Polémique autour d'un questionnaire "d'extrême-droite" envoyé aux militants LREM

Polémique autour d'un questionnaire "d'extrême-droite" envoyé aux militants LREM
Un meeting de la République en marche à Paris, le 8 juillet 2017.

Orange avec AFP, publié le mercredi 20 juin 2018 à 14h13

Un think tank est accusé d'utiliser une rhétorique d'extrême-droite pour sonder les militants de la République en marche (LREM).

"Il y a trop d'immigrés en France", "les enfants d'immigrés nés en France sont des Français comme les autres", "l'islam est une menace pour l'occident" ou encore "on ne se sent pas chez soi comme avant"... Ces affirmations, avec lesquelles les militants LREM doivent se dire d'accord ou pas, provoquent un tollé à gauche.

Elles font partie, avec d'autres, d'un questionnaire envoyé aux militants de La République en marche, dans le cadre d'une étude sociologique sur le corpus idéologique des partisans du mouvement présidentiel.

Cette étude, menée par le directeur du think tank Terra Nova, Thierry Pech, les chercheurs à Sciences-Po Marc Lazar et Thierry Vitiello, et le chercheur au CNRS et Cevipof Bruno Cautrès, et qui se fonde sur un questionnaire envoyé à quelque 30.000 militants, a été lancée le 8 juin. Outre plusieurs items relatifs au parcours politique des adhérents ou à l'appréciation de l'action d'Emmanuel Macron, il est demandé aux militants LREM de se prononcer sur plusieurs affirmations, selon cinq nuances - de "Tout à fait en désaccord" à "Tout à fait d'accord".

"Un questionnaire digne de l'extrême droite", a fustigé mardi 19 juin dans un tweet le sénateur socialiste Rachid Temal, qui a accusé LREM d'être un "parti sans colonne vertébrale idéologique qui renonce aux valeurs républicaines". Dans un autre message, il a particulièrement critiqué l'une des questions. "'Les enfants d'immigrés nés en France sont-ils des Français comme les autres ?'. C'est une rhétorique d'extrême-droite : les Français 'de souche' et les Français 'de papier.' Voilà ce qu'induit cette question", a-t-il écrit.



Sa collègue de groupe à la chambre haute, Marie-Noëlle Lienemann, a  dénoncé un questionnaire "en marche vers les thèses de l'extrême-droite, mais certainement pas la République en marche". "Macron, ce n'est plus et droite et droite mais, à ce rythme, et droite et extrême droite", a-t-elle ajouté. Chez les Insoumis, la charge est venue d'Antoine Léaument, responsable de la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon et de LFI qui, dans un article, a fustigé "du Le Pen dans le texte".



"Les questions portant sur les valeurs et attitudes culturelles des enquêtés, dont certaines ont pu surprendre un public peu averti, sont en réalité très classiques dans ce genre d'exercice et ont été déjà posées dans de nombreuses autres enquêtes du même type", s'est défendu mardi Terra Nova dans un communiqué, en rappelant que la convention de recherche établie avec LREM "stipule l'autonomie scientifique du think tank dans la conduite de cette enquête". "C'est totalement ridicule. Terra Nova est connu pour des positions en faveur du droit d'asile, d'une politique plus ouverte en matière migratoire, a déclaré sur franceinfo le directeur du think tank, Thierry Pech. Et aujourd'hui, on nous fait un procès en racisme, c'est absurde."



"Contrairement à ce qui a pu être écrit, ces questions n'orientent nullement les réponses des enquêtés", poursuit le think tank, jusqu'alors réputé proche du PS. Le patron du mouvement présidentiel, Christophe Castaner, a pour sa part dénoncé dans un tweet "l'effet moutonnier" de ses contempteurs et "la police de la pensée" qui "s'applique aux enquêtes indépendantes de sociologie politique".

Lors du lancement de l'étude, il avait indiqué que la restitution de cette étude, autofinancée par Terra Nova, devait avoir lieu à l'automne.

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