"Propos inacceptables" : la France convoque l'ambassadeur de Chine... qui décline

"Propos inacceptables" : la France convoque l'ambassadeur de Chine... qui décline
Lu Shaye à Paris, le 10 septembre 2019.

publié le mardi 23 mars 2021 à 11h24

"Nous attendons le plus rapidement possible que cette convocation soit honorée", a insisté Clément Beaune.

"Petite frappe", "hyène folle", "troll idéologique" : l'ambassade de Chine à Paris s'est déchaînée le week-end dernier contre un chercheur français jugé trop critique à l'encontre de Pékin. Et alors que le ministère français des affaires étrangères a convoqué l'ambassadeur, ce dernier a décliné en évoquant un problème d'agenda, a indiqué mardi 23 mars le secrétaire d'État aux Affaires européennes, Clément Beaune.

"Le problème d'agenda, je n'y crois pas trop et ça ne marche pas dans ce sens là", a estimé le secrétaire d'État. "Ni la France ni l'Europe ne sont des paillassons. Quand on est convoqué, quand on est ambassadeur, on se rend à une convocation au ministère des Affaires étrangères. Nous attendons le plus rapidement possible que cette convocation soit honorée", a-t-il ajouté. Le ministère avait dénoncé lundi les "propos inacceptables" de l'ambassade de Chine envers un chercheur et des parlementaires français.


"L'Ambassadeur Lu Shaye ne s'est pas rendu aujourd'hui au MAE français en raison d'agenda. Demain, il s'y rendra pour entreprendre des démarches auprès de la partie française sur les sanctions imposées par l'UE aux individus et aux entités chinois et les questions liées à Taiwan", avait tweeté lundi soir l'ambassade de Chine.

L'ambassade de Chine en France s'est déchaînée ces derniers jours contre Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) auquel elle reproche ses positions "antichinoises". L'escalade est partie d'un tweet de l'ambassade vendredi, traitant Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), de "petite frappe" pour avoir dénoncé des pressions chinoises sur des parlementaires français souhaitant se rendre à Taïwan. Experts en géopolitique et élus français ont alors pris la défense de ce spécialiste de la Chine, en conflit ouvert avec l'ambassade depuis des mois (elle lui a bloqué l'accès à son compte Twitter).


"Certains reprochent à l'Ambassade de Chine d''agresser' un 'chercheur indépendant'. En réalité (..) il est juste un troll idéologique", a répliqué dimanche l'ambassade sur son site internet, lui reprochant d'être pro-taïwanais. Elle s'en est prise aussi aux "hyènes folles" qui "s'affûblent des habits de chercheurs et de médias et s'en prennent furieusement à la Chine". 

L'ambassade a nié avoir outrepassé les usages diplomatiques, alors que certains réclament un geste fort de protestation du ministère français des Affaires étrangères. La diplomatie c'est "défendre les intérêts et l'image de son pays", a-t-elle lancé.


Antoine Bondaz a une nouvelle fois dénoncé dimanche ces emportements, déplorant "un sentiment d'impunité totale" et une "rhétorique décomplexée" de la diplomatie chinoise à l'étranger.

L'ambassade est coutumière des piques, sinon attaques en règle à l'encontre des détracteurs de la Chine. L'ambassadeur Lu Shaye s'était récemment déclaré "fermement oppposé" à une visite de parlementaires français à Taïwan. "Les parlementaires français décident librement de leurs projets de déplacement et de leurs contacts", a répliqué le Quai d'Orsay.

La République populaire de Chine considère ce territoire comme une de ses provinces et menace de recourir à la force en cas de proclamation formelle d'indépendance sur l'île, soutenue par les États-Unis.

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