Soupçons de financement libyen : Nicolas Sarkozy mis en examen

Soupçons de financement libyen : Nicolas Sarkozy mis en examen
L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, le 9 juillet 2016.

Orange avec AFP, publié le jeudi 22 mars 2018 à 07h11

Après une vingtaine d'heures, la garde à vue de Nicolas Sarkozy s'est achevée mercredi soir. L'ancien président a été mis en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de fonds publics libyens" et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l'enquête sur des soupçons de financement de sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye de Mouammar Kadhafi.

L'ancien chef de l'État était entendu depuis mardi matin, avec une interruption dans la nuit, dans les locaux de l'office anticorruption (OCLCIFF) situés à Nanterre (Hauts-de-Seine).

L'ancien président de l'UMP a regagné son domicile parisien du XVIe arrondissement après la fin de sa garde à vue.



Également entendu, mais sous le statut de "suspect libre", Brice Hortefeux, un proche de l'ex-président qui occupa plusieurs postes ministériels pendant le quinquennat Sarkozy (2007-2012), a de son côté quitté les locaux de l'office anticorruption mardi soir, assurant sur Twitter avoir apporté des précisions pour "permettre de clore une succession d'erreurs et de mensonges".

Depuis la publication, en mai 2012, par le site d'informations Mediapart d'un document libyen - attribué à l'ex-chef des renseignements Moussa Koussa - accréditant un financement d'environ 50 millions d'euros, les investigations des juges ont considérablement avancé. Plusieurs protagonistes du dossier, dont plusieurs ex-responsables libyens, ont accrédité la thèse de versements illicites.

Ziad Takieddine persiste et signe

Le sulfureux homme d'affaires Ziad Takieddine a lui-même assuré avoir remis entre fin 2006 et début 2007 trois valises contenant 5 millions d'euros en provenance du régime de Kadhafi à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à son directeur de cabinet Claude Guéant. Sur BFMTV, il a réédité ses accusations mais répété que cet argent "n'était pas lié à la campagne présidentielle" de 2007.



"Cet argent faisait partie des accords entre les deux pays sur le contrôle des frontières maritimes, avec échanges d'informations", a précisé l'homme d'affaires, mis en examen autour de ce dossier pour complicité de corruption et complicité de diffamation. "Il y avait un devoir de former en France des équipes libyennes avant la livraison du matériel. Dans ce cadre-là, il y avait des formations à destination de quelques centaines de Libyens. Ils ont établi en France que ça allait coûter dans les cinq millions d'euros", a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy "est un vrai menteur et vous allez voir, il va passer son temps avec les juges d'instruction à dire 'non, non, non c'est pas vrai'. Tout ça pour gagner du temps, c'est sa méthode habituelle", a également lancé Ziad Takieddine sur BFMTV mercredi, assurant "dire la vérité". L'ancien chef de l'État a toujours rejeté ces mises en cause. D'autres dignitaires libyens ont démenti tout financement de la Libye de Mouammar Kadhafi, que Nicolas Sarkozy avait reçu en grande pompe à l'Élysée en 2007.



De nouveaux éléments compromettants

Ouverte notamment pour "détournements de fonds publics" et "corruption active et passive", l'enquête a été élargie en janvier à des soupçons de "financement illégal de campagne électorale", suite à un rapport de l'office anticorruption qui pointe une circulation importante d'argent liquide dans l'entourage de Nicolas Sarkozy durant la campagne 2007.

Selon Le Monde, plusieurs anciens dignitaires du régime Kadhafi auraient livré de récents témoignages confirmant les soupçons de financement illicite.

Les investigations ont aussi mis en lumière un virement de 500.000 euros perçu par Claude Guéant en mars 2008, en provenance d'une société d'un avocat malaisien. L'ex-secrétaire général de l'Élysée a toujours affirmé qu'il s'agissait du fruit de la vente de deux tableaux, sans convaincre les juges qui l'ont mis en examen notamment pour "blanchiment de fraude fiscale en bande organisée".

Les juges s'interrogent également sur la vente suspecte en 2009 d'une villa située à Mougins, sur la Côte d'Azur, à un fonds libyen. Ils soupçonnent l'homme d'affaires Alexandre Djouhri d'avoir été le véritable propriétaire de ce bien et de l'avoir cédé pour 10 millions d'euros, soit plus du double du prix du marché, ce qui aurait pu permettre de dissimuler d'éventuels versements occultes.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU