LR: cap à droite, Ciotti veut "couper le robinet d'eau tiède"

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Eric Ciotti pose le 14 septembre 2021 à Paris
Eric Ciotti pose le 14 septembre 2021 à Paris
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© AFP, JOEL SAGET
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publié le jeudi 28 octobre 2021 à 17h22

A l'ombre des trois favoris dans la course à l'investiture de LR pour la présidentielle, Eric Ciotti mène une campagne "clairement à droite", quitte à faire grincer des dents dans sa famille politique qui cherche la parade anti-Zemmour.

"Je veux être le candidat qui porte des idées de rupture, qui coupe le robinet d'eau tiède": à 56 ans, le député des Alpes-maritimes, qui ne s'"excuse pas d'être de droite", défend ses "idées fortes" sur "l'autorité, l'identité, la liberté".

Avec sa rhétorique de "guerre de civilisation", il aligne des propositions chocs sur le régalien: préférence nationale sur l'emploi et le logement, retour au droit du sang, inscription des origines judéo-chrétiennes dans la Constitution...

Sur le plan économique, il défend la fin de l'impôt sur les successions, un taux d'imposition unique de 15% et la suppression de 250.000 postes de fonctionnaires. 

Autant de propositions clivantes mais propres à séduire la base conservatrice de LR, orpheline de François Fillon, et qui se reconnaît mal en Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et Michel Barnier malgré leur discours très ferme sur le régalien.

"On a trop eu de candidats qui, par marketing, étaient flous pour plaire au plus grand nombre", affirme Florin, 23 ans, croisé à un café des "jeunes avec Ciotti" mi-octobre. 

La droite "a besoin de ce projet de rupture" qui est "le seul différenciant", abonde Grégoire, 22 ans, qui se désole: "malheureusement on n'entend pas parler de lui."

Eric Ciotti, lui, jure qu'"il n'y a pas de favori" dans la course à l'investiture LR, qui sera tranchée en congrès le 4 décembre.

Convaincu que "le pays n'a jamais été aussi clairement à droite", il promet de "créer la surprise".

Avec 145.000 abonnés sur Facebook, des comptes Twitter et Instagram actifs, son entourage lui prête "la plus grosse force de frappe" sur les réseaux sociaux.

Il peut surtout s'appuyer sur sa fédération des Alpes-maritimes, la plus fournie de France avec plus de 7.000 adhérents - même si elle compte aussi des élus pro-Bertrand ou pro-Pécresse.

- "Frontistes" -

"Ciotti mobilise fort. Il tient sa fédé. Il peut faire un score", estime un cadre de LR.

"Il peut prétendre à 10-15%, il aura les fédés du sud et les ultras des autre fédérations", ajoute un député.

Vantant comme Michel Barnier sa fidélité à LR, Eric Ciotti revendique d'être "le seul à ne pas avoir voté pour Emmanuel Macron" au second tour de la présidentielle de 2017. 

En cas de second tour Zemmour-Macron, il choisirait d'ailleurs le polémiste, a-t-il assuré à plusieurs reprises, faisant regimber dans son propre camp. "Absurde", a cinglé Jean-François Copé.

"C'est une erreur stratégique majeure. Ca veut dire qu'on se destine déjà à être les supplétifs d'une famille qui n'est pas la nôtre", selon un parlementaire du camp Pécresse.

S'il devait l'emporter au congrès, "je quitterais immédiatement LR", a assuré mercredi le président de la région Paca Renaud Muselier, en conflit larvé avec Eric Ciotti.

Un autre élu LR va jusqu'à estimer qu'il faudrait l'"exclure" du parti, en déplorant des positions "très frontistes" - en mai, Marine Le Pen avait exhorté le député des Alpes-maritimes à la rejoindre.

Mais Eric Ciotti "rend service. Il peut dissuader une partie de l'électorat d'aller chez Zemmour en leur disant que les questions régaliennes seront traitées", souligne un cadre de LR.

La progression du polémiste dans les sondages inquiète en effet LR, où deux lignes se sont affrontées au dernier conseil stratégique.

Face aux rumeurs sporadiques pariant sur un abandon précoce, Eric Ciotti a assuré mi-octobre qu'il irait "jusqu'au bout" de la course à l'investiture.

D'autres prêtent à ce spécialiste des questions régaliennes des vues à plus long terme: "Il veut Beauvau", assure un bon connaisseur de la droite.

Sa campagne lancée dans le Sud, Eric Ciotti poursuivra la semaine prochaine dans le Sud-Ouest, la suivante en région parisienne, et celle d'après dans les Hauts-de-France.

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