"Protection de notre mode de vie européen" et migration : polémique à la Commission européenne

"Protection de notre mode de vie européen" et migration : polémique à la Commission européenne
Ursula von der Leyen à Bruxelles, en Belgique le 10 septembre 2019.

Orange avec AFP-Services, publié le mercredi 11 septembre 2019 à 16h44

La Commission européenne utilise la "rhétorique de l'extrême-droite", a accusé Amnesty International.

Va-t-il y avoir un vice-président chargé de la "protection de notre mode de vie européen" à la Commission européenne ? Et surtout, sera-t-il également chargé de la question de la migration ? C'est le souhait de la future présidente de l'instance, Ursula von der Leyen. Mais l'association de ces deux problématiques suscite une controverse à Bruxelles, depuis mardi 10 septembre.

Le Grec Margaritis Schinas, dont le pays est en première ligne des arrivées de migrants, s'est vu attribuer une vice-présidence dans laquelle il sera notamment chargé des questions de migration.

La nouvelle équipe doit prendre ses fonctions le 1er novembre. L'intitulé de son poste de vice-président pour la "Protection de notre mode de vie européen", a laissé dans un premier temps dubitative la salle de presse, curieuse de savoir ce qui se cachait derrière ce titre. Les intitulés des vice-présidences sont tous tirés du programme politique présenté devant le Parlement européen et rendu public, a alors expliqué Ursula von der Leyen.


"Notre mode de vie européen, c'est s'accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l'une des plus précieuses valeurs", a expliqué Mme von der Leyen, pressée d'expliquer le lien entre l'intitulé du poste et le dossier migratoire. Dans son programme, l'Allemande développe en effet l'une de ses priorités, "protéger notre mode de vie européen", en plusieurs catégories, dont l'État de droit et la sécurité intérieure, ainsi qu'un point sur "des frontières solides et une nouvelle approche en matière de migration".

La dénomination a toutefois créé une certaine gêne, en particulier chez les opposants politiques au PPE, le groupe dont est issue Mme von der Leyen, à l'image de la co-présidente du groupe des Verts au Parlement européen Ska Keller. "Cela fait peur de voir proposer un portefeuille sur la 'protection du mode de vie européen' qui inclut la migration et la protection des frontières. Nous espérons que la présidente von der Leyen ne voit pas une contradiction entre soutenir les réfugiés et les valeurs européennes", a réagi Mme Keller sur Twitter.

"Rhétorique d'extrême-droite"

Son collègue britannique issu du groupe des sociaux-démocrates, Claude Moraes, a quant à lui déclaré qu'il soulèverait ce "vrai problème" auprès de son groupe, estimant sur Twitter qu'un portefeuille ainsi nommé ne pouvait pas exister. "Le Parlement européen doit donner son accord" à la nouvelle Commission, a-t-il rappelé. Toute l'équipe présentée par Ursula von der Leyen doit passer des auditions devant les eurodéputés, qui devront confirmer les postes.

En utilisant "la rhétorique de l'extrême droite 'les migrants menacent le mode de vie européen' et en liant la migration à la sécurité", l'intitulé de ce portefeuille "envoie un message inquiétant", a twitté un porte-parole d'Amnesty International, Stefan Simanowitz.

La France s'"interroge", mais n'intervient pas

"Cet intitulé interroge" même si "le périmètre de ce portefeuille ne diffère pas de la mandature précédente", a déclaré la porte-parle du gouvernement Sibeth Ndiaye, lors d'un point de presse à l'issue du conseil des ministres. Tout comme un autre pays ne peut pas se mêler des intitulés des ministères français, la France n'a pas à intervenir sur les intitulés des portefeuilles des Commissaires de l'UE, a-t-elle estimé.   

Mais le nouveau commissaire présentera sa feuille de route devant les députés européens début octobre et il aura alors "à s'expliquer", a ajouté la porte-parole. "La présidente de la Commission européenne a fait des choix sur les intitulés. Ce n'est pas celui que j'aurais choisi à titre personnel. Mais il faut attendre l'audition du Commissaire européen début octobre" devant le Parlement, a-t-elle conclu.

Mme von der Leyen a précisé que Margaritis Schinas allait travailler "sur toute la chaîne", du pays d'origine des migrants au trafic d'êtres humains, à des frontières extérieures "qui fonctionnent" et au droit d'asile, mais aussi sur la migration légale de travailleurs qualifiés.

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