République en Marche : le manque de démocratie décrié à l'intérieur du parti

République en Marche : le manque de démocratie décrié à l'intérieur du parti
La présidente de La République en Marche !, Catherine Barbaroux, le 8 juillet 2017 à Paris.

Orange avec AFP, publié le samedi 29 juillet 2017 à 12h37

Discipline de fer, fonctionnement trop "pyramidal", candidatures imposées... De plus en plus de voix s'élèvent au sein de la République en Marche (REM) pour s'opposer au "verrouillage" mis en place au sein du parti présidentiel.

Alors que les "marcheurs" ont jusqu'à dimanche pour voter sur les nouveaux statuts du parti, le collectif la "Démocratie en marche" les conteste en justice, estimant qu'ils "cantonnent les adhérents à un rôle de supporteur et les excluent de la gouvernance, aussi bien locale que nationale".

"On a des statuts formidablement pyramidaux", qui ont été prétendument "co-construits" par les adhérents, mais cela n'est "pas vrai", fustige leur porte-parole, Rémi Bouton. Le tribunal de grande instance de Créteil doit trancher mardi, jour de la publication des résultats du scrutin.

CONTRAIRE AUX PROMESSES D'EMMANUEL MACRON

Ces plaignants ont reçu l'appui de la présidente de Cap21 Corinne Lepage, soutien d'Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle. "On a des statuts où les marcheurs sont quasiment privés de tout pouvoir. Cela n'est pas conforme à ce qu'on a proposé", affirme l'avocate. Même réserve du côté du député REM François-Michel Lambert. "Je ne voterai pas pour les statuts", assure l'ex-écologiste à l'AFP, pointant une forme de "précipitation". Au niveau local, "il y a de la grogne, on ne peut pas le nier", observe-t-il.

Selon le texte soumis au vote des marcheurs, le principal organe de décision de la REM sera le "Conseil", chargé d'élire la majorité des membres du bureau exécutif du parti et de déterminer ses principales orientations politiques. Il sera composé aux trois quarts de membres de droit ou désignés par la direction (ministres REM, élus, référents...) et pour un dernier quart d'adhérents tirés au sort. "La République en marche sera le seul mouvement en France où les adhérents seront représentés directement au sein de sa principale instance nationale", vante le parti.

"C'est archi-faux", proteste le conseiller national MoDem et adhérent REM François-Xavier Pénicaud. "Ce serait au contraire pratiquement le seul mouvement politique en France où aucun des membres du Conseil national n'est l'émanation d'un vote des adhérents", s'est-il insurgé sur Facebook, en incitant ses "amis marcheurs" à voter contre les statuts.

VERS DES LISTES DISSIDENTES AUX SÉNATORIALES ?

Autres griefs de certains "marcheurs" : l'absence de processus électif pour désigner les référents territoriaux du mouvement (ils sont nommés par le bureau exécutif) et les candidats REM aux élections. Des listes dissidentes pourraient ainsi voir le jour aux sénatoriales, comme dans le Pas-de-Calais où des "Marcheurs en colère" protestent contre l'investiture du sortant Jean-Marie Vanlerenberghe. Le collectif des Marcheurs en colère, qui revendique plus de 8.000 membres, tiendra une conférence de presse la semaine prochaine, selon sa porte-parole Tiphaine Beaulieu.

Interrogé par l'AFP, l'avocat Jean-Pierre Mignard, qui a contribué à l'élaboration des statuts, assume ces choix. L'un des objectifs poursuivis est d'"éviter des compétitions destructrices à l'intérieur du parti", en refusant la "structuration en courants", souligne-t-il. Une porte-parole de la REM rappelle que ces statuts ont été soumis à une "large consultation", du 8 au 13 juillet, et qu'ils ont été modifiés pour tenir compte des demandes des adhérents.

"Sur la question d'organiser des élections locales, notre parti-pris est de dire que c'est ce qui a conduit à constituer des baronnies locales dans les vieux partis. C'est une erreur qu'on ne veut pas reproduire", explique-t-elle. Mais "on ne peut pas avoir un parti où personne n'élit personne !", s'emporte un ancien ministre, soutien d'Emmanuel Macron. Pour cette source, "le verrouillage général est quand même préoccupant".

Un "verrouillage" qui s'observe aussi selon l'opposition à l'Assemblée, où les députés du groupe REM sont soumis à un règlement intérieur très strict (aval du groupe sur les amendements, interdiction de cosigner des amendements avec d'autres groupes, confidentialité des débats, discipline de vote hors questions d'éthique). En plein débat sur la réserve parlementaire, le député LR Philippe Gosselin a ainsi dénoncé vendredi "un président de la République qui a caporalisé le chef d'état-major des armées, qui a caporalisé sa majorité et qui rêve maintenant de caporaliser l'ensemble des parlementaires".

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