Réformes : comment Laurent Berger et la CFDT ont été remis dans le jeu

Réformes : comment Laurent Berger et la CFDT ont été remis dans le jeu
Laurent Berger a pu peser, un petit peu, sur la réforme de la SNCF, face à Emmanuel Macron.
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leparisien.fr, publié le lundi 04 juin 2018 à 07h43

Longtemps snobé, le patron de la CFDT, dont le 49e congrès s'ouvre ce lundi à Rennes, a été récemment reçu à l'Élysée, comme le plaidaient d'influents Marcheurs.

Le rendez-vous s'est déroulé dans la plus grande discrétion. Il y a une dizaine de jours, Emmanuel Macron a reçu le patron de la CFDT Laurent Berger, à l'Élysée. Un tête à tête, à la demande du chef de l'Etat. En coulisses, un homme a joué les go-between : Philippe Grangeon, adhérent de la première heure à la CFDT dont il connaît tous les arcanes et visiteur du soir influent du président. L'occasion d'un tour d'horizon des dossiers en cours. Mais aussi de recoller les morceaux.

Car, ces derniers mois, il y a eu « de la friture sur la ligne », admet un proche du président. Doux euphémisme. Tout à son train de réformes, le chef de l'État a donné au syndicat le désagréable sentiment d'être court-circuité. Contrairement à son prédécesseur, François Hollande, Emmanuel Macron n'a jamais fait de la CFDT un interlocuteur privilégié. Lui président, finie «la co-gestion» ! « De Chirac à Hollande, en passant par Sarkozy, tous avaient leurs chouchous et leurs têtes de turcs parmi les leaders syndicaux. Le président a cassé ça », applaudit un conseiller ministériel.

Pour Berger, à la veille de son congrès, le coup est rude. Le patron de la CFDT a d'ailleurs tapé du poing sur la table avec une rare véhémence : « La méthode Macron, c'est : vous discutez, je décide. »

« Il fallait réparer un malentendu »

Plusieurs macronistes l'admettent : ce rendez-vous était « une bonne chose » car « les gestes comptent ». « Il fallait réparer un malentendu de part et d'autre », nous confie Philippe Grangeon. Ne pas insulter l'avenir, alors que se profile l'explosive réforme des retraites. Et ne pas oublier que près de la moitié des syndicalistes de la CFDT ont voté Macron. « C'est le partenaire syndical le plus fiable et le plus solide que le gouvernement puisse avoir», juge une source gouvernementale.

Dans la foulée de son rendez-vous avec le président, le patron de la CFDT a été invité à échanger avec les députés de la majorité, lors d'une soirée Colbert, organisée sous la houlette de Richard Ferrand, qui le voit régulièrement. Le lien a aussi été entretenu par un petit groupe de députés, dont Pierre Person et Sacha Houlié, qui l'avait rencontré fin mars - un jour de mobilisation !

Dans la salle Colbert, Berger a tout de même cru bon de rappeler que « l'écoute c'est 50% du travail de gagné »... À la sortie, plusieurs députés soulignaient « les convergences idéologiques » rapprochant la centrale et la majorité. « Nous partageons des valeurs et des objectifs », dit Richard Ferrand.

La CFDT, partenaire privilégié ? Pas si simple !

En réalité, Berger a retrouvé des couleurs après les annonces sur la reprise de 35 milliards d'euros de la dette de la SNCF. Et in fine, beaucoup d'amendements porté par la CFDT ont été repris par les députés dans le projet de loi, à la demande du gouvernement. « Il y avait un besoin de scénographier les choses, on l'a un peu aidé... », confie un élu.

De là à redonner à la CFDT une place de partenaire ultra-privilégié... Loin s'en faut ! « Berger n'est pas ressorti du bureau du président avec un contre-arbitrage, comme cela aurait pu être le cas sous Hollande », relève un député LREM. Selon un haut responsable syndical, le patron de la CFDT a eu, lui, ce sentiment : « Macron est un illuminé. Il a l'impression qu'il a été élu grâce à Dieu, qu'il est investi d'une mission et que seul lui a raison. »

Quelle relation à l'avenir ? Un député de la majorité résume ainsi l'équation : « Il faudra trouver un mode opératoire avec la CFDT, lui faire plus de place, sans retomber dans la co-gestion. » Une partie de LREM, issue de cette gauche réformiste, y veillera. Mais Macron y est-il prêt... ?

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