Présidentielle 2017 : polémique autour des comptes de campagne de Benoît Hamon

Présidentielle 2017 : polémique autour des comptes de campagne de Benoît Hamon
Le candidat socialiste à l'élection présidentielle, Benoît Hamon, le 23 avril 2017 à la Maison de la Mutualité à Paris.

Orange avec AFP, publié le samedi 12 août 2017 à 11h09

RETOUR SUR - Les dépenses de campagne de Benoît Hamon, chiffrées à plus de 15 millions d'euros, posent questions. Mercredi, le porte-parole du Parti socialiste Julien Dray a demandé "des comptes" au candidat à l'élection présidentielle.

Éliminé dès le premier tour avec 6,36% des voix, Benoît Hamon a été le candidat le plus dépensier juste derrière Emmanuel Macron (16,698 millions d'euros) lors de la dernière élection présidentielle.

Rapporté au nombre de voix, chaque bulletin aura donc coûté 6,58 euros au candidat socialiste, soit trois fois plus que pour la majorité des "grands candidats".

Un ratio qui pose question dans un parti en proie aux difficultés financières. "Nous sommes un certain nombre à avoir beaucoup d'interrogations sur la manière dont a été géré ce budget", a affirmé Julien Dray mercredi sur LCI. Le directeur de la campagne de Ségolène Royal en 2007 réclame un audit "correct et honnête". "C'est beaucoup de sous pour un résultat très modeste", a-t-il jugé.

"ILS ONT DÛ PAYER DES CHOSES TRÈS CHER"

"C'est la moindre des choses que de venir s'expliquer", a poursuivi le conseiller régional d'Île-de-France. "On ne peut pas dépenser l'argent et s'en aller. C'est la moindre des règles, des politesses, quand vous dépensez l'argent qui ne vous appartient pas, qui appartient pour une part aux militants du Parti socialiste, ou qui va être gagé sur son patrimoine".

Les réunions publiques - dont le grand meeting à Bercy le 19 mars - ont consommé 40,5% des ressources du candidat socialiste, avec 6,1 millions d'euros de frais. Les tracts, affiches et autres propagandes imprimées ont également fait grimper la facture : 3,1 millions d'euros, soit 20,5% des frais. Benoît Hamon a également misé sur l'audiovisuel : 990.000 euros ont été dépensés pour produire du contenu vidéo. "Je me dis : ils ont dû payer des choses très cher", a estimé Julien Dray.

"UNE CAMPAGNE ÉCLAIR"

Des soupçons rejetés par les dirigeants de la campagne de Benoît Hamon : "Nous n'avons en aucune manière à rougir de l'argent perçu et utilisé", écrivent dans Libération Régis Juanico, ex-trésorier de campagne du candidat PS, Mathieu Hanotin, ancien co-directeur de campagne et Bastien Recher, ex-secrétaire général administratif de la campagne, en affirmant que "la campagne de Benoît Hamon a été sérieuse et sobre".



"Oui, Benoît Hamon a dépensé 6,58 euros par voix gagnée quand Emmanuel Macron n'en a dépensé qu'1,9", écrivent-ils. Mais "avec un parti divisé, la déloyauté inédite de nombreux dirigeants socialistes (...) et une campagne électorale éclair", celui qui était alors député des Yvelines "avait toutes les raisons de compenser les difficultés par des dépenses supplémentaires".

8 MILLIONS REMBOURSÉS PAR L'ÉTAT

"Ce choix n'a pas été fait et les dépenses sont restées dans le budget initial prévu", assurent-ils, soulignant que le niveau des dépenses au premier tour est "inférieur à celui des principaux candidats des élections de 2007 et de 2012", et que Benoît Hamon a été "le seul candidat à avoir fait le choix très net de publier la liste intégrale de ses grands donateurs". "Qu'affirme-t-on ici en creux ?", s'interroge la tribune : "que le politique devenu gestionnaire doit attirer et séduire à moindres frais un électeur transformé en client et consommateur. Eh bien non. Nous préférons encore perdre une élection que sombrer dans ce cynisme".

L'écologiste Yannick Jadot - qui avait choisi de soutenir Benoît Hamon dès le premier tour de la présidentielle - est également monté au créneau : pour lui, ces accusations sont "une opération de diversion" qui permet d'éviter "de faire l'audit du quinquennat calamiteux" de François Hollande. Les socialistes pourront néanmoins se voir rembourser une partie des sommes engagées par Benoît Hamon pour sa campagne. En effet, l'ex-candidat à l'Elysée peut prétendre au remboursement par l'Etat d'environ 8 millions d'euros, attribué à chaque candidat ayant rassemblé plus de 5 % des voix au premier tour (47,5 % du plafond autorisé au premier tour).

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