Présidentielle 2022 : "A gauche, toutes les candidatures sont lilliputiennes", juge François Hollande

Présidentielle 2022 : "A gauche, toutes les candidatures sont lilliputiennes", juge François Hollande
François Hollande, le 29 septembre 2021.

publié le mardi 19 octobre 2021 à 21h56

Interviewé par Le Parisien à l'occasion de la sortie de son livre mercredi, l'ex-chef de l'Etat fustige le PS, qui "a été dans l'excuse et l'effacement plutôt que dans l'affirmation et la proposition", et reproche à Emmanuel Macron d'avoir "multiplié les volte-face sur les sujets essentiels".

A six mois de la présidentielle, François Hollande sort mercredi 20 octobre "Affronter" (Editions Stock), un nouveau livre dans lequel il étrille les candidats déclarés et potentiels, mais aussi son propre parti. 

Il voit en son successeur Emmanuel Macron, "un homme d'aucune doctrine, un voyageur sans boussole", "changeant d'opinions au gré des événements, sautant d'une conviction à l'autre comme une grenouille sur des nénuphars".




"Ce quinquennat a été marqué par un défaut de cohérence et par une absence de doctrine qui a conduit le président à multiplier les volte-face sur les sujets essentiels, de la place de l'Etat jusqu'à l'écologie, en passant par la sécurité. Le 'quoiqu'il en coûte' a débouché sur une fuite en avant dépensière", déplore-t-il par ailleurs dans un entretien au Parisien, mis en ligne mardi soir. 



L'ex-président estime dans son livre que son ancien ministre de l'Economie a "déchiré les Français comme jamais".

"Elu dans des circonstances exceptionnelles, il aurait dû s'attacher à réconcilier les Français. Au lieu d'y travailler, il a concentré le pouvoir, négligé le Parlement et les partenaires sociaux", dénonce-t-il dans les colonnes du quotidien. "L'apaisement n'a pas été au rendez-vous et la France apparaît dissociée, entre une minorité qui va bien et le reste du pays qui s'inquiète pour son avenir", analyse-t-il, assurant que pour les électeurs de l'actuel président, "c'est souvent un choix par défaut".

"Ce n'est pas lui qui en porte la responsabilité mais ses concurrents qui ne présentent pas d'offres convaincantes. Les grands partis, à droite comme à gauche, qui avaient vocation à éclairer les Français, les ont finalement abandonnés", affirme encore François Hollande, en mettant en cause le PS. 

La gauche risque "la marginalisation si elle ne parvient pas à être au second tour"

Pour l'ancien patron du PS, son parti "a été dans l'excuse et l'effacement plutôt que dans l'affirmation et la proposition. A gauche, toutes les candidatures sont lilliputiennes. Elles se livrent à des batailles aussi picrocholines que microscopiques", regrette-t-il. S"il "prend (sa) part de responsabilité" dans les difficultés du PS, François Hollande revendique "(son) bilan" et affirme que le parti "aurait pu repartir de l'avant" mais ne "l'a pas fait". 

Il reste néanmoins persuadé que la "social-démocratie est la seule approche capable de conjuguer la redistribution et l'écologie, le progrès et la Nature". L'ex-chef de l'Etat juge cependant auprès de l'AFP qu'il lui faudrait "un bain de jouvence" et que la candidate de cette social-démocratie en 2022, Anne Hidalgo, devra "avoir un projet global" et "s'adresser à tous".

Car, si la gauche n'arrive pas à convaincre en 2022, elle risque "toute entière la marginalisation si elle ne parvient pas à être au second tour", estime François Hollande dans Le Parisien. "Je pense qu'il est encore possible de réussir. Sa place n'est pas de camper marginalement dans l'opposition, c'est d'assumer la responsabilité du pays", ajoute-t-il.

Pour ce faire, il appelle au "rassemblement des électeurs autour d'une force motrice qui doit être la gauche de gouvernement. Dans une campagne présidentielle, il faut s'affirmer et surtout donner un espoir".

Zemmour, le "Petit chose"

Dans son livre, François Hollande s'en prend également à Eric Zemmour, un "Petit chose", qui nourrissait "une amertume grandissante" de ne pas être suffisamment reconnu. "Mais n'est pas Trump qui veut, même en miniature", ajoute-t-il. 

Le polémiste d'extrême droite est "un symptôme de la confusion entre le médiatique et le politique, ce qui ajoute au désordre", insiste-t-il auprès du Parisien. "Ce qu'il propose, c'est une succession de scissions : de la France par rapport à l'Europe, des Français par rapport à d'autres Français et même une scission de l'économie par rapport à la mondialisation. Il réveille des pulsions malsaines, aussi bien sur la période de l'Occupation que sur la place des femmes", affirme-t-il.

Pour François Hollande, le candidat putatif "n'est pas dangereux au sens où il pourrait devenir président de la République, je n'y crois pas une seule seconde. Il l'est parce qu'il nourrit des conflits et attise les haines. Alors que Marine Le Pen cherchait vainement ces derniers mois à se rendre acceptable, Zemmour a choisi d'être dans l'inacceptable".

D'après l'ex-locataire de l'Elysée, "l'extrême droite ne peut pas l'emporter", "avec plus de 30% selon les sondages". "Mais ce n'est pas parce qu'elle ne gagne pas que ses idées ne progressent pas et ne fracturent pas durablement le pays", s'inquiète-t-il.


 

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