Réforme des retraites : pourquoi cela coince ?

Réforme des retraites : pourquoi cela coince ?
Emmanuel Macron lors de son déplacement en Chine, le 5 novembre 2019.

Orange avec AFP-Services, publié le samedi 09 novembre 2019 à 16h11

Portée par le haut-commissaire chargé du dossier, Jean-Paul Delevoye, les contours de la réforme des retraites peinent à se dessiner. En cause, trois points d'achoppement : la "clause du grand-père", l'âge pivot et la pénibilité.

C'est un serpent de mer, qui flotte à l'Élysée depuis près d'un an.

La réforme des retraites. Voulue par Emmanuel Macron, les contours peinent à se dessiner clairement, malgré la mise en avant au gouvernement de Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire en charge du dossier. Les tergiversations sur ce sujet révèlent de profonds désaccords sur trois points clés du proje t: la "clause du grand-père", l"'âge pivot" et la pénibilité.

À qui appliquer la réforme ?

Elle est appelée "clause du grand-père". C'est l'atout ultime que le chef de l'État garde dans sa manche pour faire passer son "système universel" censé remplacer les 42 régimes existants. Cela consisterait à n'appliquer la réforme qu'aux jeunes qui entreront sur le marché du travail après le vote de la loi, prévu en juillet 2020, voire après son entrée en vigueur envisagée en 2025.

Un stratagème déjà utilisé dans la loi ferroviaire de 2018, qui a supprimé le statut de cheminot pour ceux qui seront embauchés à compter du 1er janvier 2020.


Alors qu'une grève massive et reconductible se profile à la SNCF et à la RATP à partir du 5 décembre, le président de la République esquisse une ouverture: pour ces salariés qui ont "un pacte avec la nation", quels qu'en soient les avantages, "sans doute il ne faut pas tout bousculer".

Mais Jean-Paul Delevoye ne l'entend pas de cette oreille: "Si on (le) fait pour une profession, il faut (le) faire pour tout le monde, question d'équité, ça veut dire que l'on renonce à la réforme", estime le haut-commissaire aux retraites. Même la CFDT, seule grande centrale syndicale à soutenir le projet, émet des réserves sur ce scénario, dans lequel les femmes "accepte(raient) encore pendant une quarantaine d'années d'avoir une retraite en moyenne inférieure de 30% à celle des hommes", selon son secrétaire général, Laurent Berger.

À quel âge ?

La cacophonie gouvernementale du printemps avait tourné à l'avantage de M. Delevoye, seul contre tous (Édouard Philippe, Agnès Buzyn, Gérald Darmanin, Bruno Le Maire) pour préserver mordicus la promesse présidentielle du maintien de l'âge légal de départ à 62 ans.

Un compromis semblait enfin trouvé en juin autour d'un "âge d'équilibre" fixé à 64 ans, avec une décote pour ceux qui partiraient avant et une surcote pour ceux qui voudraient "travailler plus longtemps". Mais la CFDT s'est opposée à une règle uniforme, qui "compromettrait l'équilibre du projet et le rendrait inacceptable".

Qu'à cela ne tienne, "rien n'est décidé", assurait fin août le chef de l'État, révélant alors sa préférence pour "un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge", à condition que le système "soit équilibré financièrement" en 2025.
Un rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) doit préciser fin novembre "l'ampleur des mesures" nécessaires pour atteindre cet objectif budgétaire.

En juin, les projections du COR aboutissaient à un déficit de 10 milliards d'euros en 2022. Un trou que l'exécutif n'excluait pas de combler en augmentant la durée de cotisation pour une pension à taux plein, censée passer de 41 ans et 6 mois aujourd'hui à 43 ans en 2035.

La pénibilité en débat

Emmanuel Macron "n'adore pas ce mot" qui "donne le sentiment qui le travail serait pénible". C'est pourtant un sésame pour faire passer la réforme chez les fonctionnaires, en particulier dans les hôpitaux, où 400.000 agents des "catégories actives" devraient perdre leur droit à une retraite anticipée à 57 ans.

En contrepartie, ils auraient accès au "compte professionnel de prévention", qui permet à certains salariés du privé de partir dès 60 ans pour compenser des conditions de travail difficiles (bruit, température, travail de nuit...). La CFDT, à l'origine de ce dispositif, voit aujourd'hui l'occasion "d'aller beaucoup plus loin". M. Berger souhaite "l'élargir à d'autres critères", comme les risques psychosociaux.

Mais le patronat, qui s'est échiné à vider de sa substance le "compte pénibilité" créé pendant le précédent quinquennat, n'est pas pressé de rouvrir ce dossier. Et l'exécutif sème parfois le trouble: le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a promis de "défendre jusqu'au bout la spécificité du statut des policiers", avant d'expliquer qu'il faudrait "faire la différence entre ceux qui sont dans un métier dangereux et (ceux) qui ne sont pas confrontés aux mêmes réalités". Au risque de se tirer un balle dans le pied ?
 

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