Présidentielle 2022 : comment LR organise la riposte face à Éric Zemmour

Présidentielle 2022 : comment LR organise la riposte face à Éric Zemmour©NICOLAS TUCAT / AFP

publié le samedi 02 octobre 2021 à 15h00

Le polémiste grimpe dans les sondages et Les Républicains cherchent la parade. Certains ténors dressent une "ligne rouge" infranchissable, quand d'autres, à la droite du parti, évoquent des convergences. 




Cette semaine, un sondage Harris Interactive accordait 13 à 14% d'intentions de vote à l'essayiste.

"Je veux parler aux orphelins du RPR" : Éric Zemmour a donné le ton le week-end dernier, qualifiant Les Républicains (LR) de "parti de notables centristes" qui a "trahi le général de Gaulle". L'accusation passe mal. Pour le patron du parti, Christian Jacob, Éric Zemmour "n'est pas de notre famille politique". Il tient un "discours d'extrême droite", renchérit l'ex-numéro 1 de l'UMP Jean-François Copé. Le maire de Meaux appelle la droite à "tenir bon" et à exclure toute alliance avec l'ancien journaliste. Les sorties récentes du polémiste, notamment sur Vichy qui "a protégé les juifs français", sont pour le numéro 3 du parti Aurélien Pradié des "monstruosités", alors que "la droite républicaine n'a jamais été révisionniste". 

En 2019, Zemmour était "chez lui" à LR 

Mais la question embarrasse LR, qui en janvier 2019 encore accueillait en grande pompe le polémiste au siège du parti. "Éric est ici chez lui", lançait le président d'alors, Laurent Wauquiez. Son successeur Christian Jacob s'est lui aussi attiré des critiques en répondant, lundi sur BFMTV, que "non", le polémiste n'est ni raciste ni d'extrême droite. "Il dresse un constat que partagent beaucoup de Français", estime le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, lui aussi très critiqué pour avoir révélé qu'il voterait Éric Zemmour en cas de second tour face à Emmanuel Macron.





Certains élus de l'aile droite de LR - Éric Ciotti ou la sénatrice Valérie Boyer - étaient d'ailleurs présents, dimanche dernier, à une  "journée du conservatisme" organisée par le Mouvement conservateur (issu de Sens commun), dont l'invité vedette était Éric Zemmour. L'éditorialiste l'assurait lundi soir : "Une partie des hauts dignitaires" de LR est "plus près de moi que de Valérie Pécresse. S'ils font dominer les logiques partisanes, il rejoindront Xavier Bertrand. S'ils font dominer les logiques des idées, tout est possible". 

Les discours des candidats se durcissent 

"Sur le fond Zemmour n'a pas tort mais personne ne le dira tout haut. Il est vraiment le seul à avoir un discours RPR", assure une source parlementaire proche de Laurent Wauquiez. Deux de ses thèmes pivots (l'immigration et l'islamisme) occupent déjà largement le terrain à droite, où les discours se sont durcis, notamment parmi les prétendants à l'investiture LR pour la présidentielle. Michel Barnier, ex-négociateur en chef de l'Union européenne pour le Brexit, prône un moratoire sur l'immigration, Valérie Pécresse une intensification des charters, Éric Ciotti veut supprimer le droit du sol, tandis que Xavier Bertrand redoute une "guerre civile".

Alors que les adhérents LR doivent désigner leur candidat le 4 décembre, l'hypothèse d'une participation d'Éric Zemmour au processus de "départage" a un temps plané. "Je ne vois pas ce qui empêcherait cela", affirmait encore la semaine dernière l'eurodéputé François-Xavier Bellamy, pour qui LR a "besoin du débat le plus large possible". Christian Jacob a écarté l'hypothèse cette semaine, expliquant qu'Éric Zemmour "n'a rien à faire dans le cadre de notre sélection".


Mais pour LR, la riposte est délicate. "Zemmour vise les électeurs RPR des années 80, qui votaient soit LR, soit FN. Aujourd'hui, la frange dure des LR vote direct Zemmour", assure un proche d'Emmanuel Macron. Pour la numéro 2 du parti Annie Genevard, il y a une "différence majeure" entre LR et Éric Zemmour : ce dernier "prône l'union des droites", une "ligne rouge" infranchissable pour le parti car "il ne peut pas y avoir de discussions avec le Rassemblement national". "C'est l'avenir de notre famille politique" qui est en jeu, avertit le patron des députés LR Damien Abad.

Abad propose un débat à Zemmour, qui le refuse 


Alors ils sont plusieurs à hausser le ton. "J'entends ici ou là qu'Éric Zemmour aurait des convictions en partage avec la droite républicaine. Je l'invite à s'y confronter en débattant ensemble", a proposé cette semaine Damien Abad, en lui adressant un courrier officiel. "Si Éric Zemmour se rêve en tsunami populiste, Les Républicains seront une digue infranchissable. La France n'a rien à voir avec le pétainisme ou l'extrême droite", souligne l'élu, pour qui "les Français ont droit à un débat éclairé pour comprendre ce qui différencie la droite républicaine d'Éric Zemmour". 




"Vous vous proposez parce que votre patron, Xavier Bertrand, n'ose pas le faire ?", lui a répondu le polémiste sur Twitter. "Parce que vous, vous êtes candidat à la présidentielle ? Dois-je en conclure que vous vous dérobez ?", l'a relancé l'élu LR. Sans obtenir de réponse. 

"J'ai l'impression d'entendre Radio-Kaboul"

"Je ne partage rien des idées et, entre guillemets, des valeurs que Éric Zemmour propose", assure de son côté le président LR du Sénat Gérard Larcher. Comme "différences fondamentales", Gérard Larcher cite les déclarations de Zemmour sur Pétain et les juifs, son "positionnement" sur les femmes en politique ("J'ai l'impression d'entendre Radio-Kaboul") ou la "confusion entre l'islam et l'islamisme". Selon lui, "Éric Zemmour est le candidat de l'extrême droite, celle qui refuse de vivre la différence, de vivre la diversité dans les valeurs de la République".

"Je n'accepte pas la stratégie d'Éric Zemmour, qui vient de la droite classique mais qui accepte de s'allier avec l'extrême droite",  renchérit Valérie Pécresse. "Éric Zemmour propose de fusionner les droites, c'est-à-dire en fait casser ce mur étanche entre extrême droite et droite, ça n'est pas mes valeurs, ça n'est pas ma politique", souligne la présidente ex-LR de la région Île-de-France. "On ne peut pas se dire gaulliste quand on veut faire une alliance avec des gens qui ont essayé d'assassiner le général de Gaulle, ça c'est de la réécriture de l'histoire", dénonce-t-elle. 

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