Sébastien Jumel, le communiste qui veut mener la gauche normande mais crispe chez EELV

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Le député communiste Sébastien Jumel à l'Assemblée nationale, le 5 novembre 2019 à Paris
Le député communiste Sébastien Jumel à l'Assemblée nationale, le 5 novembre 2019 à Paris
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© AFP, Thomas SAMSON

publié le dimanche 06 juin 2021 à 12h30

Il est aussi "sympa" en privé qu'il peut être "cinglant" face à ses adversaires politiques: le député PCF de Dieppe Sébastien Jumel se rêve en leader de la gauche en Normandie mais crispe EELV lorsqu'il plaide pour des réacteurs nucléaires EPR ou vote contre l'interdiction immédiate du glyphosate.

"C'est quelqu'un qui réussit. Il a conservé une circonscription qui n'était pas facile. Il a conquis Dieppe (...) J'ai des copains à Dieppe qui ne votent pas communiste à d'autres élections mais ils aiment leur député", estime la socialiste Mélanie Boulanger, tête de liste PS-EELV aux élections régionales des 20 et 27 juin, après l'échec d'une fusion avec la liste PCF-LFI menée par Sébastien Jumel. 

Le député de 49 ans, qui est un des trois porte-parole communistes à l'Assemblée nationale, entendait garder la tête de liste.

Mais les écologistes bouillonnent face à un homme qui plaide pour la construction de deux EPR supplémentaires en Normandie, s'oppose au projet de parc éolien au large de Dieppe, a combattu la fermeture de la centrale à charbon au Havre, voté en 2018 contre l'arrêt immédiat du glyphosate, après avoir, en vain, plaidé en 2009 pour l'implantation d'une usine d'engrais Seveso dans sa ville.

"Comment voulez-vous expliquer à des militants qui se sont battus" pour toutes ces causes "qu'on devrait se ranger derrière quelqu'un qui porte des idées contraires" avec ces "combats d'arrière-garde", s'exclame Jean-Michel Bérégovoy adjoint EELV au maire PS de Rouen.

Frédéric Weisz, l'un des trois élus EELV de la majorité PCF à la mairie de Dieppe, tempère. "Sébastien Jumel sait écouter ses enfants quand ils lui parlent d'écologie". "C'est quelqu'un d'impétueux mais fidèle, extrêmement travailleur", assure l'élu.

"Il y aura un rassemblement (au second tour). Moi, je fais le pari que je serai le premier à gauche", à l'issue du premier tour, martèle Sébastien Jumel, 1,87 m, tignasse grisonnante.

Ce fils de communistes a "poussé dans un milieu ouvrier modeste où on ne manquait de rien", aux côtés de trois grands frères, à Gonfreville-L'Orcher, où se trouve la plateforme pétrochimique du Havre.

Ce surfeur fumeur arrive à Dieppe en 1994 avec entre autres un DEA de droit public décroché à Aix-en-Provence. Le jeune homme démarre ainsi sa carrière aux côtés de Christian Cuvilliez, maire PCF et futur député de Dieppe condamné en 2003 pour emplois fictifs.

- "Extrêmement présent" -

En 2002, M. Jumel commence par faire basculer un canton dieppois de droite. "Je fais la ville en long en large et en travers. Aucun foyer ne m'échappe. J'écoute. J'établis des relations personnelles avec les habitants. J'organise des conférence de presse dans les cages d'escalier et je suis élu", explique le député à l'AFP.

"C'est un élu extrêmement présent, extrêmement attentif", reconnaît André Gautier, conseiller municipal LR depuis 2008 et vice-président du conseil départemental, même si il peut être aussi "méprisant" pour ses adversaires en conseil municipal qu'il est "accessible et agréable" avec eux en dehors de l'arène. L'intéressé admet pouvoir être "cinglant".

Allié aux écologistes et au PS, il reconquiert Dieppe en 2008. La ville avait basculé à droite en 2001 après 30 ans de communisme. Il en demeurera maire jusqu'à son élection comme député en 2017 après avoir dépassé de justesse au premier tour le député européen FN Nicolas Bay, aujourd'hui tête de liste aux régionales.

Entre temps, il est battu en 2015 aux départementales et il connaît un premier mandat municipal très houleux, marqué par une rupture en 2013 avec le PS.

Le président de Région PS Alain "Le Vern savonnait la planche de Sébastien Jumel" via des élus PS de Dieppe, assure M. Weisz. Le PS de Dieppe n'a pas souhaité s'exprimer.

"Son intention, ce n'est pas forcément les régionales. C'est dans le PCF. C'est de notoriété assez publique qu'il est pas très copain avec Fabien Roussel. J'espère que les Normands ne feront pas trop les frais d'une ambition personnelle", avance toutefois Mélanie Boulanger.

Certains au PCF le citent comme un successeur potentiel au secrétaire national du parti. 

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