Remaniement : qui sont les nouveau ministres, Sibeth Ndiaye, Amélie de Montchalin et Cédric O ?

Remaniement : qui sont les nouveau ministres, Sibeth Ndiaye, Amélie de Montchalin et Cédric O ?
Cédric O, Sibeth Ndiaye et Amélie de Montchalin durant le conseil des ministres à l'Élysée, lundi 1er avril (photomontage).

Orange avec AFP-Services, publié le lundi 01 avril 2019 à 12h30

PORTAITS. Trois proches d'Emmanuel Macron font leur entrée au gouvernement, remplaçant les trois ministres souhaitant briguer des mandats électoraux. 

• Sibeth Ndiaye, la com' sans langue de bois 


Atypique, d'une loyauté combative, connue pour son franc-parler et son langage souvent cru, Sibeth Ndiaye, 39 ans, est la nouvelle porte-parole du gouvernement.

Elle fait partie du cercle proche du chef de l'État. Sa nomination surprise est une récompense éclatante pour celle que beaucoup donnaient partante de l'Élysée, pour cause de choix de communication contestés et de chute d'Emmanuel Macron dans les sondages. À l'Elysée, elle contrôle d'une main de fer le service communication. Mais elle a aussi eu de nombreuses frictions avec une partie de l'entourage du chef de l'État, dont les proches de Brigitte Macron.




Native de Dakar, au Sénégal, naturalisée en 2016, cette Franco-Sénégalaise est entrée à l'Élysée avec le président de la République en tant que conseillère pour la presse, après avoir occupé la même fonction quand il était ministre de l'Économie. Auparavant, elle avait tenu ce rôle auprès de Claude Bartolone, alors président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, puis d'Arnaud Montebourg à Bercy, sous le mandat de François Hollande.

Quand Emmanuel Macron fonde En marche !, elle l'y suit comme conseillère presse de la campagne, pour laquelle elle se dépense sans compter. Le grand public la découvre dans le documentaire de Yann L'Hénoret, "Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire", où on la voit omniprésente, défendant son candidat bec et ongles. Elle va jusqu'à traiter un journaliste de "sagouin" et se dit prête à "mentir" si besoin pour protéger son candidat.



Elle fait partie des "Mormons", ce petit groupe de quadras et trentenaires qui ont accompagné Emmanuel Macron dans sa quête de l'Élysée. Ces derniers mois, ils ont quitté le palais l'un après l'autre, à l'instar du secrétaire d'État Benjamin Griveaux, et des conseillers Ismaël Emelien et Sylvain Fort. Partisane d'un communication de combat, voire provocatrice, adepte des réseaux sociaux plutôt que des médias traditionnels, c'est elle qui poste sur son compte Twitter la vidéo sur le "pognon de dingue" que, selon Emmanuel Macron, coûtent les aides sociales. 

• Cédric O, le "geek" de Macron 

Inconnu du grand public, le nouveau secrétaire d'État chargé du Numérique s'est fait une réputation dans ce domaine depuis qu'il est entré à l'Élysée avec Emmanuel Macron. À 36 ans, Cédric O n'a jamais été élu, mais il est loin d'être un novice en politique. "C'est un monde que je connais bien", explique-t-il, en revendiquant une douzaine d'années d'engagement auprès de Dominique Strauss-Kahn, de Pierre Moscovici puis d'Emmanuel Macron. 



Né le 18 décembre 1982 d'une mère lyonnaise enseignante et d'un père cadre coréen, qui lui donne son nom de famille à une lettre, Cédric O est diplômé d'HEC, où il sympathise avec Stanislas Guerini, l'actuel patron de La République en marche (LREM). Avec ce dernier, et Ismaël Emelien ou Benjamin Griveaux, il est aux côtés de Dominique Strauss-Kahn pour la primaire PS de 2006, avant de servir Pierre Moscovici comme conseiller parlementaire. Il devient membre de son cabinet lorsque celui-ci est nommé ministre de l'Économie, au début du quinquennat de François Hollande.

En 2014, il quitte le public pour rejoindre le groupe Safran, où il tente l'expérience d'agent de maîtrise puis chef de ligne dans une usine de Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Il retrouve la scène politique pour soutenir Emmanuel Macron, comme trésorier de la campagne présidentielle puis membre de la commission d'investiture d'En marche pour les législatives de 2017. "Je n'étais pas le moins politique des conseillers de l'Élysée", résume-t-il.

Sa soeur, Delphine O, est actuellement la suppléante de Mounir Mahjoubi à l'Assemblée nationale comme députée de Paris. Au palais, Cédric O cultive pour Emmanuel Macron un vaste réseau d'acteurs du numérique et contribue à faire venir les plus influents, comme celui de Facebook Mark Zuckerberg en mai 2018.

• Amélie de Montchalin, une macroniste pur jus

Celle qui  a été nommée dimanche secrétaire d'État aux Affaires européennes, à 33 ans, a fait ses armes à l'Assemblée sur le budget. Puis elle a dirigé les députés LREM d'une main de fer aux côtés de Gilles Le Gendre. Elle succède au gouvernement à Nathalie Loiseau, devenue tête de la liste à LREM en vue des élections européennes du 26 mai. La désormais ex-députée de l'Essonne sera notamment chargée du lourd dossier du Brexit, plus que jamais dans l'impasse. 

Au sein du groupe majoritaire de l'Assemblée, cette néo-députée élue en juin 2017, venue de la droite, a vite su se rendre incontournable. D'abord comme cheffe de file des commissaires LREM aux Finances, elle s'est illustrée lors du premier marathon budgétaire du quinquennat, alliant expertise et défense politique des choix de l'exécutif, au point d'être saluée même par les oppositions. Son nom était régulièrement cité lors des remaniements.

En lice pour prendre la tête des plus de 300 députés LREM en septembre dernier, elle arrive à la troisième place (et en tête des femmes candidates). Élu, Gilles Le Gendre la choisit comme première vice-présidente. Le duo fonctionne en "harmonie par l'équilibre des contraires", décrit un membre du groupe : "Amélie est directe, énergique" et "elle aide le groupe à avoir une pensée systémique", tandis que "Gilles est plus dans le management", en "grand diplomate". Si de nombreux députés marcheurs tressent des lauriers à la jeune femme - "vive, mesurée, efficace" - d'autres grincent contre son "autoritarisme" ou "caporalisme". Face à un président de groupe ne tenant pas toujours ses troupes, "elle avance à la schlague", selon une source parlementaire. 

Amélie de Montchalin affiche un CV allant des grandes écoles à la banque et l'assurance : HEC, Harvard, économiste à BNP Paribas, prospective et suivi des politiques publiques chez Axa jusqu'aux législatives... Sans être encartée à droite, elle a été un temps pendant ses études assistante de Valérie Pécresse, appréciée comme "un modèle" de techno devenue politique. Elle enverra des notes pendant la primaire à Alain Juppé pour "sa vision réformiste et humaniste". Avant de rejoindre Emmanuel Macron pour son "engagement européen". 

Mère de trois jeunes enfants dont des jumeaux, elle a évoqué devant son groupe à l'Assemblée ses frais de garde, dus aux séances nocturnes, et posé la "question des jeunes parents au travail". Cette catholique pratiquante, qui défend "une laïcité de liberté", a résumé son parcours dans un discours en 2017 en Belgique devant "la grande famille jésuite", rejointe "au début de sa vie étudiante". "J'ai répondu à un appel en janvier - pas de l'Ange Gabriel, mais d'un certain Emmanuel (...) mi-apeurée, mi-curieuse et sentant qu'il y avait beaucoup à apprendre (...) à sortir d'un chemin professionnel et familial prenant certes mais plutôt confortable et bien tracé (...) Comme quand les pères jésuites sont envoyés en mission, loin et différemment de leurs attentes". 

Issue d'une famille nombreuse "d'agriculteurs nomades", selon sa formule, cette Lyonnaise de naissance s'est fait élire à 15 km de Paris, au plateau de Saclay (Essonne), où sa grand-mère a exploité une ferme, et qui abrite un pôle de recherche renommé. Des scientifiques dont elle veut reprendre la démarche - "diagnostiquer, expérimenter, évaluer" - pour "suivre les lois" dans leur application. "Députée, ce n'est pas juste être une machine à voter".

Aux Affaires européennes, elle s'est fixé pour "mission" de "continuer de mettre en œuvre le projet européen du président de la République". Et de promettre de désormais "mobiliser toute (son) énergie à appliquer ce projet sur le terrain, dossier par dossier, pour apporter des solutions concrètes aux Français". 

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