Réunion non-mixte : la polémique qui divise la gauche

Réunion non-mixte : la polémique qui divise la gauche
Audrey Pulvar, candidate PS pour les régionales en Île-de-France, en février 2019.

publié le lundi 29 mars 2021 à 14h10

Certains y voient des espaces pour "partager en confiance ces discriminations", quand d'autres les considèrent comme "un naufrage politique et intellectuel".

La candidate PS pour les régionales en Île-de-France, Audrey Pulvar, a fait rebondir ce week-end la polémique sur les réunions non-mixtes, polémique qui divise sa famille politique.

Plusieurs personnalités de la gauche et de l'écologie ont pris lundi 29 mars la défense de l'adjointe à la mairie de Paris, mais avec des nuances notables.



Interrogée sur BFMTV sur le débat provoqué par le syndicat étudiant Unef dont la présidente, Mélanie Luce, avait défendu l'organisation de réunions non-mixtes pour "permettre aux personnes touchées par le racisme de pouvoir exprimer ce qu'elles subissent", Audrey Pulvar a déclaré : "Que des personnes discriminées pour les mêmes raisons et de la même façon sentent la nécessité de se réunir entre elles pour en discuter, ça ne me choque pas profondément." "S'il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n'est pas question de la ou le jeter. En revanche, on peut lui demander de se taire, d'être spectateur ou spectatrice silencieux", a-t-elle ajouté. 

Son "expression est très maladroite" mais "considérer qu'Audrey Pulvar puisse être raciste, c'est totalement aberrant", a souligné le député européen EELV Yannick Jadot sur France Inter qui, sans s'opposer aux "groupes de parole", insiste sur la nécessité de "sortir de la non-mixité" dès qu'on passe à la "délibération". "Ce n'est pas possible que dans ce pays, on ne puisse plus débattre en respectant le concurrent ou le contradicteur", a-t-il aussi déploré à propos des vifs échanges à gauche sur l'Unef et les réunions non-mixtes.


"Je défends l'Unef et j'appelle la gauche et les écologistes à ne pas se laisser entraîner dans les débats de l'extrême droite dont personne ne sera vainqueur", a averti le maire EELV de Grenoble Eric Piolle sur BFMTV, en utilisant une image colorée : "Ne vous battez pas avec un cochon, vous finirez tous les deux dans la boue et lui aime ça !" Pour l'élu, "il y a trois étapes dans la lutte contre les discriminations". La première correspond aux réunions non-mixtes : "Les gens victimes de discrimination, on peut comprendre qu'ils aient besoin d'un espace où ils peuvent partager en confiance ces discriminations." "La deuxième étape, c'est le partage de ce vécu de discrimination avec ceux qui ne les vivent pas. Ça devient un sujet collectif qui n'est pas limité à un tout petit nombre", a-t-il poursuivi. "Troisièmement, on développe un plan d'action", a-t-il achevé.

"N'inversons pas les choses : Mme Pulvar n'est pas raciste", a abondé le député LFI Alexis Corbière sur Cnews. "Le fond du problème ce ne sont pas les propos d'Audrey Pulvar, c'est le racisme, la discrimination dans ce pays, le sexisme aussi". "Je ne suis pour aucune réunion décisionnelle ou de réflexion qui serait fermée à qui que ce soit. Là on parle de groupes de parole, pour libérer la parole de celles et ceux qui sont victimes de discriminations", a-t-il expliqué.


Dans la majorité, la député LREM Aurore Bergé a été "interloquée" par les propos de la candidate PS. Mais "on ne va pas accuser Audrey Pulvar de racisme, ou alors on devient tous fous dans ce pays", a-t-elle mis en garde sur Public Sénat en appelant à "retrouver notre calme sur ces sujets". "La force d'une République qui se veut universelle est d'accepter de porter des combats, même si on ne les vit pas nous-mêmes", a-t-elle souligné.


L'ancien Premier ministre Manuel Valls a pris moins de pincettes. "C'est un naufrage politique et intellectuel. C'est un renoncement à se battre précisément pour ces valeurs universelles", a-t-il déploré sur Europe 1, car selon lui, "ces réunions racialisées légitiment le concept de race". "Pour lutter contre le racisme, il faut être noir ou d'une couleur ? Pour lutter contre l'antisémitisme, il faut être Juif ? Pour lutter contre les inégalités que subissent les femmes, les hommes ne peuvent pas parler ? Non", a-t-il souligné. 


Pour sa part le patron du PCF Fabien Roussel sur France 2 a critiqué des "réunions segmentées selon la couleur de sa peau, sa religion ou son sexe" qui "divise le combat alors qu'en face la finance est unie", plaidant pour "l'universalisme des luttes".
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.