Paris : Anne Hidalgo crée une police municipale armée de matraques

Paris : Anne Hidalgo crée une police municipale armée de matraques
Anne Hidalgo le 3 décembre 2018.

Orange avec AFP-Services, publié le vendredi 25 janvier 2019 à 20h08

Paris est la seule ville de France où les pouvoirs de la police générale sont entre les mains du préfet et pas du maire. Mais la loi réformant le statut de la capitale, adoptée en 2017, a permis d'élargir les pouvoirs de police du maire de Paris. 

Hausse des cambriolages, agressions, vols, présence de toxicomanes dans certains quartiers ou trafic de drogues...

Face aux nombreux problèmes, la maire de Paris Anne Hidalgo avait demandé en juillet dernier un audit sur la sécurité dans la capitale, jusqu'alors assurée par les policiers de la Préfecture de police et les militaires de l'opération Sentinelle.




Depuis les attentats de janvier et novembre 2015, la police nationale est particulièrement mobilisée et les questions de la tranquillité publique et du quotidien ne sont pas assez traitées, souligne l'édile socialiste dans Le Parisien. "Il y a donc besoin de faire évoluer cette situation. Nous sommes parvenus à un moment où on peut le faire", assure-t-elle. Paris est la seule ville de France où les pouvoirs de la police générale ne sont pas entre les mains du maire, mais dans celles du préfet de police. Mais la loi réformant le statut de Paris adoptée en 2017 a permis d'élargir les pouvoirs de police du maire de Paris. 

Des policiers municipaux armés de "Tonfa" mais pas de "Taser"

Mme Hidalgo annonce ainsi ce vendredi 25 janvier son intention de créer une police municipale en 2020 munie de matraques de "Tonfa", une arme "non létale" mais considérée comme dangereuse, pour "lutter contre les infractions du quotidien". Les 3.400 policiers municipaux seront également munis de gaz lacrymogène et de gilets tactiques pour, entre autres, assurer la "verbalisation sur la voie publique" ou "les nuisances sonores", a précisé la mairie. Un temps évoqué, le "Taser" ne fera finalement pas partie de l'équipement de ces agents.


"Je fais le même choix que les maires de Bordeaux ou de Londres qui n'ont pas de police municipale armée. Les agents auront des matraques et des bombes lacrymogènes, qui permettent de garantir un certain nombre d'interventions pour lesquelles cette police est mobilisée. Mais pas d'arme à feu", précise Anne Hidalgo dans Le Parisien.  La Ville de Paris prévoit un budget de 2 millions d'euros en masse salariale, et 1,5 million pour l'achat d'équipements en 2019.

Une mesure qui déplaît à l'aile gauche de la majorité

La mesure, présentée aux chefs de file des groupes élus vendredi, sera abordée lors du prochain conseil de Paris qui démarre le 4 février. Mais déjà, l'aile gauche de la majorité municipale parisienne a dénoncé une décision prise alors qu'elle ne figurait pas dans le "contrat de mandature"."La maire a pris sa décision seule hors du cadre de la majorité. Elle s'est mise hors du cadre de la majorité", a réagi auprès de l'AFP Nicolas Bonnet Oulaldj, chef de file des élus PCF et Front de gauche au Conseil de Paris. Sur le fond, les communistes, une composante indispensable à la majorité de Mme Hidalgo avec leurs 13 élus, estiment que l'annonce faite vendredi "ne remplacera jamais ce qui fait partie de nos obligations et le cœur d'une politique de gauche, c'est-à-dire la prévention, la médiation, l'éducation et la protection des mineurs".Les élus de ce groupe et ceux de Générations et du groupe écologiste ont quitté, en signe de protestation, une réunion organisée par le premier adjoint et l'adjointe chargée de la sécurité. Ils ont également décliné ensuite une rencontre avec Mme Hidalgo. C'est à (Anne Hidalgo) de faire fonctionner sa majorité jusqu'à la fin. On ne peut pas avoir une majorité avec un coup de force permanent", a déclaré à l'AFP David Belliard, chef de file des Verts d'EELV au Conseil de Paris.Le député de centre-droit "Macron-compatible" Pierre-Yves Bournazel, candidat à la mairie dans un an et favorable à une police municipale, a lui aussi fait mine de s'étonner d'une annonce "qui en vient à surprendre sa propre majorité", et a réclamé que la décision soit soumise au vote du Conseil de Paris. Pour le groupe municipal La République en marche, qui prône une police municipale "d'arrondissement", Mme Hidalgo se contente de "renommer sa brigade de lutte contre les incivilités". Le maire Les Républicains du XVe Philippe Goujon déplore "un ersatz de police municipale", soulignant que son groupe demande "une police armée avec des pouvoirs renforcés" qui puisse avoir accès à des fichiers de police, comme ceux des objets volés ou des personnes recherchés.

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