SNCF et grogne sociale : Macron a-t-il plié le match ?

SNCF et grogne sociale  : Macron a-t-il plié le match ?
La réforme de la SNCF est en passe d'être adoptée au Sénat, alors que la mobilisation dans la rue faiblit. Emmanuel Macron semble avoir réussi son pari.
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leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 07h50

Le 13e épisode de grève à la SNCF s'achève ce lundi matin. Ce long mouvement n'a jamais permis de basculer le rapport de force avec l'exécutif. Récit d'un bras de fer stratégique en coulisses.

Surtout ne pas crier victoire. Certes, la mobilisation des cheminots faiblit, le projet de loi sur la réforme ferroviaire sera voté mardi au Sénat, mais le gouvernement la joue... profil bas. « Dans cette affaire il n'y a pas de gagnant, il n'y a pas de perdant », jure ses grands dieux un visiteur du soir qui a l'oreille du président. « Si on totalise le nombre de jours de conflit, c'est quand même une grève encore plus longue que celle de 1995 ! Et il est très important que l'on rappelle que le mouvement dure encore », renchérit un conseiller ministériel, soucieux de ne pas humilier les syndicats.

Le triomphalisme a beau être proscrit, l'exécutif, n'en demeure pas moins convaincu qu'il est sur le point de remporter son premier gros bras de fer avec les syndicats, après le tour de chauffe de septembre sur la loi Travail. Le tout sans avoir essuyé la tempête sociale tant redoutée dans la rue.

Après la SNCF, il a déjà de nouveaux horizons en tête, dont la très périlleuse réforme des retraites en cours de lancement. « Il n'y a jamais eu cette volonté de faire de la SNCF la réforme totémique qui permettrait toutes les autres », assène un proche conseiller d'Emmanuel Macron. À voir. Car en s'attaquant à l'entreprise publique, le gouvernement jouait à quitte ou double. « Si cette réforme fonctionne, cela va nous permettre de reconstruire du capital politique pour en faire d'autres », avoue un familier du chef de l'État.

« Nous n'avons plus les moyens de tenir deux mois de grève reconductible »

Dès la mise sur orbite de l'explosif chantier ferroviaire en février, Matignon a eu les yeux rivés sur les sondages, car le soutien des Français était la clé », décrypte un député LREM. La bataille de l'opinion a concentré l'essentiel des efforts, ou presque. « Notre conviction était qu'il y a une majorité silencieuse qui veut qu'on transforme le pays », se souvient Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement.

Une majorité silencieuse, mais aussi des syndicats vents debout. « Quand on a lancé la réforme, Guillaume Pepy (NDLR : le président de la SNCF) nous a prévenus : Vous ferez face à un mouvement social majeur », se rappelle un conseiller ministériel. L'exécutif table alors sur une grève reconductible classique qui s'essoufflerait assez rapidement... Raté.

Les fédérations de cheminots optent pour un mouvement inédit, la grève perlée. « Là, je me suis dit danger : avec ce type d'action les usagers n'ont pas vraiment mal », témoigne Jean-Baptiste Djebbari, le rapporteur LREM de la réforme à l'Assemblée. Un atout dans la manche des syndicats dégainé au bon moment ? Pas vraiment, car si cette option a été retenue, c'est avant tout par défaut : « Soyons honnêtes, nous n'avons plus les moyens de tenir deux mois de grève reconductible, lâche, dépité, un responsable de la CGT cheminots. Au maximum, on tient quinze jours et encore... »

Une approche « blitzkrieg »

Quant à la méthode choisie, elle a déjà fait ses preuves : diagnostic (le rapport Spinetta qui décrit la gravité de la situation dans l'entreprise publique), lignes rouges fixées à l'avance et non négociables (la fin annoncée du statut des cheminots), discours constant de l'exécutif. Le tout mené en mode TGV pour étourdir les syndicats : « Il n'y a pas eu de surprise. Depuis le début, on dit qu'on ira jusqu'au bout », souligne Benjamin Griveaux. La méthode « vous discutez, je décide », comme l'avait résumé sèchement Laurent Berger de la CFDT. Sauf qu'au fil des discussions, le gouvernement a aussi mis de l'eau dans son vin, se résolvant à « traiter » les syndicats réformistes comme au temps de François Hollande.

Cette approche « blitzkrieg » a-t-elle permis d'éviter de nourrir la convergence des luttes à l'université, dans les Ephad ou chez les fonctionnaires ? À aucun moment, du moins officiellement, le gouvernement n'y a cru, « faute de revendications claires et de débouchés politiques », comme le souligne un intime du président. Jean-Luc Mélenchon qui espérait tirer les marrons du feu reste pour l'instant sur sa faim. « Il porte une colère au nom de gens qu'il ne connaît pas, qu'il ne comprend pas. Ce n'était pas les quartiers populaires qui étaient le 5 mai à la Fête à Macron. Eux, ils ont pris la grève de plein fouet », persifle Benjamin Griveaux...

Point de « coagulation » donc... Mais le gouvernement aurait tort d'y voir un blanc-seing pour la suite. « On jouit d'une météo sociale extrêmement favorable », reconnaît-on d'ailleurs à Matignon. Un an après l'élection d'Emmanuel Macron, les Français attendent encore de voir. Si les Français ne descendent plus dans la rue, ils sont circonspects, voire, mécontents. En attestent les derniers sondages où la cote de popularité du président et du Premier ministre ne cessent de s'effriter.

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