Quand Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing se livraient une guerre sans merci...

Quand Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing se livraient une guerre sans merci...©Panoramic

publié le mercredi 02 décembre 2020 à 23h10

Pourtant de la même famille politique, les deux hommes n'ont jamais entretenu de bonnes relations. Valéry Giscard d'Estaing n'ayant jamais pardonné à Jacques Chirac sa "trahison".

Entre Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac, l'entente n'a jamais été au beau fixe.

Tout avait pourtant bien commencé. En 1974, le premier est élu président de la République en partie grâce au second, qu'il nommera d'ailleurs Premier ministre. Mais rapidement leur relation se tend en raison de divergences d'opinion et de style, comme le souligne CNews. Alors que la France traverse une crise économique et sociale, le président met en place un plan de refroidissement alors que Jacques Chirac milite pour un plan de reprise par l'investissement.



En 1976, après une défaite électorale, l'heure de la rupture est arrivée. C'est lors d'un dîner au fort de Brégançon, à l'été 76, que tout aurait basculé. Jacques Chirac n'aurait pas supporté la différence de traitement avec le couple présidentiel et se serait senti humilié, relatait Gala en décembre 2019. "Ce bref séjour commun au fort de Brégançon ne fait que confirmer tout ce qui me sépare d'un président si imbu de ses prérogatives qu'il en arrive à traiter ses hôtes, fût-ce son Premier ministre, avec une désinvolture de monarque", avait d'ailleurs écrit dans ses mémoires Jacques Chirac. Et d'ajouter : "Je rentre à Paris choqué par un tel manque de respect. Et plus déterminé que jamais à reprendre ma liberté dès que je le pourrai. L'épisode de Brégançon me confortera dans l'idée que je n'ai plus grand-chose en commun avec ce président." Deux mois plus tard, Jacques Chirac démissionnait, estimant ne pas disposer des moyens nécessaires pour assurer efficacement ses fonctions. Il créera dans la foulée le RPR (Rassemblement pour la République).

Mais les deux hommes ne se sont jamais accordés sur la version de l'histoire. Dans un documentaire diffusé sur France 3, VGE évoquait quant à lui un séjour agréable avec le couple Chirac. "Il n'y avait pas de chambre bien installée en fait pour recevoir les Chirac et je me souviens encore que nous avons apporté des fauteuils pour que ce soit confortable et plaisant pour leur venue. (...) Ça s'est très bien passé, c'est une invitation plutôt aimable."

La trahison

En 1981, la rupture sera totale après ce que Valéry Giscard d'Estaing appellera dans ses mémoires "une trahison" ou encore une "honteuse et stupide manœuvre". Éliminé au premier tour de la présidentielle, Jacques Chirac affirme qu'"à titre personnel", il votera Giscard au second tour et non Mitterrand. Sauf que la réalité est tout autre, comme le relate Le Point. Le président sortant appelle alors une permanence de Jacques Chirac en masquant sa voix. "Il ne faut pas voter Giscard, il faut voter Mitterrand", lui aurait indiqué un militant. "Ce qui l'anime, c'est un désir fanatique d'accéder à la présidence de la République. Cette obsession efface pour lui tout le reste, les convictions aussi bien que le respect des règles", a ainsi écrit VGE dans ses mémoires, à propos de son ancien Premier ministre.

Les hostilités entre les deux hommes ne cesseront pas les années suivantes. Lors des élections européennes de 1979, Jacques Chirac qualifiera l'UDF, trop pro-européenne, de "parti de l'étranger". Ce n'est qu'en 1995 que VGE ravalera sa fierté et appellera même à voter Chirac alors opposé à Balladur, pourtant de son parti, à la présidentielle. Pour lui rendre la pareille, Jacques Chirac appuiera en 2001 la candidature de Giscard pour présider la Convention chargée d'élaborer la Constitution de l'UE. Interrogé sur Jacques Chirac en 2005 par Franz-Olivier Giesbert, Valéry Giscard d'Estaing déclarera : "C'est quelqu'un qui ne m'intéresse pas. De Gaulle m'a fasciné. Helmut Schmidt, je l'ai aimé. Chirac, il n'a jamais occupé mon esprit. Je n'y pense pas." Les deux hommes se retrouveront finalement entre 2007 et 2011 au Conseil constitutionnel.

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