Présidentielle 2022 : le CSA demande aux médias de décompter "les interventions" d'Eric Zemmour "portant sur le débat politique national"

Présidentielle 2022 : le CSA demande aux médias de décompter "les interventions" d'Eric Zemmour "portant sur le débat politique national"©Lionel BONAVENTURE / AFP

publié le mercredi 08 septembre 2021 à 19h10

Le CSA "a considéré que Eric Zemmour pouvait être regardé dorénavant (...) comme un acteur du débat politique national", justifie le régulateur dans un communiqué.

Une décision des Sages à sept mois de l'élection présidentielle. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a demandé aux médias audiovisuels de "décompter", à partir de jeudi 9 septembre, "les interventions" du polémiste phare de CNews, Eric Zemmour, "portant sur le débat politique national", selon un communiqué rendu public ce mercredi.



"Au regard des récents développements", le CSA "a considéré que Eric Zemmour pouvait être regardé dorénavant, tant par ses prises de position et ses actions, que par les commentaires auxquels elles donnent lieu, comme un acteur du débat politique national", justifie le régulateur dans un communiqué.

Certains prêtent au polémiste l'intention de se présenter à l'élection présidentielle de 2022.

A la mi-septembre, il doit débuter une tournée de promotion d'un nouvel essai qui donnera lieu à "des échanges avec les Français" au fort parfum de campagne électorale.

Eric Zemmour intervient quotidiennement dans l'émission de CNews "Face à l'info" devant quelque 700.000 téléspectateurs. Il est également censé reprendre l'émission "Zemmour et Naulleau" le 29 septembre sur la chaîne payante Paris Première.




"Les règles du pluralisme garantissent la bonne marche de la vie démocratique. Le CSA a pour mission de veiller à leur juste application, dans le respect de la liberté éditoriale des médias audiovisuels, qui sont seuls responsables de leur programmation", peut-on encore lire dans le communiqué.

Le polémiste relaxé

Ce mercredi également, la cour d'appel de Paris a relaxé le polémiste de poursuites pour injure et provocation à la haine après une violente diatribe contre l'islam et l'immigration en 2019 lors d'une réunion politique, à la stupéfaction des parties civiles.

En première instance, le chroniqueur de 63 ans avait été condamné pour ces mêmes propos à 10.000 euros d'amende.

Lors d'une "convention de la droite" organisée par des proches de l'ex-députée du Front national (devenu RN) Marion Maréchal le 28 septembre 2019, Eric Zemmour avait prononcé un discours fustigeant des immigrés "colonisateurs" et une "islamisation de la rue".

Le journaliste y avait également décrit le voile et la djellaba comme "les uniformes d'une armée d'occupation".

Dans les motivations de son arrêt, dont l'AFP a obtenu lecture, la cour d'appel a jugé que "aucun des propos poursuivis ne visent l'ensemble des Africains, des immigrés ou des musulmans mais uniquement des fractions de ces groupes".

"Il n'est nullement justifié de propos visant un groupe de personnes dans son ensemble en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée", ajoute la cour, "d'où il suit que les infractions poursuivies ne sont pas constituées".

Pourvoi en cassation

Cette décision a estomaqué les associations antiracistes qui s'étaient constituées parties civiles.

"Je suis sidérée, c'est une grosse déception", a réagi auprès de l'AFP une des avocates de la Maison des potes, Me Ambre Benitez. "C'est une décision catastrophique pour le débat public, cela autorise tous les excès racistes", a renchéri un autre, Me Jérôme Karsenti. L'association a annoncé son pourvoi en cassation.

En première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait estimé en septembre 2020 que ces propos constituaient "une exhortation, tantôt implicite tantôt explicite, à la discrimination et à la haine à l'égard de la communauté musulmane et à sa religion".

"Les opinions, même choquantes, doivent pouvoir s'exprimer, néanmoins les faits reprochés vont plus loin et outrepassent les limites de la liberté d'expression puisqu'il s'agit de propos injurieux envers une communauté et sa religion", avait ajouté la présidente de la 17e chambre correctionnelle.

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