Près de Bordeaux, la droite et l'extrême droite se rassemblent dans un collectif

Près de Bordeaux, la droite et l'extrême droite se rassemblent dans un collectif
Saint-André-de-Cubzac (Gironde), Le 8 juin 2018. L'association « Pour la France » compte des élus et adhérents du Rassemblement national (ex-FN), de Debout la France et des Républicains.
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leparisien.fr, publié le mardi 12 juin 2018 à 19h02

A Saint-André-de-Cubzac (Gironde), un collectif d'élus et d'adhérents issus des rangs frontistes, de Debout la France et des... Républicains tente localement de faire sauter les digues entre les partis.

« On a même eu la visite de la presse britannique ! » Un peu à l'étroit dans la petite salle impersonnelle de l'annexe de la mairie de Saint-André-de-Cubzac (Gironde), les huit membres du bureau exécutif de l'association « Pour la France » se rengorgent. Le lancement officiel, il y a quatre mois, de leur (modeste) plateforme rassemblant des élus et des adhérents du Rassemblement national (ex-FN), de Debout la France, mais aussi des Républicains, dans la XIe circonscription de Gironde, n'est pas passé inaperçu.

Et notamment auprès de leurs partis respectifs. Les Républicains, qui refusent toute alliance avec le Rassemblement national (RN), n'ont ainsi pas tardé à réagir en excluant le 22 mai dernier Jean-Jacques Edard, le maire LR de Cavignac (Gironde), coprésident du collectif. « Je m'attendais à ce que la foudre tombe, mais pour moi, c'est un épiphénomène », balaie l'édile, qui prépare toutefois la riposte via une lettre ouverte adressée aux électeurs LR.

« Quand on écoute les discours de Marine Le Pen, de Laurent Wauquiez ou de Nicolas Dupont-Aignan, c'est du copié-collé », assène Edard pour justifier cette première tentative « d'union des droites ». Ou « d'union des nationaux », dit Edwige Diaz, la représentante locale de l'ex-FN, qui - les habitudes ont la vie dure - a encore bien du mal à se présenter sous le label « Rassemblement national » (RN), le nouveau nom du parti de Marine Le Pen.

Les Républicains ont exclu le 22 mai dernier Jean-Jacques Edard, le maire de Cavignac (Gironde), coprésident du collectif. LP/Patrick Bernard

Multiplication de réunions et partages d'opinions

« Sur le papier, on est tout petit. Mais dans nos têtes, ça pèse très lourd, on est un laboratoire », s'enthousiasme Dominique Monnet, ancien élu, passé de l'UDF aux Républicains. Un laboratoire dont les premiers contours ont pris forme en juillet 2017, après la claque des législatives. « Entre les deux tours, j'ai calé un maximum de rendez-vous avec des élus LR et je me suis rendu compte que nous partagions les mêmes idées », se rappelle Diaz, qui a recueilli 43 % des suffrages face à son adversaire LREM. Des rencontres organisées par Fabrice Coffinet, un cadre RN du département, issu des rangs des Républicains.

Depuis, les élus multiplient les réunions. Pas question en revanche d'évoquer ouvertement d'éventuelles alliances pour les municipales de 2020. « On est sur des partages d'opinions, pas sur des questions électoralistes », se récrie Georges Belmonte, conseiller municipal - sans étiquette - de Saint-André-de-Cubzac. Tout en concédant : « Si on ne fait pas ce travail en amont, on ratera le coche aux municipales ».

« Tout ça, c'est du flan » un proche de Laurent Wauquiez

La démarche intéresse en tout cas au plus haut point le mouvement de Marine Le Pen, qui s'est rebaptisé le Rassemblement national le 1er juin. Et ce, dans l'optique de nouer des alliances. Le parti a été tenu au courant, pas à pas, par Edwige Diaz. « Dans la perspective des municipales, ce sont typiquement des schémas qui vont se reproduire, mais cela ne peut partir que de la base », veut croire l'eurodéputé Nicolas Bay.

La base, justement, est très fortement incitée à s'y intéresser. De nombreuses fédérations RN ont déjà pris contact avec leurs homologues girondins pour tenter de dupliquer l'opération : « Chez nous, c'est encore embryonnaire. Mais on a déjà de très bons contacts dans une grosse commune du département », assure Romain Lopez, le patron de la deuxième circonscription RN du Tarn-et-Garonne.

Edwige Diaz, responsable du FN Local. LP/Patrick Bernard

Côté Républicains, en revanche, on se veut très serein. « Tout ça c'est du flan », tranche l'entourage de Laurent Wauquiez. Ou comme le résume l'ancien ministre Brice Hortefeux : « L'union des droites, c'est le marronnier (NDLR : un sujet qui revient régulièrement dans les médias), sauf qu'il ne fleurit jamais ».

L'appel du pied aux électeurs LR

C'est une longue lettre, de près de trois pages, adressée « à nos amis LR ». Trois semaines après l'exclusion de Jean-Jacques Edard, le maire Les Républicains de Cavignac, dans la région bordelaise, les représentants de l'association « Pour la France » s'apprêtent à rendre la missive publique sur les réseaux sociaux. Objectif : expliquer la démarche d'union qu'ils ont engagée avec les élus du Rassemblement national (ex FN) et Debout la France dans la XIe circonscription de Gironde.

Lettre ouverte à nos amis LR à propos de l'union des patriotes publié par Le_Parisien

« Vos représentants nationaux LR veulent construire entre nous un mur de la honte, expliquent-ils en préambule. Ce cordon sanitaire étrangle la droite en France et l'éloigne du pouvoir ». Faisant valoir qu'ils ont « simplement rendu officiel un espace de discussion et de concertation », ils précisent toutefois que, « même s'ils sont encore loin » de leurs préoccupations, « les impératifs électoraux seront incontournables, sinon à quoi cela servirait-il de faire de la politique ? »

Un appel du pied sans équivoque aux adhérents du parti de Laurent Wauquiez, les enjoignant à ne pas être « la droite la plus bête du monde ».

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