Remaniement: derrière le choc Bachelot et Dupond-Moretti, une certaine constance

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Sibeth NDiaye et Christophe Castaner lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris le 22 mai 2019
Sibeth NDiaye et Christophe Castaner lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris le 22 mai 2019
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© AFP, STEPHANE DE SAKUTIN

, publié le lundi 06 juillet 2020 à 23h25

Quelques surprises, peu de prises et un jeu de chaises musicales: le remaniement du gouvernement n'a bousculé qu'à la marge les équilibres, même si la droite gagne un poste clef avec Gérald Darmanin à l'Intérieur.

- Les surprises du chef

Fidèle à sa réputation de "disrupteur", Emmanuel Macron est parvenu à créer la surprise en nommant la chiraquienne Roselyne Bachelot à la Culture et le pénaliste Eric Dupond-Moretti à la Justice, "deux entrants qui déménagent", estime le politologue Pascal Perrineau.

Pour l'avocat lillois, sympathisant de gauche, la tâche s'annonce ardue tant il a su s'attirer de solides inimitiés dans la magistrature au cours d'une carrière jalonnée de quelque 145 acquittements. Si sa nomination a été bien accueillie par les avocats, la présidente de l'USM, syndicat majoritaire chez les magistrats y a vu "une déclaration de guerre".

Le nouveau garde des Sceaux a en outre récemment annoncé sa volonté de déposer plainte après que le parquet national financier a épluché ses factures téléphoniques. 

Le risque est également grand pour Roselyne Bachelot, devenue une habituée des plateaux de télévision et une figure médiatique populaire - y compris à gauche - après son retrait de la vie politique en 2012. Galvanisée lors de la crise du Covid-19 pour avoir vu sa politique de précaution au ministère de la Santé lors de l'épidémie H1N1 finalement saluée après dix ans de critiques, elle pourrait apparaître à nouveau clivante dans un ministère réputé difficile.

- Deux super-ministères

En récupérant le Budget en plus de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire devient le tout-puissant patron de Bercy, chargé de la "Relance" à l'aune d'une crise économique et sociale sévère. Il obtient en outre trois ministères délégués: les Comptes publics, l'Industrie et les PME.

Barbara Pompili, ex-EELV passée à La République en marche, est propulsée à la Transition écologique, ministère auquel sont désormais rattachés les Transports et le Logement. "On voit bien que les recommandations de la Convention citoyenne pour le climat ont été retenues", juge Pascal Perrineau.

Mais, estime-t-il également, "c'est davantage perçu comme une sanction pour Élisabeth Borne (qui occupait jusqu'alors ce poste) qu'une promotion pour Barbara Pompili", dont les preuves restent à faire.

Reste que l'architecture du gouvernement, un temps promise à être redessinée en plusieurs grands pôles, n'est modifiée qu'à la marge. Les observateurs notent toutefois la création d'un ministère de la Mer, réputé stratégique à l'heure du Brexit.

- La promotion Darmanin

Âprement discuté durant toute la journée de lundi, le portefeuille de l'Intérieur a finalement échu à Gérald Darmanin: Après Jean Castex à Matignon et Bruno Le Maire, "c'est une manière claire de donner à des personnalités issues de la droite des postes régaliens", selon le politologue.

Celui qui a été réélu dès le premier tour maire de Tourcoing, et qui n'a jamais caché ses appétences pour ce poste, est toutefois confronté à une difficulté: une enquête préliminaire le visant pour viol a été récemment rouverte, mais ce n'est "pas un obstacle", a estimé l'entourage du président.

A ce poste, d'aucuns l'imaginent surtout comme le meilleur placé pour prétendre à Matignon en cas de réélection d'Emmanuel Macron en 2022.

- Chaises musicales

"On prend les mêmes dans un autre ordre et on tente de ne pas recommencer...", sourit Pascal Perrineau. Certains poids lourds conservent même leur portefeuille: outre Bruno Le Maire, Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères), Jean-Michel Blanquer (Education), Florence Parly (Armées), Jacqueline Gourault (Cohésion des territoires), Frédérique Vidal (Enseignement supérieur), Marc Fesneau (Relations avec le Parlement), Jean-Baptiste Djebbari (Transports) parfois avec des attributions élargies.

D'autres anciens des gouvernements Philippe demeurent, dans de nouveaux ministères: outre M. Darmanin, Elisabeth Borne (Travail), Sébastien Lecornu (Outre-mer), Julien Denormandie (Agriculture), Annick Girardin (Mer), Amélie de Montchalin (Fonction publique), Franck Riester (Commerce extérieur), Emmanuelle Wargon (Logement), Olivier Dussopt (Comptes publics), Marlène Schiappa (Citoyenneté) ou Gabriel Attal qui devient porte-parole du gouvernement.

- Les absents

"Il n'y a pas de grands maires ou de grands élus locaux", tel qu'un temps pressenti, note Pascal Perrineau: seule entrante issue d'une collectivité locale, Brigitte Klinkert, conseillère départementale du Haut-Rhin.

Comme le Premier ministre Jean Castex, elle avait jusqu'alors sa carte chez LR.

- LREM à la peine

Les "marcheurs" historiques sont les moins bien lotis : Christophe Castaner et Sibeth Ndiaye ont notamment été évincés, même si cette dernière a fait savoir qu'elle avait refusé des postes de ministre déléguée pour "convenance personnelle".

"Emmanuel Macron constate que LREM n'a pas su générer de poids lourd. Pour les trois grosses fonctions, on continue de se tourner vers des personnalités de droite", fait valoir Pascal Perrineau qui anticipe "une moindre place de LREM dans la majorité".

L'équilibre avec les partenaires est en revanche préservé: le MoDem (trois postes) et Agir (un poste) gardent leurs positions.

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