Réformes : «Même mécontents, les gens répugnent à manifester dans les cortèges syndicaux»

Réformes : «Même mécontents, les gens répugnent à manifester dans les cortèges syndicaux»
Pour Raymond Soubie, si les gens mécontents ne manifestent plus, c'est qu'ils ne veulent plus manifester avec les syndicats. (Archives)

leparisien.fr, publié le dimanche 03 juin 2018 à 19h07

Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, estime que l'exécutif a gagné la partie sur la SNCF. Mais pour la réforme des retraites, qui arrive sur la table, ce sera une autre paire de manches.

Le gouvernement semble avoir gagné la partie sur la SNCF. L'opinion publique soutient la réforme et la mobilisation, dans l'entreprise, faiblit. Le texte sera même voté mardi au Sénat. Ex-conseillersocialde Nicolas Sarkozy à l'Élysée, Raymond Soubie préside aujourd'hui la société de conseils en ressources humaines Alixio. Il apporte son éclairage sur le sujet et tente d'expliquer la baisse de la mobilisation dans la rue.

Le gouvernement a-t-il déjà gagné cette nouvelle manche sociale ?

RAYMOND SOUBIE. La loi va bientôt être adoptée et la messe sera dite. De plus, les grévistes en sont entre leur vingtième et leur trentième jour de grève. Il leur sera difficile de tenir. D'autant que le gouvernement a fait des concessions dans le « dernier quart d'heure » à la CFDT et à l'UNSA. Tout cela laisse présager une sortie de crise proche. La grève va sur sa fin.

Quel bilan tirez-vous de la méthode Macron à l'égard des syndicats ?

La « doctrine Macron » consiste à renforcer le rôle des syndicats dans l'entreprise et dans la branche. Mais au plan national, le Président considère que la conduite des grandes réformes relève du domaine quasi exclusif de l'État. Il veut bien associer les syndicats à une concertation pour qu'ils donnent un avis, mais la décision ultime ne leur appartient pas.

Cela pose plusieurs problèmes. Quelle sera notamment la place du paritarisme (Unedic, régimes complémentaires cogérés entre le patronat et les syndicats) ? La CFDT, attachée à la démocratie sociale, est aussi directement heurtée par cette nouvelle doctrine dans la mesure où les grandes réformes sociales ne sont plus co-construites entre l'État et les partenaires sociaux.

Emmanuel Macron a-t-il eu tort de faire de la CFDT un syndicat comme les autres ?

À terme, il ne peut se permettre d'avoir contre lui les syndicats réformistes. Si la conjoncture économique change ou que l'effet des réformes tarde à venir, il aura besoin de Laurent Berger. Il serait politiquement dangereux de lui fermer la porte.

L'opinion a globalement soutenu la réforme. Est-ce le signe que l'exécutif peut aborder la suite facilement ?

Non, la réforme des retraites sera très délicate. Ce n'est pas parce que celle de la SNCF a réussi à ce stade que la réforme des retraites passera facilement. Cela concerne cette fois l'ensemble les Français.

Raymond Soubie a été conseiller de Nicolas Sarkozy. /LP

Comment expliquez-vous que la convergence des mécontentements ne se soit pas produite ?

La plupart des syndicats, à l'exception de la CGT et SUD, se sont toujours opposés à cette « coagulation des luttes ». La CFDT, l'UNSA, la CGC et en partie FO cherchent à peser sur le fond des réformes, et ont toujours voulu séparer les sujets. L'unité syndicale ne s'est produite qu'une seule fois, sur la fonction publique.

A contrario, Philippe Martinez (CGT), avec ou sans Jean-Luc Mélenchon selon les manifestations, a fait le pari d'agréger plusieurs conflits dans la rue. Mais à chaque fois, la mobilisation a été très faible. Environ 100 000 manifestants dans l'ensemble du pays. La dernière réforme des retraites avait rassemblé plus d'un million de personnes, trois fois de suite ! Les démonstrations de force dans la rue ne prennent plus.

Pourtant les sondages montrent que les Français ne sont pas satisfaits de la politique menée. Pourquoi ne manifestent-ils plus ?

C'est tout le paradoxe. Depuis quelques années, on s'aperçoit que les gens, même mécontents, répugnent à manifester dans des cortèges encadrés par des organisations syndicales. Pendant la Loi El Khomri, il y avait environ 200 000 personnes dans la rue, ce qui n'était déjà pas énorme. Les études sur dix ans montrent que les syndicats, comme les corps intermédiaires, sont mis dans le même sac que les politiques et sont beaucoup moins considérés. Ce phénomène n'a pas échappé au Président. Les manifestations classiques qui servaient avant d'exutoire, feraient elles aussi partie de « l'ancien monde » !

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