Régionales : le recul du RN ralentit la course de Marine Le Pen vers l'Elysée

Régionales : le recul du RN ralentit la course de Marine Le Pen vers l'Elysée
Pour le RN de Marine Le Pen, que les sondages annonçaient en tête dans plusieurs régions, la désillusion est sévère
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publié le lundi 21 juin 2021 à 19h17

Marine Le Pen a reconnu que ses électeurs ne s'étaient "pas déplacés" et les a appelés "au sursaut" pour le second tour.

Le recul du Rassemblement national au premier tour des régionales ralentit la course de sa présidente Marine Le Pen vers l'Elysée et interroge sa stratégie de "normalisation". Ces scrutins sont présentés au RN comme les dernières "marches" à franchir dans l'ascension de Marine Le Pen vers la présidence de la République.

Gagner une région puis la gérer, comme l'espère encore le RN en Provence-Alpes Côte d'Azur, seule région où il est arrivé en tête (contre 6 régions en 2015), montrerait sa capacité à gouverner.

Si le RN ne l'emporte pas Paca, "Marine Le Pen ne pourra pas prétendre à être une force de gouvernement régional, ce qui lui permettrait de créer une véritable dynamique à 10 mois de la présidentielle", souligne le politologue Pascal Perrineau, qui a relevé sa "mauvaise humeur" à l'accueil des résultats.


Les électeurs RN seraient ceux qui se sont le plus abstenus
Marine Le Pen a reconnu que ses électeurs ne s'étaient "pas déplacés" et les a appelés "au sursaut" pour le second tour.

Le maire de Perpignan Louis Aliot a suggéré de rendre le vote "obligatoire". "Mais on ne voit pas très bien pourquoi les gens qui ne se sont pas déplacés iraient faire ce cadeau" aux candidats "qui, sur le terrain, n'ont pas réussi à les convaincre au premier tour", note Pascal Perrineau qui ne voit désormais pour le RN en région que la possibilité de "jouer ici et là, la force de blocage".

Selon Ipsos, les électeurs RN sont ceux qui se sont le plus abstenus dimanche, à 73%, devant ceux de Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan (67% chacun), alors que les électeurs de droite de François Fillon sont allés davantage voter (44% d'abstention).

Le RN a été victime "plus que d'autres" de l'abstention, "étant donné la sociologie de plus en plus populaire" du parti, selon Pascal Perrineau. L'historien de l'extrême droite Nicolas Lebourg y voit pour sa part un "dégagisme" qui s'étend désormais au RN et à LFI.

"Les mécontents" qui ne sont pas parvenus à s'exprimer "par des nouveaux partis" comme En Marche ou LFI, ou "des listes sans étiquette" comme aux municipales, sont entrés dans "une sorte de bouderie totale", selon lui.

La "normalisation" du RN atteinte ?
La meilleure arme à la colère "c'est le vote", a ainsi plaidé le numéro 2 du RN Jordan Bardella sur RMC et BFMTV lundi. "En restant chez vous (...) vous n'exprimez pas une colère vous la laissez perdurer", a-t-il souligné.Pour le politologue Jean-Yves Camus "c'est peut-être la limite de la 'normalisation' du RN qui a été atteinte".

"Ils ont repeint le RN et subissent les mêmes problèmes que les partis de gouvernement. A force de s'institutionnaliser, la colère ne se traduit plus qu'en abstention et non plus en vote Marine Le Pen", estime aussi une ministre.

En vue de 2022, la cheffe du RN a en effet lissé son discours pour "rassurer" les Français sur sa capacité à exercer le pouvoir : elle ne souhaite plus sortir de l'euro ni de Schengen, promet de rembourser la dette, et dit qu'elle "n'a pas peur des étrangers". Or ce discours plus modéré "c'est trop pour l'électorat le plus populaire, le plus contestataire et le plus anti-système" et en même temps "ce n'est pas du tout assez pour l'électorat senior et csp+" qui s'est déplacé dimanche et a voté LR, selon Nicolas Lebourg.

Au final "aucune des lignes du RN, ni parti localiste venant de la gauche, ni FN fondamental, ni RPR durci, n'a fonctionné hier. Ce qui pose la question de la crédibilité de ce parti à diriger" le pays, selon lui.

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