Réformes : «La France n'est pas apaisée»

Réformes : «La France n'est pas apaisée»
Pour les politologues, les Français « sont dans le fait démocratique ». (Archives)
A lire aussi

leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 07h47

Trois politologues décryptent le sentiment qui prévaut chez les Français : de la résignation plus que de l'adhésion aux réformes. La colère, elle, n'a pas disparu.

Rien n'y fait : les syndicats ont beau jouer l'union sacrée - comme le 22 mai pour la manifestation des fonctionnaires - Mélenchon et la CGT peuvent défiler côte à côte le 26 mai pour une « marée populaire » : les rangs des manifestations restent clairsemés. Dans le même temps, la réforme de la SNCF avance : le texte sera voté mardi au Sénat. Celle des retraites a été esquissée... et s'annonce explosive.

« Pour l'instant, le pays consent aux réformes. Il observe Macron pour savoir s'il va tenir ses promesses : remettre la France en marche, lui permettre de retrouver sa souveraineté », constate le politologue Stéphane Rozes, président de Cap (Conseil analyse et perspective). Un attentisme lié à la récente installation à l'Élysée du Président : « Même les plus critiques sont dans le fait démocratique. Les urnes ont tranché et il fait ce qu'il a dit », renchérit le sondeur Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive.

Un attentisme qu'il ne faut pas pour autant confondre avec une adhésion sans condition : « Les Français ne se sont pas convertis au libéralisme, mais après trente ans de chômage de masse, ils se disent qu'on ne peut plus se contenter de faire comme avant. C'est plus de la résignation que de l'acceptation », nuance Jérôme Fourquet, de l'Ifop. Et d'ajouter : « Macron arrive à un moment où une partie de la population est prête à troquer un peu d'égalité contre un peu plus d'efficacité. »

« La France n'est pas apaisée »

L'inflexibilité du gouvernement sur la réforme de la SNCF contribue aussi à doucher les espoirs de grand soir. « En terme psychologique, ce qui se joue à la SNCF est décisif. C'est le cœur de bastion de la CGT, ils sont auréolés de leur grande victoire de 1995 contre Juppé, et si même eux n'arrivent pas à faire plier l'exécutif, la combativité syndicale sera fortement émoussée, à la résignation s'ajoutera l'abattement », prophétise Jérôme Fourquet.

D'autant que la SNCF version 2018 n'a plus rien à voir avec celle de 1995 : « Le mouvement des cheminots est perçu comme corporatiste, ce qui n'était pas le cas il y a 23 ans », assure Jean-Daniel Lévy. Difficile dans ces conditions de mettre en oeuvre une convergence des luttes... Mais la France n'est pas apaisée, ajoute-t-il : « Il y a des colères, un regard critique, mais il n'y a personne pour incarner ou être le réceptacle de ces colères. »

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.