Retraites : les débats en commission virent au pugilat

Retraites : les débats en commission virent au pugilat
Adrien Quatennens dénonce les "leçons de démocratie" de la majorité (illustration)

, publié le jeudi 06 février 2020 à 08h33

Entre "invectives" et "leçons de démocratie", majorité et opposition s'opposent sur les milliers d'amendements déposés dans le cadre de la réforme des retraites. 

La nouvelle soirée de débats en commission sur la réforme des retraites ont été marqués, ce mercredi 5 février, par une poussée de tension entre les députés Insoumis et la majorité, après des heures de discussions au ralenti. Au troisième jour d'examen en commission spéciale, les élus de La France insoumise ont continué à chercher inlassablement à "dépecer" le texte, selon les termes de Clémentine Autain.

LFI en tête, l'opposition a dit "assumer" sa stratégie d'obstruction parlementaire, qui se concrétise dans les faits par quelque 19.000 amendements déposés par le parti de Jean-Luc Mélenchon, sur un total de 22.000.

 "Remballez vos leçons de démocratie!"

En face des Insoumis présents en nombre, Olivier Véran (LREM) a notamment souligné qu'ils avaient choisi "l'arme d'obstruction massive", ajoutant: "Nous encaissons sans coup férir depuis maintenant trois jours".

Ce dernier avait déjà, il y a quelques jours dénoncé une pratique qu'il assimilait à du "zadisme législatif". Le co-rapporteur Nicolas Turquois (MoDem) a quant à lui fait valoir qu'il était "plus facile de détruire que de construire", tançant des amendements qui visent à supprimer les dispositions du texte "ligne à ligne" et y voyant "le degré zéro du travail parlementaire".

"On n'est pas des enfants !"

Après de nouvelles critiques dans la majorité sur la qualité du débat, Adrien Quatennens (LFI) a haussé le ton: "nous ne faisons que relayer une colère majoritaire dans le pays", "de grâce remballez définitivement vos leçons de démocratie!". "Tout le monde se calme", a alors lancé dans le brouhaha Brigitte Bourguignon, présidente de la commission, avant de suspendre la séance. A la reprise, la tension restait palpable, Mme Bourguignon invitant les députés à cesser les "invectives" et à revenir au débat, ajoutant que siéger, ce n'est pas "assiéger une commission".

Le député insoumis François Ruffin a quant à lui rappelé que la pratique de l'opposition n'est pas inédite dans l'histoire parlementaire. "On n'est pas les premiers! On estime que c'est un débat essentiel. La droite l'a fait sur d'autres textes, en d'autres temps!". "Sur un texte comme celui-là, c'est pas deux semaines de commission et deux semaines d'hémicycle qu'on devrait avoir. C'est le changement du contrat social pour l'ensemble des Français!", a t-il dénoncé.



"La responsabilité, elle est dans le camp de la majorité!", a t-il encore ajouté.


"Nous allons de pire en pire, je ne vois pas comment on peut sortir la tête haute de cette commission", a commenté pour sa part Eric Woerth (LR). "On voit bien qu'on arrivera pas au bout" de l'examen du texte et "il faudra faire un choix sur le fait de continuer ou pas cette mascarade", a-t-il ajouté. Comme d'autres à gauche, Boris Vallaud (PS) a jugé lui aussi "vraisemblable" que la commission n'arrive pas au bout, ce qui implique que l'examen en séance à partir du 17 février se fera à partir des versions déposées par le gouvernement. 


Les communistes ont réclamé de leur côté dans un courrier adressé par leur chef de file André Chassaigne à Richard Ferrand (LREM) un "report de l'examen" dans l'hémicycle, Sébastien Jumel affirmant que cela permettrait à la commission de siéger "jusqu'à ce que mort s'ensuive"... Malgré des débats nourris sur le caractère universel ou non de la réforme, la situation des fonctionnaires ou encore des avocats, pas un seul amendement n'a été adopté ni dans l'après-midi ni dans la soirée.

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