Prolongation de l'état d'urgence sanitaire : la colère d'Olivier Véran à l'Assemblée nationale

Prolongation de l'état d'urgence sanitaire : la colère d'Olivier Véran à l'Assemblée nationale
Le ministre de la Santé Olivier Véran à l'Assemblée nationale, le 3 novembre 2020.

, publié le mercredi 04 novembre 2020 à 08h10

Le ministre de la Santé s'est emporté mardi soir devant les députés après que les oppositions sont parvenues à faire voter par l'Assemblée une prolongation de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 14 décembre seulement, et non jusqu'à mi-février comme le souhaitait le gouvernement.



"Vous êtes en train de débattre de sujets alors que nos soignants se battent pour sauver des vies!". Le ministre de la Santé Olivier Véran s'est mis dans une colère mardi soir 3 novembre à l'Assemblée nationale lors de l'examen du projet de loi clé sur la prolongation de l'état d'urgence sanitaire. Ce projet de loi, discuté en nouvelle lecture, prévoit une prorogation de l'état d'urgence face à l'épidémie de Covid-19 jusqu'au 16 février. Ce régime d'exception permet de limiter drastiquement les déplacements ou de confiner la population.

Mais les oppositions sont parvenues à faire voter une prolongation de l'urgence jusqu'au 14 décembre seulement, car il n'y avait pas assez députés LREM sur les bancs de l'hémicycle.

Les fêtes de fin d'année sont un moment privilégié" et "il convient de tout mettre en oeuvre pour permettre aux Français de se retrouver en famille", a plaidé l'auteure de l'amendement adopté, Josiane Corneloup (LR).

Suspensions de séance et chahut ont suivi. "La majorité est incapable d'être rassemblée sur un texte sur l'urgence à 21h00", a fustigé le Républicain Philippe Gosselin tandis qu'Emmanuelle Ménard, proche du Rassemblement national, lançait aux LREM: "vous voulez les pleins pouvoirs mais vous n'assumez pas".

Un nouveau vote compliqué s'est ensuivi : un amendement de Paul Molac (Libertés et territoires) a été adopté contre l'avis du gouvernement. Il prévoit que le confinement décrété par l'exécutif à partir du 30 octobre ne puisse être renouvelé au-delà du 30 novembre qu'après accord du Parlement. 

"C'est ça la réalité, si vous ne voulez pas l'entendre sortez d'ici"

Ce qui a poussé Olivier Véran à revenir au Palais Bourbon pour demander la "réserve des votes" sur les amendements et articles restants, ce qui remet les scrutins au moment où le gouvernement le choisira. Le gouvernement a en effet le moyen de revenir sur ces deux votes avant l'adoption définitive du projet de loi, qui est prévue vendredi mais pourrait être repoussée. "Je ne voudrais surtout pas que nous ayons à présenter aux Français un texte tellement déstabilisé", a justifié le ministre de la Santé.

"A l'hôpital de Corbeil-Essonnes, dans le service de réanimation, j'ai rencontré des soignants qui étaient déjà présents lors de la première vague, qui ont tout donné au printemps dernier et qui étaient fiers d'avoir sauvé des vies. Ils m'ont raconté comment ils étaient passés de 40 à près de 80 lits de réanimation et de soins intensifs pour pouvoir sauver des malades", a également expliqué M. Véran, face au courroux de l'opposition.

"Je suis rentré dans deux chambres dans ce service de réanimation. Dans la première chambre, il y avait un jeune homme de 28 ans dans le coma. Dans la deuxième chambre il y avait un homme en surpoids âgé de 35 ans", a-t-il poursuivi en haussant le ton. "C'est ça la réalité mesdames et messieurs les députés, si vous ne voulez pas l'entendre sortez d'ici! C'est ça la réalité dans nos hôpitaux, vous êtes en train de débattre de sujets alors que nos soignants se battent pour sauver des vies dans ces hôpitaux", s'est alors emporté le ministre. 

"Chantage"

"C'est insupportable le chantage que vous êtes en train de nous faire", lui a alors répliqué la député La France insoumise Mathilde Panot. "Vous êtes venu dans l'hémicycle (...) parce que vous n'aviez pas le nombre de députés qu'il vous fallait. (...) Vous détestez la démocratie", a-t-elle dénoncé. 




"Vos propos ont été indigne et vous avez indigne", a également répondu le président des Républicains Christian Jacob. 



Dans ce contexte tendu, le chef de file des députés LR Damien Abad a alors appelé les députés à se lever pour applaudir le personnel soignant. Puis la "marcheuse" Patricia Mirallès, "survivante du Covid", a demandé une minute de silence pour "toutes les personnes mortes aujourd'hui".

Les échanges doivent reprendre mercredi après-midi sur la centaine d'amendements restants.
 

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