Quinquennat de Hollande : "Beaucoup a été fait", mais "peu a été mémorisé", souligne la Fondation Jean-Jaurès

Quinquennat de Hollande : "Beaucoup a été fait", mais "peu a été mémorisé", souligne la Fondation Jean-Jaurès
François Hollande, le 14 octobre 2018 à Blois.

Orange avec AFP, publié le jeudi 08 novembre 2018 à 20h20

La Fondation Jean-Jaurès publie ce jeudi 8 novembre son Inventaire du quinquennat de François Hollande, où elle pointe notamment un "défaut d'autorité" de l'ex-président, et un "manque de lisibilité" de l'action conduite. Selon le think tank proche du PS, le bilan, "nuancé", "n'a pas été indigne" et mérite un "12/20."

Depuis son départ de l'Élysée il y a un an et demi, François Hollande n'a cessé de défendre son bilan.

Qu'en est-il vraiment ? C'est une question à laquelle a tenté de répondre la Fondation Jean-Jaurès. Ce think tank, réputé proche du PS, a publié ce jeudi 8 novembre Inventaire 2012-2017 - Retour sur un quinquennat "anormal".

Un rapport de près de 300 pages qui a nécessité huit mois de travail et la contribution de 60 observateurs, parmi lesquels Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve, Benoît Hamon, Pierre Moscovici, Laurent Berger, Jean-Christophe Cambadélis, Myriam El Khomri, Marisol Touraine, Michel Sapin ou encore Olivier Faure, souligne Le Monde. Il a également été alimenté par une réunion publique organisée en juin dernier et durant laquelle l'ancien chef de l'État a fait le point sur ses cinq années à l'Élysée.

Un redressement économique constaté

Premier constat : "beaucoup a été fait", mais "peu a été mémorisé". Les auteurs Alain Bergounioux et Gilles Finchelstein mettent en avant les réformes réalisées : mariage pour tous, accords de Paris sur le climat, non-cumul des mandat, créations de postes dans l'Éducation nationale, généralisation du tiers payant ou encore la réforme territoriale. Les "deux tiers" des promesses initiales ont été "tenues, totalement ou partiellement".

Ils soulignent également, à propos de la politique économique conduite, que "le bilan d'ensemble est bien celui d'un redressement entre 2012 et 2017". Ils citent un déficit public ramené de 5,2 % à 2,7 % du PIB, la Sécurité sociale pratiquement à l'équilibre alors que son déficit était de plus de 17 milliards d'euros en 2012, la croissance relancée et le début de décrue du chômage.

La Fondation Jean-Jaurès dresse un bilan "nuancé", qui "n'a pas été indigne" et suggère un 12/20 pour sa politique économique et sociale. Malgré ses "limites" et ses "ratées", elle "a permis de disposer en 2017 d'une économie plus solide qu'en 2012".



"Défaut d'autorité" et "manque de lisibilité"

Pourquoi alors un tel désaveu politique ? Les auteurs n'hésitent pas à montrer du doigt les responsabilités de François Hollande qui ne s'est pas représenté en 2017 et dont le mandat s'est achevé par un "désastre politique".

Le cercle de réflexion pointe notamment un sérieux défaut de leadership. M. Hollande "n'a trop souvent pas pu, ou plus sûrement pas voulu, imposer des choix, voire indiquer ses choix. Et ce défaut d'autorité s'est vérifié dans ses relations avec son Premier ministre, notamment Manuel Valls, avec les groupes parlementaires de la majorité, avec le Parti socialiste", écrit le directeur général Gilles Finchelstein.

L'action conduite a par ailleurs "souffert d'une manque de lisibilité" en l'absence d'un "récit du quinquennat". "Pendant que ses Premiers ministres tentent de prendre de la hauteur, le président reste, lui, dans son rôle de bricoleur de politiques publiques", déplore dans sa synthèse un des auteurs, Mathieu Souquière.

La déchéance de nationalité, "une erreur indélébile"

Au plus fort de la crise des migrants, il n'a "pas tenu de 'discours clair' (...)", "préférant une 'posture ambiguë'", regrettent les auteurs, citant anonymement un des intervenants interrogés.Même manque de lisibilité sur l'Europe, selon eux. "En pensant que moins il exprimerait sa vision, plus il préserverait sa liberté d'agir, il s'est tiré une balle dans le pied". Sur le plan de la gouvernance, François Hollande a eu le tort de faire le "choix baroque" de "placer son mandat sous le signe d'une présidence 'normale'".

Avoir proposé la déchéance de nationalité pour les binationaux nés Français était une "erreur indélébile". En "épousant une idée du camp politique adverse", il a "perdu toute crédibilité et a fait douter une partie de la gauche de la sincérité de ses convictions".

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