Penelope Fillon : ce qu'elle compte dire aux juges

Penelope Fillon : ce qu'elle compte dire aux juges
Penelope Fillon, le 23 mars 2017 sur le plateau de L'Émission politique de France 2.

Orange avec AFP, publié le dimanche 26 mars 2017 à 12h30

Penelope Fillon doit être convoquée le mardi 28 mars dans le bureau des juges d'instruction, à moins que le rendez-vous ne soit décalé pour davantage de discrétion. Comme son mari, elle risque une mise en examen.

Le Journal du dimanche (JDD) détaille le système de défense développé par l'épouse du candidat Les Républicains (LR). Selon l'hebdomadaire, Penelope Fillon a "longuement travaillé sa défense". "Elle est sous le choc, n'ose plus sortir de chez elle, mais elle reste déterminée", a expliqué à l'hebdomadaire l'un de ses proches. "Elle va s'expliquer, elle est prête, combative, persuadée d'être victime d'une enquête à charge". Devant les enquêteurs le 30 janvier, elle a d'abord mis en avant "le traitement du courrier" : "Je m'occupais du courrier arrivant à notre domicile, demandes d'administrés, problèmes personnels de gens en difficulté, sollicitations diverses", a-t-elle développé.

"J'ÉTAIS ASSOCIÉE À LA CARRIÈRE POLITIQUE DE MON MARI"

Selon l'hebdomadaire, Penelope Fillon a également mis en avant la rédaction "des fiches et des mémos" pour son époux, concernant des manifestations locales. "Il m'arrivait également de le représenter lorsqu'il était absent, notamment dans les événements culturels qui l'intéressaient moins", a-t-elle poursuivi. Elle a également admis avoir travaillé à domicile, dans le manoir de Beaucé à Solesmes (Sarthe) mais sans jamais se rendre à l'Assemblée.



Entre 2012 et 2013, elle a également été "chargée des liens avec la Sarthe" bien que François Fillon soit devenu député de Paris en quittant Matignon. "Mon mari avait le souhait de rester en contact avec ses électeurs d'origine", a-t-elle expliqué. "Il réfléchissait à son avenir politique et il avait plusieurs possibilités : continuer à travailler à l'Assemblée, faire complètement autre chose sans que cela soit défini ou se présenter à la présidentielle". Et d'ajouter : "J'étais associée à la carrière politique de mon mari (...) pour qu'il garde les pieds sur terre et soit capable de comprendre la situation des gens".

"AIDER MARC JOULAUD À S'IMPOSER AU NIVEAU LOCAL"

Qu'en est-il de son emploi pendant cinq ans (2002-2007) auprès de Marc Joulaud, le suppléant sarthois de son époux ? "Marc Joulaud souhaitait avoir une légitimité plus marquée sur la circonscription, l'influence de mon mari restait importante", a-t-elle expliqué devant les enquêteurs. "Ma présence pouvait lui apporter du poids dans l'exercice de son mandat. Elle aidait Marc Joulaud à s'imposer au niveau local". Pendant cette période, elle a continué à traiter le courrier et les demandes de particuliers. "Un ou deux 'solliciteurs' viennent chaque week-end", a-t-elle précisé.

Problème, Penelope Fillon habitait à Paris à cette époque. "Je m'occupais essentiellement des contacts avec la Sarthe, c'était ma mission (...) J'emmenais le courrier reçu au domicile le weekend pour le traiter à Paris", s'est-elle défendue. "J'étais à même de lui apporter un retour sur la façon dont les gens percevaient son action ; étant un peu réservé de nature, il n'allait pas spontanément vers les gens", a-t-elle ajouté à propos de Marc Joulaud. "Mon travail n'a jamais été mis en avant. Cela tient à mon souhait de rester dans l'ombre, pour des raisons de caractère".


Entre 1986 à 2013 - avec des coupures - l'épouse discrète, qui semblait éloignée de la vie politique, a perçu 680.380 euros net, soit environ 3.600 euros mensuels en moyenne, comme assistante à l'Assemblée de son époux ou de son ex-suppléant Marc Joulaud, également mis en examen vendredi pour détournement de fonds publics.

"JE N'AVAIS PAS DE PRÉTENTIONS SALARIALES"

Penelope Fillon a aussi été rémunérée à La Revue des deux Mondes entre mai 2012 et décembre 2013, pour un salaire de 5.000 euros brut, qu'elle a cumulé avec son emploi d'assistante à partir de juillet 2012, lorsque l'ex-Premier ministre est redevenu député. Comment justifie-t-elle ce salaire ? "Je n'avais pas de prétentions salariales", a-t-elle déclaré dans le bureau des juges le 30 janvier. "J'ai pensé que c'était généreux".


Pourquoi se faire payer par chèque et avoir rédigé un contrat de travail à son nom de jeune fille ? "C'était un souhait de Marc Ladreit de Lacharrière", le propriétaire du magazine, dont les liens avec François Fillon, un proche, interrogent les enquêteurs. Elle signait également ses articles d'un pseudonyme, Pauline Camille, "correspondant aux initiales de mon nom de jeune fille". Selon elle, "il s'agissait de ne pas embarrasser" son mari dans le cas où son travail "n'avait pas été satisfaisant".

S'est-elle rendue dans les locaux de la rédaction ? "Je n'y suis jamais allée", explique celle qui a occupé pendant 20 mois le poste de "conseiller littéraire" auprès de Marc Ladreit de Lacharrière. "J'y serais volontiers allée si je j'avais eu un contact avec le directeur de la revue, Michel Crépu, mais cela ne s'est pas fait. Il ne m'a pas contactée et je ne l'ai pas contacté non plus (...) J'ai été déçue de ne pas être plus sollicitée", a-t-elle ajouté sentant "une marque de défiance" puis d'"hostilité".


François Fillon a été mis en examen le 14 mars notamment pour détournement de fonds publics et complicité d'abus de biens sociaux, une première pour un candidat majeur à l'Élysée. L'enquête a depuis été élargie à des soupçons de trafic d'influence, après des révélations sur les costumes de luxe offerts au candidat, mais aussi à des soupçons d'escroquerie aggravée et de faux. Le candidat de la droite dénonce une "machination" et accuse le président François Hollande d'animer un "cabinet noir" contre lui. Penelope Fillon risque une triple mise en examen pour recel de détournement de fonds publics, recel d'abus de biens sociaux et recel d'escroquerie aggravée, selon les sources interrogés par le JDD.

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