Statistiques ethniques : Emmanuel Macron ne veut pas ouvrir le débat "à ce stade"

Statistiques ethniques : Emmanuel Macron ne veut pas ouvrir le débat "à ce stade"
Emmanuel Macron le 26 mai 2020.

, publié le lundi 15 juin 2020 à 14h22

La proposition de la porte-parole du gouvernement de "rouvrir de manière apaisée et constructive le débat autour des statistiques ethniques", actuellement interdites en France, a suscité l'opposition de ministres comme Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. 

Alors qu'en France, les manifestations contre les violences policières et le racisme se multiplient, dans la foulée de la mort de la mort de l'Afro-Américain George Floyd aux États-Unis, asphyxié par un policier, Emmanuel Macron a indiqué lundi 15 juin à ses conseillers qu'il ne souhaitait "pas ouvrir à ce stade" le débat sur les statistiques ethniques.




Le chef de l'Etat répondait ainsi à une tribune publiée samedi dans le journal Le Monde par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye dans laquelle elle suggérait de rouvrir "de manière apaisée et constructive le débat autour des statistiques ethniques", et de "revenir avec force aux outils de lutte contre les discriminations raciales". 

Emmanuel Macron est "favorable à des actions concrètes en matière de lutte contre les discriminations, davantage qu'à un nouveau débat sur un sujet qui aura du mal à se traduire par des résultats rapides et visibles", ont précisé ses conseillers à l'AFP. "Le président de la République est attentif à la question des discriminations et déterminé sur le terrain de la lutte pour l'égalité des chances. Ce sujet était au cœur de son programme en 2017, avec la question de l'émancipation, et demeure une préoccupation dans le contexte actuel", ont-ils ajouté.


La France, à l'inverse des pays anglo-saxons, a interdit les politiques ciblées, les quotas ou les statistiques ethniques pour traiter tous les citoyens à égalité.

Sibeth Ndiaye a répété lundi qu'elle voyait dans les statistiques ethniques un moyen de lutter contre une "forme de racisme impensé". Des statistiques ethniques "permettraient au fond de réconcilier parfois deux rives de notre société qui s'écharpent éternellement, ceux qui vous disent :'les Noirs et les Arabes, les personnes de couleur n'ont accès à rien' et ceux qui vous disent : 'Le problème ne se pose pas'", a-t-elle souligné sur France inter.

Le Maire et Darmanin désapprouvent

Mais sa proposition a suscité l'opposition d'autres ministres comme Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. "Je reste défavorable aux statistiques ethniques qui ne correspondent pas à l'universalisme français, au fait qu'un Français est un Français et que je ne regarde pas quelle est sa race, son origine, sa religion, et que je ne souhaite pas le regarder", a expliqué le ministre de l'Economie sur Franceinfo.

"Moi je serais plutôt favorable à la proposition de Julien Denormandie (ministre de la Ville et du Logement), qui évoquait des statistiques par géographie", a abondé le ministre de l'Action et des Comptes sur BFMTV, car "quand vous êtes issu d'un quartier difficile, par votre adresse, quelle que soit votre couleur de peau, c'est plus difficile de trouver un stage que quand vous êtes quelqu'un d'une couleur de peau différente des Blancs, comme on dit aujourd'hui, dans le VIIe arrondissement de Paris". 

Dimanche, Agnès Buzyn, candidate LREM à la mairie de Paris, a estimé qu'établir des statistiques ethniques était "plus risqué qu'utile". La Commission nationale consultative des droits de l'Homme a réaffirmé dimanche son hostilité aux statistiques ethniques, qui ne sont pour elle "pas des outils neutres", estimant que la reconnaissance par l'Etat de catégories ethniques ou raciales risquerait de les "essentialiser".

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