Selon Collomb, «les migrants font du benchmarking» pour évaluer dans quel pays tenter leur chance

Selon Collomb, «les migrants font du benchmarking» pour évaluer dans quel pays tenter leur chance
Selon Gérard Collomb, « les migrants font un peu de benchmarking pour regarder les différentes législations à travers l'Europe qui sont les plus fragiles »

leparisien.fr, publié le mercredi 30 mai 2018 à 20h37

C'est ce que le ministre de l'Intérieur a expliqué en pleine commission des lois du Sénat sur son projet de loi asile et immigration.

C'est un anglicisme façon Macron. Et peut-être même une gaffe, dont le président lui-même n'est pas avare. Ce mercredi au Sénat, Gérard Collomb a estimé en pleine Commission des lois sur son projet Asile et Immigration que les migrants faisaient du «benchmarking» pour choisir leur terre d'asile. Un terme utilisé dans le marketing pour désigner les études comparatives faites avant, par exemple, de lancer un produit sur le marché.

Loin de réaliser que la petite phrase défriserait les défenseurs de ces hommes et femmes qui quittent parfois la guerre et la famine dans leur pays, le ministre de l'Intérieur a doctement développé son propos. «Le Sénat aime beaucoup comparer les différentes législations européennes. Et je vous le dis, il n'y a pas que le Sénat qui fait du benchmarking, les migrants aussi ! (...) Ils font un peu de benchmarking pour regarder les différentes législations à travers l'Europe qui sont les plus fragiles. Telle nationalité, que je ne citerai pas, se dirige plutôt vers tel pays, non pas parce qu'elle est plus francophile, mais tout simplement parce que là, c'est plus facile», a-t-il assuré devant les sénateurs.

Et Gérard Collomb de citer un exemple de supposée comparaison du droit entre la France et le pays d'Angela Merkel : «En Allemagne, des nationalités où en France on peine à traiter en 3 ans, sont traitées en 2 semaines. Les gens comparent un peu et se disent Bah, on va aller dans tel pays

« Shopping, benchmark... C'est inadmissible ! »

Le ministre de l'Intérieur répondait ainsi à une question du président (LR) de la commission des lois, Philippe Bas, sur l'efficacité de l'allongement du délai de rétention administrative des déboutés du droit d'asile, de 45 à 90 jours, prévu par le projet de loi de Gérard Collomb. Et comme le rappelle la chaîne Public Sénat, sa réponse n'est pas sans rappeler celle de la ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, début mai. À une question de la sénatrice EELV de Paris Esther Benbassa sur un jeune homme originaire du Soudan entré en Europe par l'Italie avant de rejoindre la France, la ministre avait analysé que « quand on vient du Darfour, on peut décider de faire du shopping de l'asile et qu'on sera mieux en Suède qu'en Italie ». De quoi provoquer de vifs débats au Palais du Luxembourg. « L'expression n'est pas heureuse », avait ensuite reconnu Nathalie Loiseau.

Et c'est encore la sénatrice écolo Esther Benbassa qui ce mercredi a souligné la maladresse. Selon elle, « entendre tout ça est inadmissible » Elle a également rappelé l'expression de Nathalie Loiseau qui « avait fait une mauvaise traduction, parce qu'en anglais asylum shopping ne veut pas dire shopping comme chez nous (mais le dépôt de plusieurs demandes d'asile par une même personne, ndlr). On utilise des mots qui sont vraiment inadmissibles pour parler de ces humains qui sont dans les rues (...) C'est un shopping meurtrier la France ! » a-t-elle dénoncé. « Il faut arrêter d'avoir ce langage technocratique : shopping, benchmark. Arrêtons ! »

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