Soins aux migrants : "Quel est le message que nous envoyons?", déplore une députée LREM

Soins aux migrants : "Quel est le message que nous envoyons?", déplore une députée LREM
Un camp de migrants, porte de la Chapelle, à Paris (illustration)

, publié le jeudi 07 novembre 2019 à 17h43

Plusieurs élus de la majorité ont signé une tribune dénonçant le durcissement de l'accès aux soins des migrants souhaité par le gouvernement dans son "plan immigration". La députée du Bas-Rhin Martine Wonner a pris la parole à l'Assemblée nationale, s'interrogeant sur le bien-fondé de ces mesures.

L'Assemblée nationale a commencé ce jeudi 7 novembre à voter les mesures soutenues par le gouvernement au sujet des soins accordés aux demandeurs d'asile. Dans le cadre de ces débats, onze députés LREM ont co-signé une tribune pour s'opposer aux modifications prévues par l'exécutif sur l'aide médicale d'Etat (AME), plaidant pour ne pas céder "à l'urgence et à la facilité".

"Nous ne pouvons laisser croire que réduire cette aide aux dépens de la santé des plus vulnérables soulagerait notre système de solidarité nationale", plaident les signataires parmi lesquels figurent Martine Wonner, Jean-François Cesarini ou encore Sonia Krimi, membres du "collectif social démocrate", à l'aile gauche au sein de la majorité.



"Aujourd'hui, seules 12% des personnes susceptibles de pouvoir bénéficier de l'aide médicale d'Etat en bénéficient", a argumenté Martine Wonner à l'Assemblée nationale, plaidant pour "continuer la politique de 'l'aller vers'". "Cette politique nécessite des moyens. L'aide médicale d'Etat est le milliard le plus scruté des dépenses publiques de santé", affirme t-elle, avant de dénoncer le "coup de rabot" sur l'AME. "On parle de quoi? De 15 millions d'euros ! Quel est le message que nous envoyons?", a t-elle demandé à la tribune de l'Assemblée nationale. "N'évaluons pas par anticipation! En diminuant de 15 millions, nous anticipons sans avoir évalué, sans avoir contrôlé", déplore t-elle.
La tribune des députés "marcheurs" a été transmise alors que l'Assemblée a entamé les débats sur le budget Santé pour 2020. Le gouvernement a prévu des amendements pour tirer les conséquences des mesures dévoilées mercredi sur l'immigration. Sur l'AME, destinée à permettre l'accès aux soins des personnes en situation irrégulière, un amendement propose notamment un délai de trois mois avant l'accès à certains soins. "L'introduction d'un délai de carence retardant l'ouverture des droits pour l'accès à la protection universelle maladie des demandeurs d'asile ou encore l'instauration d'une entente préalable visant à encadrer voire limiter l'accès à certains soins médicaux pour les personnes en situation irrégulière sont des réponses administratives à des questions de santé publique", écrivent ces "marcheurs". "Députés de la majorité, nous nous attachons à l'efficacité des dispositions votées et à l'amélioration des services rendus à la population: sur ce sujet, nous craignons de ne pas répondre à ces deux impératifs", poursuivent-ils.

Ne pas légiférer "dans l'urgence"

"Si nous devons contribuer à redéfinir, dans une époque qui change, ce que doit être l'immigration, nous, députés de la Nation, refusons de le faire en laissant croire qu'elle serait uniquement un poids pour notre pays, ou encore que la fraude y serait la règle", ajoutent-ils, déplorant des mesures qui "compliquent l'accès aux soins de personnes en situation de très grande précarité". Ils plaident pour ne pas légiférer "dans l'urgence", estimant que l'émotion "ne saurait guider à outrance nos travaux sur des sujets si sensibles alors que nous avons entre nos mains les destins souvent déjà meurtris de milliers de femmes, d'hommes, et d'enfants qui ne demandent qu'à survivre". Mercredi, Jean-François Cesarini avait indiqué qu'en l'absence d'inflexion lors de l'examen des amendements du gouvernement, plusieurs élus voteraient contre.

Les autres signataires de la tribune sont Albane Gaillot, Jennifer de Temmerman, Delphine Bagarry, Marion Lenne, Hubert Julien-Laferriere, Jean-François M'Baye, Pierre-Alain Raphan et Nathalie Sarles.
 

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