Rapatriement des jihadistes français et de leurs familles : Dupond-Moretti va-t-il infléchir la politique de la France ?

Rapatriement des jihadistes français et de leurs familles : Dupond-Moretti va-t-il infléchir la politique de la France ?
En 2019, Éric-Dupond-Moretti s'est déclaré favorable au rapatriement des jihadistes français.

, publié le dimanche 12 juillet 2020 à 15h00

Le rapatriement des jihadistes français, mais aussi de leurs enfants, de Syrie et d'Irak est un sujet sensible. Éric Dupond-Moretti, l'avocat, était pour.

Devenu ministre de la Justice, y sera-t-il toujours favorable, alors que cette idée est très largement impopulaire ? Sa nomination nourrit les espoirs des familles et associations. 

"Il faut qu'ils aient droit à un procès équitable"


Peu après l'annonce du nouveau gouvernement lundi 6 juillet, l'avocate Marie Dosé, qui défend plusieurs de ces Français et réclame leur rapatriement ainsi que celui de leurs enfants, a rappelé des propos tenus l'an dernier par son désormais ancien confrère. "J'attends qu'il passe des paroles aux actes", a-t-elle déclaré à l'AFP



En février 2019 sur LCI, une journaliste avait demandé à Éric Dupond-Moretti s'il était favorable au retour en France des quelque 150 adultes, pour y être jugés, et de leurs près de 300 enfants détenus en Syrie et Irak. "Bien sûr", avait-il répondu. "Il faut les rapatrier, surtout lorsqu'ils encourent la peine de mort, les juger en France. Il faut qu'ils aient droit à un procès équitable."

11 Français condamnés à mort en Irak

Sur les 150 Français arrêtés pour avoir appartenu au groupe État islamique (EI), la quasi totalité sont détenus dans les camps et prisons sommaires des Kurdes du nord-est de la Syrie. Et 11 Français sont détenus en Irak, où ils ont été condamnés à mort.

"La France a voté l'abolition de la peine de mort en 1981", soulignait Éric Dupond-Moretti dans cet entretien. "Ce sont des citoyens français, qu'on le veuille ou non, et on ne peut pas fermer les yeux et faire comme si de rien n'était".

"Rapatrier enfin les enfants" 

Le collectif Familles unies, qui regroupe des proches de ces détenus français, espère que la nomination du nouveau garde des Sceaux soit "l'occasion d'aborder la question" de ces détenus, conformément "aux droits humains et à la sécurité à long terme", et de "rapatrier enfin les enfants français". 




Car si la France estime que les adultes doivent être jugés sur place, elle semble plus ouverte au sujet des enfants : 28 ont été rapatriés jusqu'ici, surtout des orphelins ou des petits confiés par les rares mères françaises qui acceptent de s'en séparer.

371 enfants morts en 2019 dans le camp d'Al-Hol en Syrie

Les enfants subissent de plein fouet les conditions de vie précaires dans les camps syriens - en 2019, 371 sont morts dans celui d'Al-Hol, selon une responsable du Croissant Rouge kurde - où l'idéologie de l'EI est toujours prégnante.

Ces camps sont des "cocotte minute", avait admis la France en janvier. En mai, le Centre d'analyse du terrorisme (CAT) a annoncé que 13 Françaises s'en étaient évadées, une annonce non démentie par le gouvernement.

Le sujet pas encore mentionné par le ministre 

La nomination d'Éric Dupond-Moretti "est une excellente nouvelle pour les enfants", a réagi auprès de l'AFP Me Ludovic Rivière, défenseur de plusieurs enfants, qui salue "une voix forte qui saura faire valoir ses convictions".

Lors de sa passation de pouvoir avec Nicole Belloubet mardi, où il a notamment affirmé que son ministère serait "celui des droits de l'Homme", le nouveau garde des Sceaux n'a pas mentionné le sujet des détenus jihadistes.

Le gouvernement contre 

Restera-t-il constant dans ses déclarations, et si oui pourra-t-il faire infléchir la politique de la France sur ce sujet très sensible ? "Nicole Belloubet s'était elle aussi prononcée pour le rapatriement" mais elle a été rappelée à l'ordre, rappelle ainsi Me Rivière.

En janvier, Nicoles Belloubet avait en effet évoqué l'hypothèse d'un rapatriement massif des jihadistes français détenus en Syrie, au vu de la situation sécuritaire instable sur place. Mais le gouvernement avait aussitôt fait savoir que sa ligne n'avait pas changé. 

Jean-Yves Le Drian "ne tancera pas Éric Dupond-Moretti à l'Assemblée comme il a pu le faire avec Nicole Belloubet"

"Cela reste le pré carré du ministère des Affaires étrangères, et on connaît la position de Jean-Yves Le Drian sur le sujet", explique à l'AFP Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général de l'association "Ensemble contre la peine de mort", qui milite notamment pour le retour des Français condamnés en Irak. 

S'il n'imagine pas de changement de doctrine, Raphaël Chenuil-Hazan estime que "l'arrivée d'Éric Dupond-Moretti change quelque chose". Ne serait-ce que par sa stature : Jean-Yves Le Drian, estime-t-il, "ne tancera pas Éric Dupond-Moretti à l'Assemblée comme il a pu le faire avec Nicole Belloubet". 

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