Sécurité : Emmanuel Macron écorche l'ONU et plaide pour une "Europe forte"

Sécurité : Emmanuel Macron écorche l'ONU et plaide pour une "Europe forte"
Emmanuel Macron, au siège des Nations Unies, en septembre 2019

, publié le lundi 16 novembre 2020 à 11h50

En septembre dernier, le président de la République avait déjà appelé la communauté internationale à ne pas être réduite au rang de "spectatrice désolée" de la rivalité entre Washington et Pékin.

Face à l'omniprésence des Etats-Unis et de la Chine sur la scène internationale, Emmanuel Macron a appelé à "moderniser" les structures de coopération internationale, égratignant au passage le fonctionnement des Nations Unies. Dans un long entretien accordé au site Le Grand Continent, le chef de l'Etat souligne qu'il faut "acter que les cadres de la coopération multilatérale sont aujourd'hui fragilisés, parce qu'ils sont bloqués". 


"Je suis obligé de constater que le Conseil de sécurité des Nations Unies ne produit plus de solutions utiles aujourd'hui ; nous sommes tous coresponsables quand certains deviennent les otages des crises du multilatéralisme, comme l'OMS par exemple", ajoute-t-il.

A l'exception d'une visioconférence en avril, le Conseil de sécurité, dont les cinq membres permanents sont les Etats-Unis, la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Russie, est resté silencieux face à la crise du Covid-19, la plus grave crise sanitaire connue depuis la Seconde Guerre mondiale. Le président Donald Trump a parallèlement accusé l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) d'être trop proche de la Chine et son administration a entamé les procédures pour retirer les Etats-Unis de l'organisation onusienne.

Face à ce contexte, "le cap", pour Emmanuel Macron, est "de renforcer et structurer une Europe politique" parce que "si on veut qu'il y ait de la coopération qui se crée, il faut que des pôles équilibrés puissent structurer cette coopération, autour d'un nouveau multilatéralisme, c'est-à-dire d'un dialogue entre les différentes puissances pour décider ensemble".

"Désaccord profond" avec le ministre allemand de la Défense

Pour lui, l'affirmation d'"une Europe forte" est "la seule possibilité pour imposer nos valeurs, pour éviter le duopole sino-américain, la dislocation, le retour de puissances régionales hostiles". Lors de son discours devant l'Assemblée générale de l'ONU en septembre, Emmanuel Macron avait déjà appelé la communauté internationale à ne pas être réduite au rang de "spectatrice désolée" de la rivalité entre Washington et Pékin.

Par ailleurs, Emmanuel Macron se dit "en désaccord profond" avec la tribune publiée sur le site Politico Europe par la ministre de la Défense allemande Annegret Kramp-Karrenbauer, selon laquelle "les illusions d'autonomie stratégique européenne doivent prendre fin: les Européens ne pourront pas remplacer le rôle crucial de l'Amérique en tant que fournisseur de sécurité".

"Je pense que c'est un contresens de l'Histoire. Heureusement, la chancelière (Angela Merkel) n'est pas sur cette ligne si j'ai bien compris les choses", réagit le président.  Selon lui, "les États-Unis ne nous respecteront en tant qu'alliés que si nous sommes sérieux avec nous-mêmes, et si nous sommes souverains avec notre propre défense". 



"Je pense donc que le changement d'administration américaine est une opportunité de continuer de manière totalement pacifiée, tranquille, ce que des alliés entre eux doivent comprendre: nous avons besoin de continuer à bâtir notre autonomie pour nous-mêmes, comme les États-Unis le font pour eux, comme la Chine le fait pour elle", détaille-t-il.

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