Pourquoi Alexandre Benalla a pu continuer à utiliser ses passeports diplomatiques après son licenciement

Pourquoi Alexandre Benalla a pu continuer à utiliser ses passeports diplomatiques après son licenciement
Alexandre Benalla, le 19 septembre 2018 lors de son audition devant la commission d'enquête du Sénat.

publié le mercredi 16 janvier 2019 à 21h10

Le ministère de l'Intérieur ne pouvait "techniquement" pas empêcher Alexandre Benalla d'utiliser ses passeports diplomatiques après son licenciement, s'est défendu ce mercredi 16 janvier Christophe Castaner devant les sénateurs, alors que le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, a révélé que l'ancien chargé de mission à l'Élysée les avait utilisés "presque une vingtaine de fois".

La commission d'enquête sénatoriale sur l'affaire Alexandre Benalla a repris du service ce mercredi avec les auditions de Patrick Strzoda, directeur de cabinet d'Emmanuel Macron, et Christophe Castaner, ainsi que pour la première fois Jean-Yves Le Drian, après de nouvelles révélations sur l'utilisation par l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron de passeports diplomatiques.

En effet, alors qu'on pensait le point d'orgue atteint avec l'audition polémique d'Alexandre Benalla le 19 septembre, l'affaire a rebondi fin décembre avec la révélation de l'utilisation par l'ex-chargé de mission de l'Élysée de deux passeports diplomatiques, après son licenciement en juillet. 

L'hebdomadaire Le Canard enchaîné a remis mardi une pièce dans la machine, affirmant que le directeur de cabinet avait "oublié" de réclamer à Alexandre Benalla "quelques menues bricoles", dont un autre passeport de service et un téléphone sécurisé. Patrick Strzoda a reconnu ce mercredi "des dysfonctionnements ou des manques de réactivité" concernant ce téléphone. 

L'Élysée accuse Benalla de falsification

Patrick Strozda a par ailleurs affirmé que l'ex-collaborateur de l'Élysée avait utilisé "presque une vingtaine de fois" ses passeports diplomatiques après son licenciement. Une information confirmée par la suite par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.

Patrick Strozda a également souligné qu'Alexandre Benalla avait été en possession de deux passeports de service, le premier délivré en 2016 "bien avant" son arrivée à l'Élysée, le deuxième le 28 juin 2018.

Les démarches pour invalider ces passeports "ont été faites la veille de son départ" de l'Élysée et ils ont été invalidés le 31 juillet 2018, a ajouté Patrick Strzoda. Il a affirmé au passage que la demande de l'un des deux passeports de service avait été faite par Alexandre Benalla le 28 juin au ministère de l'Intérieur par une lettre à en-tête du chef de cabinet de l'Elysée, mais "dactylographiée" et non signée. En clair, a-t-il estimé, "nous soupçonnons une falsification faite par M. Benalla", et l'Élysée en a saisi la justice. 

Le ministère de l'Intérieur ne pouvait "techniquement" pas empêcher l'utilisation de ces passeports

Si ces passeports ont été invalidés à l'été 2018, comment se fait-il qu'Alexandre Benalla ait pu les utiliser après son licenciement, notamment pour aller au Tchad le 5 décembre dernier ? "Techniquement le ministère de l'Intérieur n'est pas en mesure, dès lors que ces passeports ne relèvent pas du ministère de l'Intérieur, de pouvoir empêcher leur utilisation sauf dans certains cas si on est sur une procédure judiciaire", a déclaré Christophe Castaner devant la commission d'enquête du Sénat.

Le ministre de l'Intérieur a expliqué longuement qu'il est possible d'intervenir si les passeports diplomatiques - qui relèvent du ministère de Affaires étrangères - sont déclarés volés ou perdus, mais pas s'ils sont "invalidés" parce que le détenteur a perdu ses fonctions. Un passeport présenté à la frontière est passé au fichier des personnes recherchées et fichiers des passeports volés ou perdus, selon le ministre, qui a expliqué que "le cas d'invalidation aujourd'hui n'existe pas dans notre système électronique".

"Pour les passeports diplomatiques qui en plus ne sont pas des passeports biométriques et n'ont pas le même niveau d'information, il n'est pas possible aujourd'hui de dire 'on interdit'", a-t-il ajouté. Concernant Alexandre Benalla, on "pourrait faire un signalement personnel mais ce ne serait pas légal. M. Benalla n'a pas été condamné et il n'y a pas eu d'interdiction de sortie de territoire", a également souligné Christophe Castaner. 



"Un problème technique"

"On a un problème technique", a-t-il toutefois reconnu, "on a aujourd'hui un dispositif qui remonte à un décret de 2005, des dispositifs techniques et technologiques qui ne permettent pas d'analyser la situation d'un passeport diplomatique qui n'aurait pas été perdu ou volé et donc qui n'aurait pas fait l'objet d'une déclaration devant la police". "C'est la première fois que ce constat se produit entre les deux ministères", a-t-il assuré précisant qu'un groupe de travail devait "trouver des solutions techniques". 

En outre, le ministère de l'Intérieur n'est pas informé lorsque le ministère des Affaires étrangères "émet un passeport diplomatique", "tout comme nous n'avons pas l'information du fait que le passeport diplomatique n'a plus sa vocation a être utilisé", a-t-il insisté. C'est une des raisons pour lesquelles Alexandre Benalla a également pu obtenir deux autres passeport, cette fois de "service" et dépendant du ministère de l'Intérieur.

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