Présidentielle 2022 : quel crédit accorder aux sondages un an avant ?

Présidentielle 2022 : quel crédit accorder aux sondages un an avant ?
(Photo d'illustration)

publié le samedi 15 mai 2021 à 07h00

En 1994, tous les sondages donnaient Edouard Balladur gagnant, en 2011, c'était Dominique Strauss-Khan et en 2016, tout le monde pariait sur Alain Juppé. Si ces dernières années, les enquêtes n'ont pas toujours eu raison, les sondeurs rappellent qu'il faut voir dans ces études une photographie du rapport de force actuel et pas une prédiction.

La présidentielle 2022 verra-t-elle à nouveau s'affronter Marine Le Pen et Emmanuel Macron lors du deuxième tour, comme en 2017 ? Un an avant l'échéance, tous les sondages donnent le président sortant gagnant face à la patronne du Rassemblement national. Mais quel crédit accorder à ces études, un an avant ?




L'histoire prouve que les sondages ne font pas tout.

En mai 2011, à un an de la présidentielle, Dominique Strauss-Kahn domine les sondages. Mais mi-mai, son arrestation au Sofitel de New York bouleverse la donne. C'est finalement François Hollande qui sera élu en mai 2012. En avril 2016, le grand favori pour l'élection de 2017 est Alain Juppé, avec 34 à 37% des intentions des votes au premier tour. Peu de sondés parient alors sur Emmanuel Macron qui vient de créer son parti En Marche... "On a aussi connu Balladur président, avec les sondages", rappelle le patron des Républicains Christian Jacob, en allusion à la forte avance du candidat en 1995, avant que Jacques Chirac ne soit élu.

Rapport de force

Peut-on dire que les sondages se sont trompés? "Ils ne se trompent pas, ils sont pas prédictifs", défend Frédéric Dabi, le directeur général de l'Ifop, en martelant : "un sondage à un an reflète un état des forces politiques à un an". En 2002, aucun sondage n'avait prédit que Lionel Jospin serait écarté du second tour au profit de de Jean-Marie Le Pen (crédité de 12 à 14%, il avait fait 17% au premier tour), du fait notamment des difficultés à "redresser" les intentions de vote sans doute sous-déclarées. "Tout le monde se focalise sur 2002 mais en 1995, pas un sondage ne donne Jospin en tête au premier tour, pour moi c'est la grande faillite des sondages dans l'histoire française : ils ont mal saisi le rapport de force", estime M. Dabi.

Or "les sondages ne sont pas une prédiction du futur mais une photographie du présent", qui "donne une idée du rapport de force", affirme Gilles Finchelstein, de la fondation Jean Jaurès, proche du PS. Aujourd'hui "on ne connaît pas l'offre électorale" puisque, si Marine Le Pen est déjà déclarée, la droite et la gauche cherchent leur candidat. Emmanuel Macron n'a pas confirmé pas non plus qu'il se présentera à sa succession. 

"On ne sait pas non plus le sujet sur lequel va se centrer la campagne", la crise sanitaire pouvant passer au second plan, et surtout "on n'a pas la campagne", ajoute M. Finchelstein, en rappelant qu'en 2017, "dans les trois derniers mois, 65% des électeurs ont changé au moins une fois d'intention de vote ou d'intention de voter".

"Il y a trente ans on disait que le janvier est le mois de la cristallisation, c'est fini, désormais elle se fait le jour du vote", ajoute-t-il. Le sondage ne peut non plus intégrer l'imprévu, que ce soit l'émergence d'un candidat surprise, une péripétie judiciaire... 

Quand les sondages influencent les partis

Aujourd'hui, les sondages prédisent un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les autres candidats restant loin derrière. Entre les deux "on n'a pas la moindre volatilité, avec des électorats entièrement antagonistes, ça c'est nouveau", explique M. Dabi. Certes Marine Le Pen dispose d'un électorat très fidèle et "on a du mal à imaginer" qu'elle ne soit pas au second tour, ajoute-t-il. Le responsable de l'Ifop reste toutefois prudent, rappelant que par le passé "elle n'a jamais vraiment connu de dynamique présidentielle": en 2011 "elle était au coude-à-coude voire dépassait Nicolas Sarkozy" (elle a finalement fait 10 points de moins au premier tour), et en 2017 "elle était largement en tête de toutes les enquêtes sauf face à Juppé" (elle est arrivée deuxième).

Le scénario final déjouera-t-il, à nouveau, les pronostics? "Il faut avoir la modestie de dire 'on ne sait pas'", souligne M. Dabi. Le paradoxe est que les partis gardent l'oeil rivé sur les sondages à des fins internes. La droite, échaudée par l'expérience de 2016, espère couper à la primaire grâce à l'émergence d'un candidat naturel : Xavier Bertrand est pour l'instant le mieux placé.

Situation similaire à gauche où les pourcentages pourraient trancher sur un éventuel candidat commun aux écologistes et aux socialistes. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il ne se prive pas de rappeler qu'il est le mieux placé de cette famille dans la plupart des études...

Vos réactions doivent respecter nos CGU.