Quel avenir pour la réforme des retraites ?

Quel avenir pour la réforme des retraites ?
Une manifestation contre la réforme des retraites à Strasbourg, le 23 janvier 2020.

, publié le lundi 15 juin 2020 à 11h37

Avec la crise du coronavirus, les réformes en cours ont été suspendues. Pour autant, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire estime que "le problème des retraites reste sur la table".

Après deux mois de confinement et un mois de déconfinement, Emmanuel Macron a accéléré dimanche soir le retour à la normale, en annonçant notamment la réouverture des cafés et restaurants en Île-de-France et le retour à l'école obligatoire dès le 22 juin.

Et sur le plan politique ? "Toutes les réformes qui existaient avant le coronavirus sont suspendues", a déclaré lundi 15 juin sur France Inter la porte-parole du gouvernement, "et tant que le président de la République et le Premier Ministre n'ont pas donné d'indications sur la suite, elles sont toujours suspendues", a expliqué Sibeth Ndiaye. Elles ne sont pas pour autant abandonnées, même si l'exécutif envisage de revoir ses copies.




Concernant la réforme de l'Assurance chômage, Sibeth Ndiaye a rappelé que cette réforme avait été "conçue et pensée dans un moment où le marché de l'emploi était extrêmement porteur, où donc les incitations à revenir sur le marché de l'emploi valaient parce qu'on avait un bon contexte économique". Cette situation ayant changé, le président rencontre actuellement les partenaires sociaux afin de repenser cette réforme, "elle sera sans doute amendée à travers ces discussions", a expliqué la porte-parole, sans pouvoir en dire plus sur leur contenu.

La réforme des retraites reste "pertinente", selon Le Maire

Quant à la réforme des retraites, adoptée fin février à coups de 49-3 après 13 jours de débats compliqués à l'Assemblée nationale, "les problèmes auxquels elle entendait répondre demeurent", a estimé la porte-parole, mais "aujourd'hui ce texte là fait partie des discussions que nous aurons", et "il faudra voir comment il sera amené à vivre dans les mois à venir".

Le ministre de l'Economie et des Finances a jugé de son côté qu'il fallait poursuivre cette réforme très contestée, alors que d'après une estimation provisoire du Conseil d'orientation des retraites (COR), le solde des régimes de retraite toutes catégories confondues devrait atteindre le niveau record de -29,4 milliards d'euros en fin d'année. "30 milliards d'euros de déficit, c'est une situation qui est compliquée. Est-ce qu'il faut encore réformer les retraites ? Oui. Est-ce qu'il faut encore un système plus juste, plus efficace ? Oui. Est-ce qu'il faut le poursuivre maintenant ? Ce sera au président de la République et au Premier ministre de trancher", a affirmé Bruno Le Maire lundi matin sur Franceinfo

"Le problème reste entier et ne disons pas que, parce qu'on l'aurait mis de côté, le problème des retraites serait définitivement réglé en France. Ce n'est pas le cas. Le problème des retraites reste sur la table", a assuré le locataire de Bercy. A propos du système par points, le ministre de l'Économie a affirmé qu'il avait "le mérite de la simplicité et de la justice, ça reste pour moi un sujet pertinent et une réforme pertinente".

Il faut donc aller au bout de la réforme du système des retraites selon le ministre, qui ne se prononce en revanche pas sur une calendrier. "Est-ce qu'il faut le rouvrir maintenant ? Est-ce que c'est le bon calendrier ? Est-ce qu'on peut conjuguer à la fois la reconstruction économique et la poursuite de cette réforme ? Ce sera au président de la République de décider avec les partenaires sociaux". Après la présidentielle de 2022 ? : "Je ne peux pas vous répondre. Je ne fixe pas le calendrier parlementaire, je suis ministre de l'Économie et des Finances", a-t-il a conclu.

"L'avenir de cette réforme, c'est le placard"

Les numéros un des principaux syndicats et du patronat ont estimé la semaine dernière que l'heure n'était pas à la réouverture de la réforme des retraites, au lendemain de l'adoption par les députés de la majorité d'une proposition de loi PCF qui prévoit de revaloriser les pensions de retraite des agriculteurs à 85% du Smic, reprenant ainsi une promesse du projet de la réforme.

"L'avenir de cette réforme, c'est le placard, c'est là qu'elle sera le mieux", a balayé François Hommeril, président de la CFE-CGC, lors d'un "grand débat" jeudi 11 juin en visioconférence entre les dirigeants des principales organisations patronales et syndicales, organisé par l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis). "De quoi on parle? Mettons en face les chiffres présentés pour justifier de la réforme pour l'équilibre nécessaire et les 90 milliards de déficit de l'Unédic (...). On aura l'exacte mesure de l'urgence sociale ou économique à remettre le pays à feu et à sang", a ajouté le dirigeant, opposé à la réforme dès le départ, avec la CGT et Force ouvrière. "On n'a pas changé d'avis : on considère que cette réforme est mauvaise", a de son côté dit Philippe Martinez, quand Yves Veyrier a jugé "malvenu de recréer de la tension à un moment où on a d'autres chats à fouetter".

La CFDT et la CFTC, favorables pour leur part à un système universel par points, mais pas sous la forme présentée par le gouvernement, sont sur la même longueur d'onde que leurs pairs. Pour Laurent Berger, de la CFDT, "ça n'a aucun sens de se remettre sur la figure à la rentrée sur ce sujet-là!". "C'est pas le moment d'y revenir, c'est une évidence y compris pour des questions de climat global". Mais sur le fond, il a redit que le système universel était "plus juste". "C'est pas le moment pour mettre ce sujet sur la table car le climat social ne s'y prête pas", a relevé Cyril Chabanier, président de la CFTC, pour qui le système actuel "n'est pas juste".

Côté patronat, pour Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, la "première question à se poser", avant de relancer la réforme, est : "c'est quoi la profondeur du trou" financier du système des retraites? "On était à 12 milliards. De quoi parle-t-on maintenant?"

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