Soupçons de financement libyen : "Je ferai triompher mon honneur" (Sarkozy sur TF1)

Soupçons de financement libyen : "Je ferai triompher mon honneur" (Sarkozy sur TF1)
L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, sur le plateau du 20h de TF1 ce jeudi 22 mars.

Orange avec AFP, publié le jeudi 22 mars 2018 à 20h30

Nicolas Sarkozy a affirmé, ce jeudi 22 mars sur TF1, la "profondeur de (s)on indignation" après sa mise en examen dans l'enquête sur les soupçons de financement libyen lors de sa campagne électorale de 2007. Selon l'ancien chef de l'État, "il n'y a que la haine, la boue, la médiocrité et la calomnie" dans cette affaire.

Nicolas Sarkozy contre-attaque.Sur le plateau du Journal télévisé de 20h de TF1, l'ancien président a assuré qu'"aucun élément nouveau n'a été produit" contre lui lors de sa garde à vue.

"Je n'avais (jusqu'alors) connaissance d'aucun élément puisque je n'avais pas accès au dossier", a expliqué l'ex-président de la République, en assurant avoir répondu aux questions des enquêteurs "sans avoir jamais été mis, à un moment, en difficulté".

"Je ne suis pas au dessus des lois, mais je ne suis pas en dessous"

"Je ne suis pas venu ici pour faire de la politique, mais pour dire aux Français que je n'ai jamais trahi leur confiance (...) La politique, c'est fini, mais la France, ce ne sera jamais fini", a-t-il ajouté. "Les faits remontent à 10 ans. L'enquête a commencé il y a 5 ans. Je ne me suis jamais soustrait aux obligations de la justice. Je ne suis pas au dessus des lois, mais je ne suis pas en dessous", a ajouté l'ancien président de l'UMP.

"Quel est le candidat a eu sa campagne mise au laser comme moi ?", a-t-il également questionné. "Je suis blessé au plus profond de moi-même, pas pour moi, mais pour mon pays. On n'a pas le droit de jeter des gens dans la boue parce que des assassins l'ont voulu. Je ne peux pas laisser faire ça (...) C'est la France, c'est la fonction (présidentielle) qui est en cause (...) et je ferai triompher mon honneur", a déclaré l'ancien président de la République.



"J'ai été interrogé sur 38 000 euros (...) pas sur 50 millions", a-t-il également précisé, remettant en cause les chiffres "ubuesques" avancés par les proches de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi et Mediapart. L'ex-président a également tendu sur le plateau un procès verbal de synthèse, expliquant qu'"il existe une forte probabilité que le document produit par Mediapart soit un faux".



Le site d'information dirigé par Edwy Plenel avait publié entre les deux tours de la présidentielle de 2012 un document libyen accréditant un financement d'environ 50 millions d'euros, dont Nicolas Sarkozy et ses soutiens ont constamment affirmé qu'il s'agissait d'un faux.

"On ne peut pas dire que les indices soient concordants"

L'ancien président, 63 ans, qui fut l'un des artisans de la chute du dictateur Mouammar Kadhafi, tué en 2011 par les rebelles libyens, avait été placé en garde à vue mardi et mercredi dans les locaux de l'office anticorruption (Oclciff) à Nanterre, près de Paris. Dans cette affaire hors norme, des indices troublants accréditent les soupçons, en l'absence de preuve irréfutable.



Si les juges d'instruction ont décidé de mettre l'ex-président de la République en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens", c'est qu'ils estiment qu'il existe des "indices graves et concordants" à son encontre. "On ne peut pas dire qu'ils soient concordants puis qu'aucun membre de la bande de Kadhafi ne fournit les même chiffres", a répliqué Nicolas Sarkozy ce jeudi soir sur TF1.

"J'ai déjà beaucoup payé pour cette affaire"

"Je suis accusé sans aucune preuve matérielle par les déclarations de Monsieur Kadhafi, de son fils, de son neveu, de son cousin, de son porte-parole, de son ancien Premier ministre et par les déclarations de Ziad Takieddine (l'intermédiaire franco-libanais, ndlr) dont il est avéré à de multiples reprises qu'il a touché de l'argent de l'État libyen", aurait plaidé l'ancien président mercredi devant le juge le juge Serge Tournaire selon des propos reproduits sur le site du Figaro.



"Depuis le 11 mars 2011, je vis l'enfer de cette calomnie", aurait-il également déclaré, expliquant avoir "déjà beaucoup payé pour cette affaire" sur le plan politique : "j'ai perdu l'élection présidentielle de 2012 à 1,5% (face à François Hollande, ndlr). La polémique lancée par Kadhafi et ses sbires m'a coûté ce point et demi".

Depuis la révélation d'une note par Mediapart en 2012, attribuée à l'ex-chef des services secrets extérieurs libyens, les investigations ont progressé, mais se heurtent à l'absence de preuves formelles. Les juges disposent, d'une part, des témoignages d'anciens dignitaires libyens et de l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, et, d'autre part, d'indices en lien avec des transactions suspectes qui accréditent la thèse d'un financement libyen.



Les juges ont-il obtenu de nouveaux éléments issus d'investigations internationales ? Selon Le Monde, plusieurs anciens responsables du régime déchu de Mouammar Kadhafi ont livré de nouveaux éléments à la justice ces dernières semaines. En septembre 2017, un rapport des policiers anti-corruption de l'Oclciff a également révélé l'"ampleur de la circulation d'espèces" dans l'entourage du candidat Sarkozy pendant sa campagne victorieuse, conduisant à élargir l'enquête à des soupçons de "financement illégal de campagne électorale".

Éric Woerth, trésorier de la campagne, et son adjoint, Vincent Talvas, ont assuré qu'il s'agissait de récompenser les membres de l'équipe, via des enveloppes contenant de 200 à 2.000 euros. Interrogés sur l'origine des fonds, ils soutiennent qu'ils proviennent de dons anonymes par courrier, une explication "captieuse" pour les enquêteurs, démentie par d'autres témoignages.



Éric Woerth avait précisé "avoir fait le choix de ne pas informer le candidat ni son directeur de campagne de cette circulation d'espèces". Les juges pourraient avoir fait le rapprochement avec les sommes qui, selon d'anciens dignitaires libyens et le sulfureux Ziad Takieddine, auraient été remises à Nicolas Sarkozy et à son entourage. En novembre 2016, Ziad Takieddine avait affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 cinq millions d'euros à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à Claude Guéant, son directeur de cabinet à l'époque.

"Takieddine n'est jamais venu à l'Élysée. C'est une ignominie de prétendre qu'il est venu", a répondu Nicolas Sarkozy sur TF1. "Il a menti plusieurs fois, j'ai des preuves. Il affirme m'avoir croisé le 27 janvier 2011 et m'avoir donné une valise. Il n'a pas de chance : j'ai la preuve que je n'étais pas à Paris ce jour-là".

"Mes agendas ont été saisis par la justice au moment de l'affaire Bettencourt. On n'a pas retrouvé la moindre trace d'un rendez-vous avec ce Monsieur Takieddine", a-t-il poursuivi. "Il dit avoir rencontré mon directeur de cabinet dans son bureau au 1er étage du ministère de l'Intérieur. Le bureau est au rez-de-chaussée".

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