Présidentielle 2022 : Marine Le Pen, l'adversaire idéale pour Emmanuel Macron ? 

Présidentielle 2022 : Marine Le Pen, l'adversaire idéale pour Emmanuel Macron ? 
Marine Le Pen et Emmanuel Macron avant leur débat télévisé, le 3 mai 2017.

, publié le dimanche 28 février 2021 à 15h00

Pour certains, à La République en marche, revivre le duel de 2017 serait le meilleur scénario pour que le chef de l'État l'emporte à nouveau. D'autres se méfient de cette idée. 

Confrontés à la bonne forme sondagière de Marine Le Pen, les cadres de la majorité redoublent d'attaques contre la présidente du RN et tentent d'imposer l'idée du macronisme comme le plus solide rempart face à l'extrême droite.

Trop "molle", Marine Le Pen ? La sortie de Gérald Darmanin, il y a 15 jours lors d'un débat télévisé, a fait sursauter une partie de La République en marche (LREM), tant le reproche formulé par le ministre de l'Intérieur apparaissait ambigu et, "quelque part, dédiabolisait" la fille de Jean-Marie Le Pen, regrette un député. 




Chacun, au sein de la majorité, jure désormais qu'il ne s'agissait que "d'ironie" de la part du ministre jadis encarté chez Les Républicains. Et depuis l'épisode, la macronie a lancé une série d'attaques frontales contre Marine Le Pen, jugée "ennemie de la République" par Christophe Castaner, chef de file des députés LREM; combattue "depuis le premier jour" (Stanislas Guerini, numéro un de LREM). Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a souhaité qu'elle soit "reconduite à la frontière de la politique"...

"On ne choisit jamais son adversaire"

L'équation est complexe : pour la plupart de pontes de la majorité, "il est impensable que Marine Le Pen ne soit pas au deuxième tour de la présidentielle de 2022", études d'opinion unanimes à l'appui. Serait-ce une bonne nouvelle, tant la patronne du RN est réputée incapable de dépasser "le plafond de verre" ? "Que la majorité construise une stratégie, c'est possible", convient le directeur adjoint de l'Ifop, Frédéric Dabi, qui rappelle toutefois "qu'on ne choisit jamais son adversaire".

Emmanuel Macron s'en est d'ailleurs lui-même défendu la semaine dernière devant des députés, en affirmant : "ce n'est pas moi qui ai installé Marine Le Pen, ce sont les électeurs". Mais le postulat d'un deuxième tour face à Marine Le Pen, jusqu'alors réputé favorable, apparaît aujourd'hui de plus en plus risqué, tant les intentions de vote pour la cheffe du RN se rapprochent de la majorité absolue - elle n'avait recueilli qu'un tiers des suffrages des suffrages le 7 mai 2017.

Ça ne marche pas, de la bastonner"

Quelle stratégie adopter ? "La fluidité entre l'électorat du RN et celui de LREM est quasi nulle", observe le directeur délégué de Harris Interactive, Jean-Daniel Levy. Il s'agit dès lors, pour la macronie, de se poser en premier rempart contre le lepénisme, notamment en tentant de contenir l'abstention. "Il ne faut pas aller sur le terrain de Le Pen mais au contraire l'attaquer, d'abord sur les valeurs, notamment pour ne pas fâcher notre socle social-démocrate", estime un macroniste historique.

Le précepte inspire malgré tout des réserves chez certains cadres de LREM. "Ça ne marche pas, de la bastonner : vous satisfaites les vôtres et vous crispez les autres", relève une tête de liste aux régionales, quand une députée constate que "cette stratégie a permis d'ériger des digues, mais la mer a continué de monter".

"Pas du tout certain qu'Emmanuel Macron se qualifie au 2e tour"

"Il faut davantage s'en prendre au fond", abonde un ministre, selon qui il faut "montrer ses incohérences". Pour Patrick Mignola, patron des députés MoDem, "le génie de Macron lors du débat entre les deux tours, ça n'a pas été l'argument des 'valeurs' - on n'en partage certes aucune avec le RN -, mais d'aller sur l'incompétence de Marine Le Pen, le drame économique et social qu'apporterait l'extrême droite au pouvoir, en plus du déshonneur".

Demeure la question du premier tour de la présidentielle, "qui m'inquiète beaucoup plus", confie un proche du chef de l'État. "Tant que l'offre des candidatures n'est pas connue, les sondages n'ont pas grande valeur", confirme Frédéric Dabi, alors que, pour un député LREM, "il n'est pas du tout certain qu'Emmanuel Macron se qualifie au second tour". Au point que certains, chez LREM, souhaitent une multiplication de prétendants dans les camps adverses. Car un poids lourd du gouvernement en est convaincu : "la dispersion avantage le sortant". 

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