Réforme des retraites : la bataille s'intensifie lundi à l'Assemblée

Réforme des retraites : la bataille s'intensifie lundi à l'Assemblée
Les députés insoumis Jean-Luc Mélenchon (à gauche) et Alexis Corbière, à l'Assemblée nationale, le 7 janvier 2020.

, publié le samedi 15 février 2020 à 14h55

La réforme des retraites est étudiée à partir de lundi dans l'hémicycle. La majorité compte défendre un système "plus solidaire", la gauche veut torpiller un projet "injuste" et la droite entend incarner "une troisième voie". 

Qui gagnera la bataille des retraites à l'Assemblée ? L'affrontement qui s'est joué en commission cette semaine n'était que le préambule, a fait savoir l'opposition : les vraies hostilités débuteront lundi 17 février dans l'hémicycle.

Les députés vont débuter l'examen de ce projet hautement sensible visant à créer un "système universel" de retraite par points, sous la pression à la fois du gouvernement, décidé à "aller au bout" de cette réforme, et de la rue, mobilisée depuis le 5 décembre. Une nouvelle "journée morte" dans les transports est d'ailleurs prévue lundi par les syndicats, avant une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle le jeudi 20 février.



Le gouvernement, représenté par le secrétaire d'État Laurent Pietraszewski et la ministre Agnès Buzyn, table toujours sur une adoption de la réforme en première lecture avant les municipales, et espère un feu vert définitif "d'ici l'été" sur les deux textes (ordinaire et organique). Le calendrier sera-t-il tenable alors que 41.000 amendements ont été déposés ?

C'est encore davantage que les 22.000 que les députés insoumis ont déposé en commission spéciale retraites. Noyée sous ces milliers d'amendements, elle a été obligée de mettre un terme à ses travaux sans pouvoir achever l'examen de la réforme, une situation inédite. Le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon a revendiqué "une victoire" en commission et a promis une "noria" de son groupe afin "d'enfoncer la ligne de défense macroniste". Pour l'heure, 15 jours de débats sont prévus, soit 84 heures. Mais "le tir n'est jamais sûr", a reconnu le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM), qui devrait présider une bonne partie des débats. 

Il faut "gagner la bataille des retraites", a martelé Emmanuel Macron devant ses troupes en début de semaine, appelant les députés de la majorité à "vendre" cette "réforme de justice" même s'ils "catalysent" la violence, avec des attaques sur les réseaux sociaux ou des dégradations de permanences. "C'est faux de dire qu'il faut encore du débat. Ça dure depuis deux ans", a-t-il jugé. 

Face à l'obstruction des insoumis qui comptabilisent à eux seuls 23.000 amendements, les responsables de la majorité martèlent qu'un recours au 49-3, arme de la Constitution qui permet l'adoption sans vote "n'est pas l'objectif", mais des "marcheurs" ne l'excluent pas si le débat est "clairement impossible". "Totalement impensable", ont prévenu Les Républicains. Ce serait même "du délire" pour le numéro un de la CFDT Laurent Berger

Les oppositions ont prévenu que le texte ne passerait pas "comme une lettre à la poste". Les quelques signaux envoyés en commission pour les enseignants ou avocats n'ont pas convaincu. S'y ajouteront de nouveaux amendements annoncés cette semaine sur la pénibilité ou les droits familiaux. Droite comme gauche dénoncent un "mépris" du Parlement et un projet "nébuleux" et "à trous", avec notamment la trentaine d'ordonnances programmées. 

Les trois groupes de gauche, PS, PCF et LFI, qui dénoncent un "amateurisme coupable" du gouvernement, tablent en plus des amendements (près de 37.000 à eux trois) sur une motion référendaire lundi, voire une motion de censure, des étapes qui vont ralentir les débats. Le PCF, qui juge la réforme "bien pire" que ce qui avait été annoncé, ne sera pas en reste, comme le PS qui espère dans le même temps un "débat approfondi".

LR fustige comme eux "l'impréparation" du gouvernement et estime que pour le financement "on marche sur la tête". Le vote de la réforme est programmé avant les conclusions de la conférence de financement, censée trouver d'ici avril des mesures permettant d'atteindre l'équilibre en 2027.

Côté majorité, où l'on dénonce le "sketch" des insoumis, on affiche la volonté de faire aboutir cette réforme "de progrès social", "contre vents d'obstruction et marées d'amendements". "On s'est organisés pour durer", indique à l'AFP le co-rapporteur Jacques Maire (LREM), une source parlementaire tablant sur le fait que l'opposition va "mettre du bazar" les premiers jours mais que cela ne durera pas

Si le groupe soutient globalement la réforme, des interrogations ont émergé sur son impact budgétaire, et certains à l'aile gauche comptent faire entendre leur voix sur des sujets comme la pénibilité. Un "marcheur" prédit "un exercice de discipline collective forte".

 

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