agissent au côté des combattants kurdes contre Daech depuis trois ans dans le cadre de la Coalition internationale, indique un excellent connaisseur du terrain. Mais ils sont plutôt à l'est, vers Deir Ez-Zor et la frontière syro-irakienne où il reste des poches de Daech (ou EI, l'Etat islamique). Sans doute va-t-on en déplacer quelques dizaines sur Manbidj ».

Poursuivre la lutte contre Daech Ainsi l'Elysée, qui ne commente jamais les mouvements de forces spéciales contrairement aux déploiements de troupes classiques, a-t-il raison de dire qu'il n'y aura pas de renforts expédiés de France. Ni de nouvelle opération puisque cela se fait dans le cadre de la coalition internationale (dominée par les Américains avec quelque 2 000 forces spéciales au Kurdistan, qui comptent bien rester actives sur place malgré les récents tweets « troublants » - dixit un diplomate - de Trump).

Et les Kurdes n'ont pas rêvé : il y aura bien de facto un dispositif militaire français renforcé. Suffisant pour dissuader les Turcs d'attaquer Manbidj ? « Il est essentiel que l'opération Rameau d'olivier ne s'étende pas, qu'il n'y ait pas de nouvel Afrine ailleurs en Syrie », avertit une source à l'Elysée. De fait, on imagine mal deux alliés de l'Otan, Paris et Ankara, se livrer une guerre frontale ! Mais, pour rester dans les clous de leur posture diplomatique évitant de trop fâcher Erdogan, les Français insistent sur la mission de leurs militaires : soutenir les FDS dans le combat contre les « éléments résiduels de l'EI ». « La lutte contre Daech doit se poursuivre », insiste l'Elysée.

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