Présidentielle 2022 : la droite en ordre dispersé

Présidentielle 2022 : la droite en ordre dispersé
Xavier Bertrand et Valérie Pécresse mènent la course à droite dans les sondages.

publié le dimanche 03 octobre 2021 à 07h00

Le parti Les Républicains (LR) ne peut pas compter sur un leader naturel, reste traumatisé par le désastre de la présidentielle de 2017 et affaibli par ses divisions. Il peine à imposer son projet, à quelques mois de l'élection.

 




Cinq personnalités ambitionnent de faire revenir la droite au pouvoir en avril 2022. Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France, Valérie Pécresse, présidente de l'Île-de-France, et Michel Barnier, l'ex-"monsieur Brexit" de l'UE, mènent la course devant le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti et Philippe Juvin, maire de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine). 

Un congrès début décembre 

Mais il faudra attendre début décembre pour que LR désigne son champion. Les adhérents du parti (qui en compte 80.000) ont décidé qu'ils départageront leurs candidats lors d'un congrès à deux tours, plutôt que par une primaire ouverte, comme cela avait été le cas pour la dernière présidentielle. Vainqueur de la primaire de droite en 2016, François Fillon s'était maintenu dans la course à l'Élysée malgré une succession de scandales retentissants pendant la campagne, jusqu'à son élimination au premier tour derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le chef de l'État et la présidente du Rassemblement national (RN) restent, cinq ans plus tard, les favoris des sondages pour s'opposer au second tour. 

Il s'agissait de la deuxième défaite d'affilée du parti gaulliste à la présidentielle : en 2012, le président sortant Nicolas Sarkozy avait été battu par le socialiste François Hollande. "La droite a un électorat, elle contrôle la majorité des grandes villes, des départements et des régions en France, mais LR reste un parti incroyablement affaibli et traumatisé par l'épisode Fillon", constate le politologue Pascal Perrineau, qui a supervisé l'été dernier une enquête de l'institut Ifop pour sonder les attentes de l'électorat de droite et du centre. Selon les sondages actuels, la droite atteint la 3e position au premier tour. "Son problème n'est pas qu'elle n'a pas de leaders, c'est qu'elle en a trop, et aucun ne s'impose naturellement", estime-t-il, relevant que la droite, qui a pourtant un programme, peine paradoxalement à en faire un objet de débat public.

Ne pas se laisser déborder par Zemmour 

Le projet des Républicains, publié sur leur site, "Protéger, libérer, rassembler", reprend les thèmes traditionnels de la droite française : libéralisme économique, revalorisation du travail et du mérite, souveraineté. Sécurité, santé, islamisme et immigration clandestine, thèmes prioritaires de l'électorat de droite selon l'enquête de l'Ifop, sont au cœur du projet, qui prévoit notamment l'inscription dans la Constitution d'un "état de nécessité antiterroriste" ou des quotas d'immigration annuellement votés par le Parlement.

Les candidats à l'investiture centrent d'ailleurs leurs interventions publiques sur ces thèmes régaliens, au risque de la surenchère pour ne pas se laisser déborder sur leur droite, notamment par le polémiste d'extrême droite Éric Zemmour. Ce dernier, non encore officiellement candidat, est crédité de près de 14% des voix. Il tire toute la couverture médiatique à lui et pourrait mordre non seulement sur l'électorat de l'extrême droite de Marine Le Pen, mais aussi sur celui de LR, qu'il qualifie de "parti de notables centristes" ayant "trahi la droite". 

Concurrence de Macron... et de Philippe 

LR peine également face à l'omniprésence du président Emmanuel Macron, plus que probable candidat à sa réélection en avril 2022, et qui braconne allègrement sur les terres de la droite. "Emmanuel Macron a fracturé la France et opposé les Français", accuse LR dans son projet, en attaquant notamment le chef de l'État sur sa gestion de la crise sanitaire du Covid-19 ou sur son bilan régalien.

Les trois candidats en tête pour l'investiture LR se positionnent sur ces différents terrains. Xavier Bertrand s'appuie sur son bilan régional pour prôner une France des territoires, Valérie Pécresse se pose en championne d'une "fierté française" retrouvée et Michel Barnier joue sur sa stature internationale. 

Outre Éric Zemmour, une autre menace se profile plus au centre, avec le lancement du parti d'Édouard Philippe, prévu le 9 octobre. "Ni l'héritage, ni l'avenir de la droite républicaine n'appartiennent aux LR", avertit le ministre chargé du Commerce extérieur Franck Riester, président du parti Agir (centre droit). 
 

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