"PenelopeGate" : "Je lui préparais des fiches", a assuré Penelope Fillon aux enquêteurs

"PenelopeGate" : "Je lui préparais des fiches", a assuré Penelope Fillon aux enquêteurs
Penelope Fillon le 30 mars 2015
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, publié le lundi 06 février 2017 à 13h22

ENQUÊTE - Le Monde a eu accès aux auditions des époux Fillon par le parquet financier. Alors que son emploi d'assistante parlementaire est présumé fictif, Penelope Fillon a expliqué n'avoir jamais "officialisé" sa mission.

Depuis dix jours et les premières révélations du Canard Enchaîné, François Fillon est dans la tourmente.

Les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope plombent sérieusement sa campagne de candidat à la présidentielle. D'après l'hebdomadaire, elle aurait touché 831.440 euros brut pour les périodes 1988-1990, 1997-2007 et 2012-2013 en tant que collaboratrice de son mari mais également de son suppléant Marc Joulaud.

Alors que les enquêteurs recherchent des traces de ce travail, plusieurs contrats de travail ayant notamment été saisis à l'Assemblée nationale, "Envoyé spécial" (France 2) a dévoilé jeudi dernier une interview de Penelope Fillon réalisée en 2007 où elle déclare clairement : "Je n'ai jamais été l'assistante de mon mari".

LES JUSTIFICATIONS

Entendue lundi 30 janvier durant plusieurs heures par des policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières (OCLCIFF), tout comme son époux, Penelope Fillon a pourtant tenté de justifier la réalité de son travail, révèle lundi 6 février Le Monde. "Il m'arrivait de le représenter", a précisé l'épouse du candidat Les Républicains (LR), citant notamment le Festival baroque de Sablé-sur-Sarthe, ville de la Sarthe où vivent les Fillon. La Galloise, dont le nom figure notamment sur un parapheur, vide selon Le Monde, à côté de celui de la collaboratrice Sylvie Fourmont, a également assuré qu'elle transmettait les demandes d'emploi, comme les réclamations, à l'administration, tout en tenant l'agenda de son mari et en rédigeant une revue de presse.

"ASSEOIR L'AUTORITÉ" DE MARC JOULAUD

Quel rôle tenait-elle auprès de Marc Joulaud, actuel maire de Sablé-sur-Sarthe, qui remplaça François Fillon à l'Assemblée entre 2002 et 2007 lorsqu'il fut successivement ministre, sénateur et Premier ministre ? Lors de son audition, François Fillon a admis que c'est lui qui avait demandé à son suppléant d'embaucher sa femme, entre mai 2002 et le 31 août 2007. "J'ai souhaité que ma femme l'accompagne car je voulais garder la main sur la circonscription", a-t-il expliqué.

"Il avait besoin de moi pour asseoir son autorité", a de son côté affirmé aux policiers Penelope Fillon. Ils se rencontraient une fois par semaine à Paris et une autre fois le week-end dans la Sarthe pour des entretiens "très informels". Si elle lui remettait parfois "des notes", il n'y a néanmoins "jamais (eu) de compte rendu écrit" de ces entretiens. Elle a expliqué avoir "deux casquettes", mais reconnu que "les gens ne savaient pas (qu'elle était) l'assistante parlementaire de M. Joulaud". "Jamais je n'ai officialisé ma qualité d'assistante parlementaire de Marc Joulaud, pas plus que quand je faisais le même travail pour mon mari", a-t-elle confessé.

Concernant son salaire, entre 6.900 et 7.900 euros brut mensuel, soit bien plus que ce que touche la plupart des attachés parlementaires, elle a assuré que c'est "M. Joulaud qui a déterminé le montant". Or, François Fillon a revendiqué pour sa part avoir décidé de son salaire et se serait occupé des formalités administratives.

UN SALAIRE À LA REVUE DES DEUX MONDES EN ÉCHANGE D'UNE DÉCORATION ?

Penelope Fillon a également été rémunérée par la Revue des deux mondes, propriété du PDG de Fimalac Marc Ladreit de Lacharrière, ami du candidat, pour 100.000 euros brut en 2012-2013, selon le Canard Enchaîné. Entre mai 2012 et décembre 2013, la sexagénaire aurait rédigé plusieurs notes. Or, le directeur de l'époque, Michel Crépu, ne se souvient que de "deux ou peut-être trois notes de lectures de sa main". "Les choses ne se sont pas bien passées, a de son côté assuré François Fillon aux policiers, le directeur de cette revue l'a prise en grippe."

Le Monde révèle néanmoins que les enquêteurs s'interrogent sur les raisons pour lesquelles Marc Ladreit de Lacharrière a accepté de salarier Penelope Fillon à hauteur de 5.000 euros brut par mois. Cette embauche était-elle une contrepartie ? En effet, le 31 décembre 2010, François Fillon, alors chef du gouvernement, a élevé le patron du groupe Fimalac, grand officier de la Légion d'honneur depuis 2006, à la dignité de grand-croix dans l'ordre national de la Légion d'honneur. Une décoration très convoitée et rarement décernée, accordée en vertu d'un décret du président de la République de l'époque, Nicolas Sarkozy, "pourtant notoirement en froid avec le patron de Fimalac", assure le quotidien.

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