Religion : Nicolas Belloubet accusée de remettre en cause le droit au blasphème

Religion : Nicolas Belloubet accusée de remettre en cause le droit au blasphème
Nicole Belloubet, le 29 janvier 2020, à Paris

, publié le mercredi 29 janvier 2020 à 15h05

La ministre de la Justice essuyé un flot de critiques après une interview où elle qualifie l'insulte à la religion "d'atteinte à la liberté de conscience". "Mon expression a pu être maladroite", a t-elle ajouté après une levée de boucliers dans les rangs de l'opposition, notamment du Rassemblement national.


La ministre de la Justice Nicole Belloubet a été accusée de vouloir légitimer le délit de blasphème en déclarant que l'insulte contre une religion constituait "une atteinte à la liberté de conscience".  La garde des Sceaux s'exprimait sur Europe 1sur l'affaire Mila, du nom de cette adolescente de l'Isère qui a dû être déscolarisée après avoir été menacée de mort sur les réseaux sociaux en raison de propos hostiles à l'islam. 

"Dans une démocratie, la menace de mort est inacceptable.

C'est quelque chose qui vient rompre avec le respect que l'on doit à l'autre. C'est impossible, c'est inacceptable", a t-elle d'abord affirmé, avant de poursuivre : "L'insulte à la religion, c'est évidemment une atteinte à la liberté de conscience, c'est grave, mais ça n'a pas à voir avec la menace". Cette phrase a fait tiquer la Licra, qui déplore une "erreur de droit manifeste" de la ministre. "La loi protège les individus, pas les dogmes", rappelle l'association dans un tweet.



Plusieurs responsables politiques de droite comme de gauche, ont quant à eux critiqué la ministre. "Qu'est-ce qui a pu se passer dans notre pays pour qu'une ministre de la République puisse dire que 'l'insulte à l'encontre d'une religion est une atteinte grave à la liberté de conscience'!? On s'apprête à rétablir un très peu laïque 'droit au blasphème'??", s'est indigné le député européen PS Emmanuel Maurel. Laurence Rossignol, ex-ministre socialiste et sénatrice de l'Oise, a elle décerné un "0/20 en droit constit" à Mme Belloubet, ancienne membre du Conseil constitutionnel. "En France, il est interdit d'insulter les adeptes d'une religion mais on peut insulter une religion, ses figures, ses symboles", a-t-elle tweeté

Plus à droite, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen s'est, elle, interrogée: "Peut-on compter sur le gouvernement d'Emmanuel Macron pour défendre nos valeurs et nos libertés ? Clairement, la réponse est NON ! Et c'est cela qui est grave". "Nicole Belloubet invente le délit de blasphème (...) Scandaleux ! Ce gouvernement a lâché la liberté française de l'esprit 'Charlie' pour la soumission à la terreur islamiste !", a pour sa part déclaré le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan.

Face à la polémique, la ministre a tenu à préciser ses propos en reconnaissant une expression "maladroite" et en assurant ne pas remettre en cause "le droit de critiquer la religion". "Les insultes et les discriminations à raison de l'appartenance religieuse sont des infractions. C'est ça que j'ai voulu dire", a déclaré Mme Belloubet, dénonçant une polémique "ridicule". "Je n'ai absolument pas justifié le délit de blasphème", a-t-elle affirmé.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.