Présidentielle : Benoît Hamon, un «costard» trop grand ?

Présidentielle : Benoît Hamon, un «costard» trop grand ?
Benoît Hamon a été le candidat qui a dépensé le plus d'argent par voix. Chacune a coûté 6,58 euros.

leparisien.fr, publié le jeudi 21 juin 2018 à 19h20

Malgré des sondages inquiétants et une note confidentielle qui l'alertait sur ses soucis de crédibilité, le candidat du PS à la présidentielle a dépensé sans (trop) compter. Comme le confirme notre plongée dans les factures de ses comptes de campagne.

C'est l'histoire d'une course folle entamée tard, très tard, le 29 janvier 2017, jour de la désignation de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, après le forfait choc de François Hollande. À trois mois du premier tour de la présidentielle, officiellement, tous les espoirs sont permis pour le nouveau porte-drapeau du PS, au vu des premiers sondages qui lui promettent un score à deux chiffres, autour de 17 %. Mais en coulisses, c'est une tout autre affaire.

Dès le départ, loin des oreilles indiscrètes, Hamon se fait sévèrement étriller par les têtes pensantes de sa campagne. En consultant les volumineux cartons de ses factures au siège parisien de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), nous sommes tombés sur une note de stratégie datée de février 2017, réalisée par la société Mediascop, bien connue à gauche : son créateur, Arnauld Champremier-Trigano, a été le gourou de la com de Jean-Luc Mélenchon en 2012.

Au fil de ces 32 pages, le ton de cette note est cinglant. Certes, la « simplicité affichée » et le « rapport aux gens » du candidat Hamon sont salués, mais c'est pour mieux le mettre en garde : « La question de sa crédibilité va de nouveau être posée », est-il écrit, noir sur blanc.

«Benoît doit éviter les pantalons trop longs»

La suite est encore plus brutale, en particulier une page entière consacrée à la tenue vestimentaire de « BH ». « Benoît lutte contre un a priori tenace aujourd'hui, celui d'être le petit Benoît, qui s'est retrouvé par hasard dans la cour des grands, le plus jeune, le gamin. Dans ce cadre-là, le détail qui tue est son costume mal ajusté - costume trop grand et manches trop longues - qui lui rétrécit le corps, le fait apparaître comme un enfant ».

Grand seigneur, l'auteur délivre ce conseil : « Porter des costumes plus près du corps. Éviter les pantalons trop longs qui donnent l'impression de jambes trop courtes. » Montant facturé pour cette potion très amère ? 21 600 euros.

6,5 euros dépensés par voix

Malgré cette douche froide, Benoît Hamon va dépenser au total 15 millions d'euros, soit un peu moins que le plafond légal de 16,8 millions d'euros pour les candidats du premier tour, et la deuxième campagne la plus coûteuse de cette course présidentielle.

Et ce, alors que la barre fatidique des 5 % se rapprochait dangereusement dans les sondages, en deçà de laquelle le candidat n'aurait pas été remboursé de ses frais... et le prêt de 8 millions d'euros du PS non plus. Au final, il sauvera de justesse le parti du crash total avec un score - historiquement bas - de 6,36 %. Soit 6,58 euros dépensés par voix, la pire « rentabilité » des onze candidats.

Pour résoudre ses problèmes d'image, le candidat a pourtant dépensé des sommes parfois extravagantes pour la réalisation de vidéos en ligne et sites web. Dans les jours précédant le premier tour, urgence et improvisation obligent, il a aussi ouvert les vannes financières en grand pour le meeting géant de la place de la République, le 19 avril.

Ses comptes de campagne en partie validés

Les factures des prestataires de cette réunion publique ont fait bondir les rapporteurs de la CNCCFP. Ils ont néanmoins validé le compte à quelques factures près (dont 35 000 euros de sondages retoqués), écartant toute ristourne illégale ou surfacturation.

Julien Dray, on s'en souvient, avait suspecté Hamon, qui a depuis claqué la porte du PS, de s'être constitué un trésor de guerre pour fonder son mouvement Génération.s. Ironie de l'histoire ? Le PS, qui a subi depuis un sévère plan social, avait pourtant eu recours pour cette campagne à un... cost-killer !

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